Le numéro un de l’Association des Banques: «Le risque d’une crise financière reste bas»

Avec le soutien de
Daniel Essoo, CEO, Mauritius Bankers Association (MBA).

Daniel Essoo, CEO, Mauritius Bankers Association (MBA).

Dans quelle mesure la crise sanitaire qui a débouché sur une crise économique peut devenir éventuellement une crise financière ? 
La crise sanitaire a entraîné une importante réduction de l’activité économique. À Maurice, malgré les difficultés économiques, le risque d’une crise financière reste bas. En termes simples, pour qu’il y ait une crise financière, il faut qu’une proportion importante d’emprunteurs n’arrivent pas à rembourser leurs emprunts. Dans un tel cas, les institutions financières pourraient faire face à un manque de liquidité de manière systémique, ce qui provoquerait une crise financière. 

Les banques mauriciennes sont très bien capitalisées (bien au-dessus des seuils prescrits), elles ne prêtent qu’environ 75 % de leurs dépôts, et il y a un excès de liquidités dans le marché. De surcroît, les autorités ont mis à la disposition des banques et des opérateurs économiques des lignes de financement, dont la Mauritius Investment Corporation (MIC), et surveillent étroitement la situation. Tant que ces mécanismes marchent, et que les opérateurs économiques retiennent une certaine visibilité, la crise financière devrait être évitée.

La Banque de Maurice a étendu au 30 juin le moratoire destiné aux entreprises et au 31 mars celui des ménages quant au remboursement des prêts bancaires. Prévoyez-vous le pire pour le secteur une fois ces extensions enlevées et face aux risques des sociétés en faillite suivant les conséquences économiques de la pandémie ? 
Nous accueillons favorablement cette extension, qui apporte un ballon d’oxygène aux entreprises, aux familles et aux banques. Il se peut que d’autres mesures deviennent nécessaires ; dans la plupart des économies avancées, les États ont déjà mis en place des plans de garantie pour les banques, afin de mobiliser la liquidité des banques, et assurer un déploiement rapide du crédit aux entreprises. Plus la crise dure, moins les entreprises voudront emprunter, ce qui pourrait faire augmenter le risque de fermetures dont vous parlez – il faudra continuer de surveiller la situation. 

La crise du Covid-19 a imposé aux banques la responsabilité de faire encore plus preuve de minutie dans l’octroi des prêts aux entreprises, afin d’éviter une bulle de mauvais crédit à gérer. Si les mesures d’accompagnement servent à atténuer les effets directs du virus sur l’économie, nous devons cependant commencer à réfléchir à l’après-Covid-19 – quand l’activité économique commencera à retourner à la normale. Il faudra à un moment voir comment va s’effectuer le sevrage. 

La Banque centrale a ouvert le robinet par le biais de la MIC, en venant à la rescousse des secteurs systémiques comme l’hôtellerie, le textile, la construction. Et ce, pour éviter l’écroulement de grands groupes hôteliers et manufacturiers qui, confrontés à des endettements massifs, soient éventuellement obligés de déposer leur bilan, fragilisant les trésoreries des banques. Craignez-vous une telle situation si la crise persiste ? 
Vu l’ampleur de l’impact du Covid-19 sur l’économie, il était essentiel que l’État intervienne. Nous accueillons favorablement cette initiative – toute l’économie a intérêt à ce que la MIC marche. 

Effectivement, l’idée de la MIC est d’injecter de la ‘quasi-equity’ dans les entreprises systémiques, afin de leur apporter un ballon d’oxygène ; ceci permet leur survie, réduit leur taux d’endettement par rapport à leur capitalisation, et permet que les banques commerciales continuent à leur accorder des facilités de crédit au quotidien (Trade finance, par exemple). 

Nous comprenons que plusieurs dossiers ont été approuvés par la MIC et que, dans plusieurs cas, la procédure (qui dure plusieurs semaines) est en cours pour arriver au stade du décaissement. L’aboutissement de cette procédure devrait donner un regain aux marchés, et nous devrions constater un impact positif après les premiers décaissements. Ces financements devraient permettre aux entreprises de mieux traverser cette période difficile ; restent maintenant les questions de visibilité économique, et d’adaptation à la nouvelle réalité post-Covid-19. 

Face à un éventuel choc financier, certaines banques financièrement solides peuvent être plus robustes pour l’affronter. D’autres subiront pleinement l’effet d’une éventuelle crise financière. Quelle est votre lecture de la situation ? 
Comme je le disais, les banques sont dans leur ensemble bien capitalisées, liquides et prudentes ; l’État a mis en place des mécanismes de soutien, et la Banque de Maurice surveille de près la résilience des banques à travers des exercices de ‘stress-testing’. Ce sont des exercices théoriques où on évalue l’impact sur les banques si toutefois 5, 10, 15, 20, ou 25 % des prêts, par exemple, devaient mal tourner. 

Évidemment, il arrive un point théorique où toute banque atteint un point délicat, et différentes banques ont différents seuils de résilience dans différents scénarios. C’est pour cette raison que les normes de Bâle existent, et nos banques mettent en vigueur ces normes. Elles sont toutes chargées de mesurer les risques de pertes et de se protéger en conséquence, et la Banque centrale s’assure de cela. Si les banques prennent toutes les précautions qui s’imposent, elles sont quand même sujettes à l’état général de l’économie ; la priorité reste néanmoins de prévenir une crise économique et d’assurer la résilience stratégique des secteurs à l’exportation.

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