Dépossession des terres: Jean Claude de l’Estrac déterre la «nécessaire réparation» aux exclus

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Dans «Terres Possession et Dépossession», Jean Claude de l’Estrac plaide en faveur de la réparation pour ceux historiquement exclus de la propriété foncière.

Dans «Terres Possession et Dépossession», Jean Claude de l’Estrac plaide en faveur de la réparation pour ceux historiquement exclus de la propriété foncière.

Une histoire de propriété foncière et de ceux qui en ont été historiquement exclus. C’est le sujet de «Terres Possession et Dépossession» de Jean Claude de l’Estrac, paru aux Éditions Le Printemps. L’ouvrage, qui donne les clés pour un avenir plus équitable pour les «éternels squatters», a été lancé le lundi 14 décembre, au Hennessy Park Hotel.

Rapport de la Commission Justice et Vérité

Ce n’est pas une aventure en terre inconnue. Mais un recadrage en force du débat. Alors que l’année prochaine – c’est demain – cela fera dix ans depuis que la Commission Justice et Vérité (CJV) a soumis son rapport. L’exercice est signé Jean Claude de l’Estrac, journaliste, ancien maire, plusieurs fois ministre, ancien secrétaire général de la Commission de l’océan Indien. Il publie Terres Possession et Dépossession aux Éditions Le Printemps. L’ouvrage a été lancé le lundi 14 décembre au Hennessy Park Hotel.

C’est un éclairage sans artifices que Jean Claude de l’Estrac jette, d’une part, sur les retombées de la CJV et, d’autre part, sur la justice et la vérité que le pays doit toujours aux «dépossédés de la terre».

«Désarroi», «embarras»

L’auteur fait partie du club select de ceux, qui ont pris la peine de lire l’intégralité du volumineux rapport soumis par cette commission en novembre 2011. Tout en ne perdant pas une miette des enjeux politiques, qui sous-tendent cette commission. Appuyé sur ces sources doubles, l’auteur décortique la CJV dans le dernier chapitre. Il ne rate rien du «désarroi» de la commission devant «le fait que dans la majorité des cas, les gens étaient incapables de produire le moindre document valide». Il rappelle «l’embarras» des commissaires, qui écrivent que «la tâche était délicate parce qu’elle touche des personnes, qui ont un profond attachement émotionnel aux terres qu’ils pensent avoir perdues». L’auteur consacre un petit paragraphe au cas «très médiatisé» de Clency Harmon en soulignant que «là encore, la Commission ne s’est pas prononcée, préférant laisser à la justice le soin de trancher». C’est l’Histoire qui rejoint l’actualité.

À ce stade, Jean Claude de l’Estrac plante le décor de ce qui va être son «réquisitoire impitoyable», en épilogue. «La plupart des recommandations de la Commission sont restées lettre morte», conclut-il dans ce dernier chapitre.

Combattre l’inégalité sociale

Pour mieux revenir à la charge en épilogue. N’épargnant personne. Surtout pas l’industrie sucrière. Elle qui «‘possède’ l’essentiel des terres du pays devrait se mettre en première ligne dans le combat contre ces inégalités sociales nées de la non-possession», écrit Jean Claude de l’Estrac. Ni la CJV qui a, rappelle l’auteur, invité le pays à une «‘réflexion profonde’ sur (la question de la propriété foncière). Cet exercice n’a pas eu lieu. Et pourtant, il y a urgence». Ni l’État, «paralysé par des considérations ethno-politiques, (qui) fait si peu pour ‘ceux qui n’ont rien’». Ce même État qui, en suspendant, depuis 2012, l’exécution de la loi sur la prescription des terres, «a créé un vide juridique sur la question».

Jean Claude de l’Estrac n’est pas auteur à se borner aux constats. Ce serait là une fin stérile à des recherches aussi vastes que celles qu’il atteste dans «Terres Possession et Dépossession». Remontant le cours de plus de trois siècles, jusqu’en 1715. Remettant en perspective la valeur de la terre avec cette petite phrase d’ouverture, faussement anodine: «Au début, c’est pour planter des ananas.»

Distinguer le droit de propriété du droit d’exploitation

Jean Claude de l’Estrac est un auteur, qui passe de la perspective distanciée de l’historien (fut-il «historien du temps présent») à la prise de parole directe. «Je vois pour ma part, deux pistes à explorer, elles sont distinctes et absolument fondamentales quand bien même disruptives : le droit de propriété et le droit d’exploitation.» Ainsi s’exprime Jean Claude de l’Estrac en épilogue de «Terres Possession et Dépossession». L’auteur le (re)dit : Maurice est «un pays où, une partie de la population a été privée de tout droit de possession et qui éprouve encore les plus grandes difficultés à accéder à la terre».

Le lundi 14 décembre, au lancement de l’ouvrage, devant Steven Obeegadoo, Premier ministre adjoint, ministre du Logement et du Tourisme, Jean Claude de l’Estrac a pointé du doigt «cette hiérarchie de possession et de non-possession, qui nous vient de loin (…) principale explication à la difficulté de vivre d’une partie de la population, éternel squatteur». Avant d’affirmer que, dans l’ouvrage, «vous verrez aussi –c’est le déshonneur de la nation – la perdurance des stigmates de nos éternels damnés de la terre». Les décideurs le verront-ils ?

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