Famine à Madagascar: un peuple en détresse

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Des enfants meurtris et affamés qui attendent une bouchée de nourriture.

Des enfants meurtris et affamés qui attendent une bouchée de nourriture.

Ils crient leur détresse et font part de leur désespoir. Cela fait déjà plusieurs mois que ces Malgaches, vivant dans le sud du pays, souffrent du manque de nourriture et d’eau. Le résultat des mois de chaleur et de sécheresse a provoqué la famine, «kéré» en malgache. Et face à ce désarroi, une association mauricienne tend la main à nos confrères de la Grande île.

C’est à travers les yeux d’Ahmaad Simonio et de Aina Rakotonilina que nous allons visiter le sud de Madagascar. Le premier arrive à peine à parler de ce qu’il a vu. «Je suis rentré chez moi, il y a deux semaines après avoir passé du temps avec les habitants du sud de Madagascar.» Il a parcouru plusieurs villes durant son périple et le constat est le même. Ce qui le rend triste, c’est d’avoir vu la détresse dans les yeux de ces nombreux enfants qui venaient à sa rencontre en quête d’une bouchée à manger et d’un peu d’eau.

Il faut savoir que cela fait déjà onze mois depuis qu’il n’a pas plu sur cette partie de la Grande île. Et la chaleur des plus étouffantes ne facilite pas le quotidien de sa population. Les maisons, faites en bois, de pas moins d’un mètre carré, sont à peine vivables pour ces nombreuses familles, qui s’y entassent.

La distribution se fait à grande échelle pour que tous puissent avoir de quoi manger.

Justement, c’est grâce au soutien d’Abdool Nasser Hosenally, un Mauricien bénévole et responsable de cette action humanitaire, que certains de ces Malgaches ont pu bénéficier d’un repas chaud. «Nous avions lancé un appel au peuple mauricien, et il nous a entendus. Avec les fonds qu’il nous envoie et aussi avec le conteneur de vivres qu’il a expédié il y a quelques mois, plus de mille personnes peuvent avoir des repas au quotidien», assure Ahmaad Simonio. De grosses casseroles, placées sur du feu de bois, dans lesquelles mijotent riz, viande de cabris et haricots, sont préparées quotidiennement par plusieurs bénévoles sur place. «Avant, on leur donnait des sacs de riz et des aliments pour qu’ils cuisinent, mais nous avons réalisé que beaucoup allaient troquer ces marchandises contre d’autres commodités non essentielles. De ce fait, un groupe leur prépare le repas chaud.» Et, à l’heure du repas, chacun obtient son assiette et le déguste avec entrain et remerciements.

Ces petits êtres sont les premières victimes de cette famine qui sévit depuis plusieurs mois.

Aider son prochain

Notre interlocuteur confie que, désormais, ce sont les médicaments qui commencent à manquer. «Il faut souligner qu’hormis Maurice, plusieurs autres pays nous viennent en aide, notamment La Réunion, la France et les Nations unies.» Aider son prochain, c’est depuis plus de trente ans qu’Abdool Nasser Hosenally le fait. «Les relations avec Madagascar ne datent pas d’hier. Depuis plusieurs années, nous aidons à la construction de puits d’eau dans différentes régions de l’île. Et face à la famine qui sévit, on ne peut rester insensibles.»

Un autre correspondant est sur place, poursuit-il. Il s’agit d’un dénommé Christian, qui fait le tour des régions affectées et fait le nécessaire pour aider ces gens grâce aux dons reçus de Maurice. «On continue à suivre ce qu’il se passe là-bas. Et l’on compte étendre l’aide tant que l’on pourra.»

Ce petit semble expliquer comment cette «kéré» le fait souffrir.

Aina Rakotonilina, qui fait face à cette «kéré» pour la troisième fois, se sent encore plus concernée, car ce sont les gens de sa famille qui souffrent, là-bas, dans le Sud. Originaire de Tsivoly, qui sert de pilier à cette région en peine, elle raconte que même son village est tombé sous le poids de la famine. «Ce village devait fournir la nourriture à toutes les autres régions.»

La jeune femme a, depuis quelques années, quitté Tsivoly pour poursuivre ses études à Tana, mais le reste de sa famille y est toujours. «De ma mémoire, en 1992 et 2007, l’on avait également connu une famine. Mais cette année, elle est encore plus intense.» Certes, elle reconnaît que tous les ans, le pays fait face à une période de famine qui peut durer pendant quelques mois, mais elle n’a pas été drastique comme en 2020.

Les repas sont préparés dans de grosses casseroles sur le bois.

Elle raconte que sa famille, restée à Tsivoly, soutient que le nombre de décès au quotidien ne se compte plus. «Il y a un tuyau d’eau qui alimente la région du Sud. Mais, on ne sait pas ce qui s’est passé. Cette fois-ci, cela ne s’est pas fait. Et le résultat, on le connaît. Et les barrages qui doivent contenir de l’eau sont à sec.»

Aina Rakotonilina soutient que cette partie de Madagascar est d’ordinaire réputée pour ses cultures d’oignons, de tomates, et de riz. En tout cas, aujourd’hui, beaucoup attendent une aide des autorités malgaches. Mais, les discours sont incohérents. «L’on entend que la capitale envoie des vivres pour les habitants, mais ces derniers confient qu’à l’arrivée, il manque beaucoup d’aliments. Ou encore qu’on leur demande d’acheter la nourriture à un prix exorbitant pour un petit bol de riz, soit 1 000 ariary (environ Rs 10).» La jeune femme confie que les habitants sont loin d’attendre la manne tombée du ciel. «Ils espèrent que les autorités leur donneront des semences afin qu’ils puissent cultiver la terre et vivre de cela.» Masi, surtout, elle espère que la pluie fera son retour prochainement…

Ils attendent patiemment avant de pouvoir, enfin, soulager leur faim.

Survivre grâce à l’argile blanche

Les Malgaches ne recherchent plus de nourriture, mais plutôt de quoi passer la faim. Et c’est un mélange spécial qui les aide actuellement à survivre. Celui-ci est composé d’argile blanche, que l’on appelle aussi la «terre de survie», à laquelle on ajoute du jus de tamarin, explique Aina Rakotonilina. «On prépare le jus de tamarin, et ce n’est malheureusement pas avec de l’eau potable, car même en temps normal, il n’y en a pas dans ces régions. Puis, on mélange tout cela. Et on mange également un fruit rouge qui contient des petites épines. Il pousse dans les pays arides et il regorge d’eau. En temps normal, c’est un aliment que l’on donne aux cochons, mais on ne peut les nourrir au détriment des enfants et autres personnes.»

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