Des entreprises fragilisées par de nouvelles charges sociales

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La CSG et la compensation salariale rendent encore plus difficile la situation financière de bien des entreprises. Le grand argentier campe sur ses positions quant à la CSG alors que le privé souligne la précarité des entreprises.

Les employeurs tirent la sonnette d’alarme. L’introduction de la Contribution sociale généralisée (CSG), venue remplacer le Fonds national de pension (NPF) à partir du 1er septembre dernier, n’est ni plus ni moins qu’une nouvelle taxe susceptible d’alourdir les charges sociales des entreprises. Et ce dans une conjoncture de récession économique, frappée par une contraction du PIB à hauteur de 14,2 % en 2020. Pire, l’annonce d’une compensation salariale de Rs 375 effective à partir de janvier 2021 est venue corser une situation déjà fragile financièrement pour les entreprises sous perfusion depuis mars dernier par le biais des mesures de soutien de l’État. Dans la foulée, le patron du groupe IBL brandit le spectre de licenciements massifs en 2021.

Face à l’intransigeance du ministre des Finances, Renganaden Padayachy de ne pas geler la CSG, comme souhaité par Business Mauritius, qui a entré une plainte en Cour suprême contestant la constitutionnalité de cette mesure budgétaire, les opérateurs craignent le pire pour le pays au début de l’année prochaine.

Arnaud Lagesse, le CEO du groupe IBL, première société du pays, selon l’édition 2020 du Top Hundred Companies avec un chiffre d’affaires de Rs 39 milliards au 30 juin 2019, un des plus gros employeurs du pays avec 20 000 personnes, chiffre l’impact de l’application de la CSG à Rs 6 millions en plus annuellement. Un montant qui sera appelé, selon lui, à augmenter d’une année à l’autre. «Maurice se flatte d’être un pays à revenu élevé et attire de ce fait des compétences pour des salaires compétitifs. Aujourd’hui avec l’avènement de la CSG, les sociétés réputées penseront deux fois avant de recruter et d’augmenter des salaires en raison de ce fardeau fiscal.» Il va plus loin en dénonçant le jeu dangereux auquel certains jouent en opposant les petites entreprises aux grosses. «Nous sommes dans un même bateau et tous les entrepreneurs souffrent actuellement.»

Une analyse à laquelle souscrit le Country Senior Partner de PwC, Anthony Leung Shing, estimant que dans le secteur financier, par exemple, où le salaire de base mensuel dépasse largement les Rs 50 000, la masse salariale a augmenté de plus de 5 %. Cela alors que dans la majorité de cas, les sociétés offrent déjà un plan de pension privé non contributif à leurs employés. Résultat des courses : il y a actuellement une réflexion sur plusieurs options, dont celle portant sur une révision de leur plan de pension.

L’économiste Eric Ng trouve de son côté qu’autant la CSG réduira le pouvoir d’achat de tout employé qui gagne un salaire de plus de Rs 39 800, autant cet impôt social sera répercuté dans le coût du travail et va obérer la compétitivité de l’entreprise. «C’est que la distinction entre part salariale et part patronale des cotisations est trompeuse. Elles sont toutes prélevées sur la valeur marchande du travail effectué – donc un impôt sur le travail. Sans ces retenues sur des créations de valeur, l’entreprise aurait pu accorder des salaires plus élevés», dit-il.

Pension plus équitable 

Pour le moment, Renganaden Padayachy persiste et signe. Il est convaincu que contrairement au caractère régressif et injuste du NPF, le nouveau régime de la CSG se veut, selon lui, un système de pension plus équitable. Et vise à as- surer la soutenabilité d’un niveau de vie décent aux retraités. «89 % des employés, c’est-à-dire tous ceux dont le salaire de base est inférieur à Rs 39 800 par mois, paient moins sous la CSG par rapport au NPF», a répété ces dernières semaines le ministre. En rappelant dans le même souffle que la CSG est une charge permettant au gouvernement de récolter une partie des fonds pour financer sa pro- messe électorale de porter la pension de retraite à Rs 13 500 à ceux atteignant 65 ans en 2023 et la différence par les recettes fiscales.

Jacques Li Wan Po, Chairman du groupe Jacques Li Wan Po et Managing Director de Food Canners Ltd, opérant essentiellement sur le marché domestique, est plutôt nuancé dans ses propos face à l’avènement de la CSG. «Notre main-d’œuvre est majoritairement celle percevant moins de Rs 50 000. Du coup, cette nouvelle charge sociale ne pèse pas lourd sur nos coûts d’opération. Ce qui pose problème, c’est la baisse de nos ventes liée aux effets économiques du Covid-19 qui ont répercuté négativement sur les dépenses des ménages.» Et d’ajouter que la dépréciation de la roupie couplée à la hausse du coût du fret a peut-être eu raison des coûts de production. «Vu la conjoncture du marché et l’existence de la concurrence, il est invraisemblable qu’on pourrait passer ces coûts additionnels aux consommateurs.»

Il va sans dire que nombreuses sont les sociétés dans les créneaux de l’hôtellerie et de la restauration qui s’opèrent avec 50 % de bénéfices en moins. Bruno Dubarry, CEO de l’Association of Mauritian Manufacturers, note, pour sa part, un ensemble de facteurs qui ont impacté la trésorerie des sociétés. S’il n’est pas contre le principe d’une compensation salariale qui intervient chaque année pour compenser la perte du pouvoir d’achat des travailleurs en revanche, il s’interroge sur le timing et le quantum alors que certains secteurs sont financièrement en difficultés et arrivent difficilement à garder la tête hors de l’eau.

Une idée reprise par le patron du groupe IBL, estimant que chaque opérateur dans le privé aurait souhaité donner plus. Mais il se demande si ceux qui ont proposé ce montant ont pensé aux petits commerces qui fermeront boutique suivant cette mesure. «Le groupe IBL aura à débourser Rs 20 millions en plus pour financer la compensation salariale. La moitié de ce montant sera assurée par des sociétés opérant dans des secteurs à risques comme la construction. Je suis inquiet quant à la capacité de Maurice de soutenir ces charges sociales et je crains des licenciements en masse d’ici l’année prochaine.»

Décidément, le courant ne passe plus entre l’État et le secteur privé.

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