Mise sous séquestre de Banyan Tree Bank: investissements de l’État en danger

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La MHC aurait investi Rs 100 millions chez Banyan Tree Bank et risque gros.

La MHC aurait investi Rs 100 millions chez Banyan Tree Bank et risque gros.

La mise sous administration depuis avril de Banyan Tree Bank n’aura pas ému grand monde alors que – toute proportion gardée – l’État avait sorti la grosse artillerie dans le cas de Bramer Bank. Malgré les assurances des administrateurs et du ministre Anwar Husnoo, le contribuable risque, comme dans l’affaire BAI, d’en faire indirectement les frais. Cette fois, des centaines de millions investies par au moins deux municipalités, la MHC et la NIC se retrouvent dans la mélasse.

Anwar Husnoo l’a confirmé mardi au Parlement. La municipalité de Port-Louis a placé Rs 45 millions à Banyan Tree Bank (BTB) en février. Si la municipalité de Curepipe avait placé l’argent en janvier 2019, donc avant la lettre circulaire du ministère des Finances de mai 2019 – arrivée un peu en retard – qui recommandait le placement des fonds en excès dans des bons du trésor, la municipalité de Port-Louis, elle, s’est carrément assise sur cette circulaire puisqu’elle a quand-même investi à BTB en 2020.

En début d’année, la Mauritius Housing Corporation (MHC) aurait aussi placé Rs 100 millions à BTB, alors que cette dernière était déjà en grande difficulté. En tout cas, on s’y renvoie la balle. Cependant, un haut cadre nous affirme que toutes les procédures ont été suivies et que BTB a été choisie rien que pour le taux attractif proposé. Donc, tout comme à la municipalité de Curepipe, seule la rentabilité a été prise en compte et non les risques de pertes. Le taux élevé à la Ponzi proposé ne leur a pas paru suspect ? Pas de réponse…

La National Insurance Company (NIC) serait également exposée pour plus de Rs 100 millions. «C’est un comble pour une compagnie qui a elle-même souffert des placements de feue BAI, dont elle est issue, de tomber dans le piège du taux excessif de rentabilité !», nous dit un banquier tout en rappelant que le Chief Executive Officer (CEO) de la NIC travaillait à la BAI. Justement, nous avons contacté Rishi Sookdawoo qui nous affirme, tout comme à la MHC, que toutes les procédures ont été suivies. Si c’est le cas, comme le clament ceux interrogés, y aurait-il un problème au niveau des… procédures ? «Non, nous dit le banquier interrogé, on place des gens à la tête des institutions justement pour qu’ils apportent un plus et se montrent perspicaces face à ceux qui maitrisent l’art de vous escroquer en toute légalité.» Bien que le marketing agressif de BTB soit sérieusement pointé du doigt, le rôle de la Banque centrale dans cette histoire interpelle.

Et la Banque de Maurice dans tout ça ?

S’il y a une défense qu’avancent tous ceux que nous avons approchés, c’est l’effet du Covid-19 – encore une fois – sur les investissements hasardeux de BTB. Mais c’est surtout l’absence de réactivité ou de proactivité de Banque centrale qui est mise à l’index. «N’y a-t-il pas d’inspections régulières ?» se demande un comptable. «Comment se fait-il que la banque centrale ait réagi avec tant de retard ?» Contacté, le gouverneur, Harvesh Seegoolam, joue aux abonnés absents. En attendant, Anwar Husnoo déclare que la Banque centrale promet un repreneur pour bientôt. Mais à une question supplémentaire d’Aadil Ameer Meea, le ministre a dit ne pas être en mesure de dire si l’éventuel repreneur garantira le remboursement aux clients. Y compris les institutions publiques…

À la municipalité de Curepipe, la faute aux lampistes

La mise en danger des Rs 90 millions de la municipalité de Curepipe placées à BTB, sous administration judiciaire depuis avril 2020, serait la faute de deux de ses officiers et non du conseil municipal. C’était en réponse aux questions parlementaires de Deven Nagalingum et d’Aadil Ameer Meea mardi : Le ministre des Collectivités locales, Anwar Husnoo, a en outre déclaré que des «actions disciplinaires» ont été prises contre ces officiers. Sauf que premièrement, les «actions disciplinaires» prises ne seraient qu’un transfert de la Chief Executive Officer (CEO) de la mairie au conseil de district de Pamplemousses ; l’autre fonctionnaire, elle, serait toujours en poste.

Deuxièmement, la CEO aurait refusé de transférer la somme investie de BTB vers la State Bank (SBM) à l’échéance du dépôt en février 2020, non de son propre gré ou par négligence mais parce qu’elle attendait l’aval du conseil municipal. C’est en tout cas ce qu’allègue P.O., un ex-agent comptable de la mairie, dans deux lettres adressées au ministère des Collectivités locales les 7 et 25 septembre derniers. P.O. affirme : «At a time, she (NdlR : la CEO)even told Mr Narroo (le chef-comptable) that the approval of the council should be sought to withdraw the money.»

Au départ, en dépit du fait que BTB affichait des pertes de Rs 40 millions en 2017 et de Rs 72 millions en 2018, ce dépôt effectué en janvier 2019 était considéré comme mal inspiré. Et lorsqu’il est arrivé à terme en février 2020, au lieu de procéder à son retrait, la municipalité l’y a laissé jusqu’à ce BTB soit mise sous administration judiciaire par la Banque de Maurice. Les explications officielles (voir l’express du 13 novembre) mettant en cause les effets du Covid-19, pour justifier le transfert non effectué, n’auront convaincu personne, même pas Husnoo qui ne les a pas reprises mardi, se contentant de tout mettre sur le dos des deux fonctionnaires.

Arrangement pour endosser la responsabilité ?

«Cela arrange tout le monde, les élus sont dégagés de toute responsabilité alors que ces deux fonctionnaires l’endosseront sans être vraiment sanctionnées», nous dira un employé, qui ajoute : «C’est le contribuable qui risque d’en faire les frais.» Si ces fonctionnaires sont bien à blâmer pour ne pas avoir suivi les procédures, nous dit une conseillère, il serait intéressant de savoir si elles ont subi des pressions pour ne pas transférer cet argent de BTB au moment où il le fallait. «Ce n’est que si elles avaient fait face à de vraies sanctions que l’on aurait su la vérité.»

Aadil Ameer Meea réagit

Le député MMM de la circonscription n°3 est choqué d’apprendre que des municipalités ont placé de grosses sommes pour bénéficier d’intérêts plus élevés, alors que l’on évoque le manque de fonds pour de simples travaux qui améliorerait le bien-être des citadins. Aadil Ameer Meea s’étonne encore plus que la santé financière de BTB n’ait pas été vérifiée avant d’y placer l’argent public. Concernant la déclaration d’Anwar Husnoo qui a mis toute la responsabilité sur les deux fonctionnaires, le député MMM dira qu’«il est plus que nécessaire qu’une enquête indépendante soit effectuée pour connaître la vérité et surtout pour éviter ce genre de problème à l’avenir. J’ai appris que d’autres institutions de l’État y ont aussi placé des sommes astronomiques. Je reviendrai bientôt au Parlement avec d’autres questions notamment sur le rôle de la Banque de Maurice dans cette affaire.»

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