Folklore «utile»: des chants bhojpuri pour faire tomber la pluie

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Alors que nous subissons les conséquences de la sécheresse, voici une forme rare de chants bhojpuri à la rescousse. Il s’agit du harparawri ou chansons pour faire tomber la pluie. Elles seront à l’honneur le mercredi 2 décembre, à l’occasion des commémorations des quatre ans depuis l’inscription du geet gawai sur la liste du patrimoine intangible mondial.

Patrimoine mondial

Geet gawai: quatre ans après

Quelle est la plus grande réalisation, quatre ans après l’inscription du geet gawai sur la liste du patrimoine mondial ? C’était le 1er décembre 2016 à Addis-Abeba. «Pour les 50 ans de l’indépendance en 2018, nous sommes arrivés à 50 écoles informelles de geet gawai», affirme Sarita Boodhoo, présidente de la Bhojpuri Speaking Union.

Parlant des efforts de conscientisation, elle déclare: «Avan ti pe dir se enn bann bonnfam ki pe al sante. Zordi tou dimoun anvi fer geet gawai kot zot.» Selon Sarita Boodhoo, il y a eu un véritable empowerment de ces femmes. «La reconnaissance est venue au sein même de leur famille. Elles sont maintenant un centre d’attraction.»

Mais, souligne la présidente de la Bhojpuri Speaking Union, il est primordial de maintenir l’authenticité de ces chants et danses bhojpuri. Avec les instruments traditionnels qui y sont associés. «Jalsa se enn zafer, geet gawai se enn lot zafer. Il faut protéger le geet gawai à la fois de la modernité et de la commercialisation.»

Le véhicule du geet gawai c’est la langue bhojpuri. Sarita Boodhoo souligne que dans deux ans, Maurice devra soumettre un rapport périodique à l’Unesco. «L’État devra montrer ce qui a été entrepris pour la promotion de la langue que ce soit au plan formel et informel». Elle rappelle qu’en 2012, année de l’entrée du kreol à l’école comme matière optionnelle, il avait été question que le bhojpuri emprunte la même voie. Sans suite.

Les projets 2021

Un International Bhojpuri Mahotsav était prévu en août cette année. Mais Covid-19 oblige, la manifestation a été reportée. Qu’à cela ne tienne, Sarita Boodhoo pense déjà à des commémorations fastueuses l’an prochain pour les cinq ans de l’inscription du geet gawai sur la liste du patrimoine mondial. «C’est pour montrer du respect à toutes ces gardiennes du patrimoine oral. Elles ont tenu bon contre vents et marées.» Au fil de ses rencontres avec ces chanteuses, il n’était pas rare d’entendre comment elles ont été bousculées, au sein même de leur famille, parce qu’elles pratiquaient ces chants et danses bhojpuri. «En tant que femmes, elles n’avaient pas leur mot à dire. D’abord dans la maison paternelle, ensuite dans celle du mari, qu’elles épousaient en ce temps-là, parfois à l’âge de neuf ans, 12 ans, voire 14 ans. Elles étaient sous la coupe de la belle-famille. Ek dan karo ti ena sirdar.» Malgré tous ces obstacles, avec le geet gawai, ces femmes ont créé leur propre univers. «Sa ti pe donn zot enn lot kouraz.»


Patrimoine rare

Harparawri: chants de femmes pour faire tomber la pluie

Étymologiquement, har c’est la bêche, outil pour labourer la terre. Alors que paraw, c’est la fête. Avec l’usage, c’est devenu harparawri en bhojpuri. Explications de Sarita Boodhoo présidente de la Bhojpuri Speaking Union. Après-demain, mercredi 2 décembre, auront lieu la commémoration des quatre ans depuis l’inscription des chants et danses du folklore bhojpuri – le geet gawai – sur la liste du patrimoine intangible de l’Unesco. La tradition de ces chants spirituels pour faire tomber la pluie remonte à la période védique, poursuit Sarita Boodhoo. Leur particularité : comme pour le geet gawai, ils sont exécutés par des femmes. Elles se donnent rendez-vous après le coucher du soleil, soit au bord d’une rivière, soit dans une forêt ou sur une montagne pendant sept jours. Elles invoquent le dieu Indra, dieu de l’orage et de la pluie. Avec ces chants continuels, les femmes lui lancent un pressant appel demandant pourquoi il pénalise ainsi la terre, les animaux et les hommes. Le dernier jour est encore plus intense, avec une offrande au dieu Indra pour que vienne la pluie. «Ceux qui accompagnent ces femmes restent à distance. Cette ferveur se déroule dans l’intimité du groupe de femmes.» Ces chants harparawri sont aujourd’hui devenus une forme très rare du folklore bhojpuri à Maurice. «Tout le monde s’est concentré sur le geet gawai, les chansons de veillées de mariage», constate Sarita Boodhoo. Alors que nous sommes en période de sécheresse, la Bhojpuri Speaking Union a souhaité contribuer aux efforts de conscientisation sur les effets du changement climatique. «C’est le patrimoine des temps védiques, où l’on avait un grand respect pour l’environnement qui rejoint l’ère numérique où ce respect se perd», estime Sarita Boodhoo. «C’est une manière de montrer ce que l’on peut faire de vert au quotidien.» Comme les gardiennes du harparawri ont pour la plupart disparu, Sarita Boodhoo a effectué un travail de collecte du patrimoine oral pour sauvegarder ces chants. À travers le réseau des 50 écoles de geet gawai à travers l’île, un appel a été lancé pour retrouver des personnes qui connaissent ces chants. «Certaines m’ont raconté qu’à l’époque, kan zot dadi ti pe sante zot pa ti pran kont.» Mais à force de piocher dans leurs souvenirs et d’échanger avec leurs aînées, elles ont pu retrouver de larges pans de ces chants. «C’est un patrimoine en danger. Voilà pourquoi nous voulons informer que des chansons traditionnelles s’intègrent à la vie actuelle», souligne Sarita Boodhoo.

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