Explications sur le scandale Angus Road: Pravind Jugnauth a-t-il menti ?

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Il a suffi d’un peu plus de 12 heures à Roshi Bhadain pour déceler et révéler un mensonge – terme que nous utilisons jusqu’à ce que le Premier ministre (PM) réponde à la question qui lui a été envoyée hier (voir hors-texte) – dans les explications de Pravind Jugnauth. Dès samedi matin, au lendemain de la conférence de presse du chef du gouvernement, le leader du Reform Party a brandi un document qui sème le doute sur la véracité de la version du PM sur les Rs 20 millions payées par Govinden.

Pravind Jugnauth avait, la veille, reconnu qu’Alan Govinden avait payé Rs 20 millions à Bel Air Sugar Estate (BASE) en 2001 pour une partie des terrains de la polémique (7 023 m2). Govinden et BASE n’ont jamais signé d’acte de vente et, au final, en 2008, le Mauricien établi en Angleterre avait changé d’avis. C’est alors que Pravind Jugnauth, selon sa version, décide d’acheter le terrain en payant les Rs 20 millions à Govinden, qu’il finit de rembourser en septembre 2013. Le PM brandit (sans circuler) un document qu’il présente comme un «acte notarié» signé en 2008 comme reconnaissance de dette à Govinden.

Ce document, en date du 22 juin 2004, sème le doute sur la véracité de la version du Premier ministre sur les Rs 20 millions payées par Govinden.

Sauf que Roshi Bhadain a répondu samedi avec un document qui démontre – jusqu’à ce que le PM vienne dire le contraire – que Pravind et Kobita Jugnauth étaient déjà les acquéreurs en 2004. Le couple Jugnauth signe sur ce rapport d’arpentage le 22 juin 2004 en tant qu’«acquéreurs». Ce document démontre ainsi que les Jugnauth étaient déjà embourbés dans des démarches officielles pour acquérir le terrain trois ans après que Govinden a payé, alors que Pravind Jugnauth était ministre des Finances, et quatre ans avant que Govinden ne renonce à ses droits sur le terrain.

«Nou éna enn prémié miniss manter. Inn fini may li. Li pann rési met so lord dan so manti é linn koz enn lot manti ek inn gagn li. Si li pa démisioné lindi (NdlR : aujourd’hui), mo pou al met enn private prosecution kont li», a lancé le leader du Reform Party.

Au-delà de ce mensonge vraisemblable, la version de Pravind Jugnauth sur son «deal» avec Govinden pose également d’autres problèmes. Sur le contrat notarié, BASE jure avoir reçu les Rs 20 millions du couple Jugnauth qui signe aussi sur le document. Or, Pravind Jugnauth a admis vendredi que l’argent a en fait été payé par Govinden. Pourquoi ce dernier a-t-il laissé son argent dormir pendant sept ans dans les comptes de BASE alors qu’un dépôt fixe lui aurait rapporté un peu d’intérêts (avant la crise économique mondiale de 2008, le taux d’intérêt caracolait audessus des 5 %) ?

Aussi, pourquoi BASE n’a-t-il pas remboursé Govinden et exigé que ce soit Pravind Jugnauth qui le paie ? Comment un terrain de 7 023 m2 valant Rs 20 millions en 2001 peut-il avoir la même valeur en 2008 ? Pire : Pravind Jugnauth fera l’acquisition de la totalité des 10 620 m2 pour cette même valeur.

Les journalistes de l’express ont été déclarés persona non grata vendredi à la conférence de presse du PM, qui s’expliquait enfin sur le scandale Angus Road. La première question que nous aurions posée est celle-ci : «Pourriez-vous M. le PM circuler les documents que vous citez et brandissez ?»

En effet, Pravind Jugnauth a brandi ses relevés bancaires des remboursements à Govinden et son acte notarié dans lequel il reconnaît sa dette auprès de Govinden, mais personne jusqu’à l’heure n’a pu les consulter. Alors qu’il annonce qu’il va servir une plainte contre l’express ce lundi, ces documents devraient y être annexés; mais il est arrivé cette année qu’une plainte de Pravind Jugnauth cite une annexe cruciale qui soit cependant introuvable dans le dossier (voir hors-texte).

Faux reçus, vrais paiements?

Au sujet des reçus circulés par le leader de l’opposition, Pravind Jugnauth dit déceler plusieurs failles et il a martelé que ces documents sont des faux. Ces reçus, selon Arvin Boolell, démontrent que pour une autre portion de terrain (3 597 m2) dont la vente officielle a eu lieu en 2007, le PM a payé Rs 3,5 millions en cash en cinq transactions en 2002 ; ce qui est illégal. «J’invite Pravind Jugnauth à me poursuivre pour diffamation criminelle», réagit Arvin Boolell, qui maintient avoir obtenu ces reçus «from the horse’s mouth». «Pravind Jugnauth nous a fait une déclaration de faux jetons. Plus il parle, plus il dit des bêtises. Il est ancré dans des sables mouvants. Ses menaces d’aller en cour, c’est pour faire taire le scandale. Mé péna arété sa. Le tribunal du peuple a déjà forgé son opinion», renchérit-il.

Partant du principe que les reçus sont faux, l’express a encore une fois demandé au PM comment il a payé ces fameux Rs 7 millions. Nous attendons toujours sa réponse

Une «missing annex» dans la plainte du PM à «l’express» sur la fermeture des frontières

«L’express» attend sereinement la plainte du PM contre notre titre annoncé pour ce lundi. Nous devrons porter une attention particulière aux annexes pour voir, par exemple, si l’acte notarié régissant son emprunt auprès de Govinden a été enregistré au «Registrar General» en 2008. Mais venant des avoués de Pravind Jugnauth, tout est possible. Cette année, le PM a enclenché des poursuites contre nous au sujet de la polémique du retour de son épouse de Londres juste avant la fermeture des frontières. Le document clé de sa plainte porte sur un communiqué soi-disant publié le lundi 16 mars et qui, selon Zouberr Joomaye sur «Radio Plus», avait prévenu toute la population que les frontières allaient fermer pour tous les voyageurs le 18 mars. Dans sa plainte, Pravind Jugnauth écrit: «The communiqué reads as follows.» Mais il n’y a aucune trace du communiqué ni dans la plainte ni dans les annexes.

Nos questions aux communicants du chef du gouvernement

Ci-dessous le message WhatsApp envoyé hier à quatre conseillers du PM :

Dear all,

Re: Angus Road

A document showing the alleged signatures of Mr & Mrs Jugnauth has been widely published and aired yesterday and today. The document describes Mr & Mrs Jugnauth as «acquéreurs» for the plot of land of 7023 m2 since 2004.

L’express will be publishing the document tomorrow and we are, as usual, open to any replies the PM would deem fit to the following question:

Is it factual to state that the document proves that Mr Jugnauth lied in his press conference of last Friday where he said that it’s only in 2008 that he was presented with the opportunity to «purchase» this portion, which he did by paying Loganaden Govinden through a 5-year loan?

This is also a gentle reminder that I sent nine (9) questions to the Prime minister through you via WhatsApp in a word document on 22nd October 2020. During the press conference to which access was denied to our newspaper, the Prime minister replied to 5(i), 5(ii), 5 (iii) and 5 (iv). We are reiterating questions (1), (2), (3), (4) and 5(v) with particular emphasis on the updated version of (4):

The registered deed of sale (TV6812/75) registered on 22nd Nov 2007, show that for the purchase of 3597m2 from BASE at Angus Road on 19th November 2007, you as buying party paid for Rs 7 million «dès avant ces présentes, hors la vue et sans le concours du notaire». Would you – while claiming that the receipts circulated by the Hon. Leader of Opposition are fake – reveal, in the public interest, when and how was this payment made ?

Regards,

AC

L’express

La réponse de la cellule de com du PMO

À l’heure où nous mettions sous presse, la cellule de communication du PM nous a fait parvenir ce message en réponse à nos questions envoyées plus tôt :

Depuis des semaines, l’express s’est engagé dans une campagne diffamatoire planifiée et délibérée à l’encontre du Premier ministre.

Pravind Jugnauth a, lors d’une conférence de presse vendredi, annoncé des poursuites contre la publication en question dans les jours à venir. Le point de vue du Premier ministre sera donc dans la plainte qui sera logée en cour.

29 novembre 2020

Cellule de Communication

Bureau du Premier ministre

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Du jamais-vu dans l'histoire politico-criminelle et financière du pays : le Premier ministre en fonction fait face à une enquête de l'ICAC. Ne vous embarrassez plus à essayer de comprendre en cherchant tous les articles. Le scandale est simple et ici vous retrouverez tout en un clic.

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