Bilan: A(rt) nou kontinie marse ar Avinash Teeluck

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Zulu est parmi les 150 bénéficiaires du Post Covid-19 Action Plan. Il a recu 30% du cachet pour un concert virtuel de 30 minutes.

Zulu est parmi les 150 bénéficiaires du Post Covid-19 Action Plan. Il a recu 30% du cachet pour un concert virtuel de 30 minutes.

Comment se (com)porte le locataire actuel de «lakaz diab» ? Cela fait un an depuis qu’Avinash Teeluck occupe le portefeuille des Arts et du patrimoine culturel. Un an à l’échelle d’un mandat, c’est un début, mais les grandes lignes sont déjà dessinées. Elles ne sont pas rassurantes.

Action Plan resté en plan 

À sa sortie, le 20 mai, le Post Covid-19 Action Plan pour la culture est accueilli favorablement. Point d’orgue des 13 mesures proposées : l’organisation par le ministère des Arts et du patrimoine culturel de concerts virtuels. Pour un cachet plafonnant à Rs 60 000 pour les artistes mainstream, à Rs 40 000 pour les artistes du circuit hôtelier, ils sont invités à présenter un show de 30 minutes. Une prestation qui sera enregistrée sans public, au théâtre Serge Constantin puis diffusée à la télévision nationale et en ligne. 

Le Budget 2020-21, qui est présenté le 4 juin indique que le Post Covid-19 Action Plan pour la culture est doté de Rs 19 millions, pour six mois. 

Les demandes affluent. Les artistes patientent trois mois. Jusqu’au 20 août. Le ministère remet 30 % du cachet prévu à 150 bénéficiaires. Les artistes mainstream obtiennent donc Rs 18 000. Ils attendent d’enregistrer leur tour de chant de 30 minutes. À vendredi, nombre d’entre eux attendaient toujours de se produire. Et de toucher le reste du cachet censé les faire vivre durant six mois. 

Même chose pour le théâtre. Les troupes sont invitées à se produire sur une base mensuelle. À la clé : une enveloppe de Rs 200 000 pour couvrir tous les frais (costumes, répétions etc). C’est dans un deuxième temps que l’on apprendra que ces troupes sont tenues de présenter les pièces de théâtre en anglais et en français qui sont au programme d’étude, ce qui limite le choix. Dans cette catégorie l’appel à candidatures a dû être relancé. 

Quant au public, à qui l’on propose de retrouver les artistes en ligne, il a eu le temps d’applaudir physiquement les talents locaux, après le déconfinement. Car sans attendre le cachet du ministère, les artistes sont remontés sur scène dans les hôtels, restaurants, pub, bar, cafés, grill et fancy-fair.

Les nouveaux tarifs de la MASA pour… juillet 2021

Une nouvelle grille de tarifs pour l’utilisation de la musique. Elle entrera en vigueur en… juillet 2021. D’ici là, l’annonce que les nouveaux tarifs arrivent surgit à intervalle régulier. Elle était au menu du discours à l’occasion de la fête de la Musique. Elle était dans les délibérations du Conseil des ministres le 18 septembre. Avec la mention que ces nouveaux tarifs seront «bientôt» publiés à l’officiel.

En attendant, on se souvient qu’à l’époque de Pradeep Roopun, prédécesseur d’Avinash Teeluck, deux artistes ont servi une mise en demeure au ministère réclamant l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs. Ils avaient mis l’affaire en veilleuse à l’arrivée du nouveau ministre.

Somduth Dulthumun, la nomination qui fâche

Avec le gouvernement élu le 7 novembre 2019, le ministère a eu une nouvelle appellation. Des Arts et de la Culture, il est devenu Arts et patrimoine culturel. Augurant un regain d’intérêt pour la préservation de l’héritage historique.

Le 10 juillet, Somduth Dulthumun, président de l’Hindutva Movement et ancien président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation est nommé président du conseil d’administration du Mauritius Museums Council. Cette nomination provoque un tollé. Une pétition est adressée au ministre des Arts et du patrimoine culturel. On y souligne que selon la loi, le président des musées doit avoir des compétences avérées dans ce domaine, que ce soit des diplômes ou une vaste expérience, ce qui n’est pas le cas de Somduth Dulthumun.

Les projets de loi à venir

Deux projets de loi reviennent régulièrement dans les discours d’Avinash Teeluck. Tous deux des legs de ses prédécesseurs. Il s’agit du Status of Artist Bill – où un document initial était déjà prêt et circulé durant le mandat de Pradeep Roopun. Et des amendements à la National Heritage Fund Act. Une loi que l’on a cherché à réviser sous le régime travailliste, puis durant le court mandat de Dan Baboo.

Déclaration

Le 2 novembre, lors de commémorations des 186 ans de l’arrivée des premiers travailleurs engagés, Avinash Teeluck, ministre des Ar ts et du patrimoine culture a déclaré : «Marse komie ou anvi marse, nou ena enn larout a fer, larout travay.»

Réactions

Après la première année du mandat d’Avinash Teeluck, quelle est la situation des artistes ? Mais surtout comment s’annonce l’avenir ? Des créateurs réagissent.

Stephan Rezannah, fondateur du label Jorex Box: «Au début, les beaux discours étaient motivants»

«Un an après le changement de gouvernement, la situation n’a pas changé. Au début, les beaux discours étaient motivants. On parlait de projet de loi sur le statut des artistes ou encore de restructuration de l’industrie culturelle, mais à ce jour rien de concret n’a été fait.» Stephan Rezannah explique avoir fait parvenir un projet de restructuration et de recensement des acteurs du milieu musical au ministre, en juillet. Ce projet peut s’adapter à d’autres secteurs artistiques, permettant de mieux connaître l’apport de l’industrie culturelle. «Lors d’une rencontre avec le ministre, où ce dernier a trouvé ce projet intéressant, il a dit qu’il allait en référer à ses techniciens.» Depuis, pas de nouvelle. «Si cela se trouve, à la fin de l’année prochaine nous ferons le même bilan. 2021 ne doit pas être une année de beaux discours mais une année d’action.»

Valérie Lemaire de l’Atelier Mo’Zar: «On a des fonds jusqu’au 31 décembre»

«La situation est très grave. Des artistes qui vivaient très bien se retrouvent aujourd’hui dans des situations financières compliquées. Il y a bien une petite reprise de l’activité culturelle, mais elle reste minime. Le sponsoring ne marche pas du tout. Les entreprises, moyennes ou grandes, ont réduit leur budget de sponsoring. Certaines ont gelé les fonds. Beaucoup d’hôtels ont réduit la somme accordée à l’animation. Du côté du ministère, nous avons été retenus pour un concert virtuel. Nous avons reçu une somme de départ, après plus rien. On ne nous dit pas quand ce concert sera filmé et certains musiciens comptaient sur ce cachet pour améliorer leur quotidien. L’année prochaine la situation s’annonce inquiétante. L’Atelier Mo’Zar dépend de la National Social Inclusion Foundation, or il n’y a pas eu d’appel à candidatures. On ne sait pas ce qu’on va faire. On a des fonds jusqu’au 31 décembre seulement. L’avenir s’annonce très sombre..»

Jon Rabaud, réalisateur: «Quelques tournages prévus depuis l’année dernière, après…»

«Il faudrait plus de soutien à la création. Le National Arts Fund n’est pas suffisant. Il faudrait des subventions plus spécifiques aux différents domaines. Actuellement, il y a quelques tournages à Maurice. Les équipes viennent d’Amérique, d’Angleterre, d’Espagne, entre autres. Ce sont des tournages qui étaient déjà prévus depuis l’année dernière. Comment sera 2021 ? Je n’en ai aucune idée. C’est pour cela qu’il faudrait que le gouvernement soutienne davantage la création. L’univers cinématographique intéresse de plus en plus de personnes, mais il nous faut des fonds.»

Jean-Renat Anamah, chorégraphe et danseur: «J’ai conseillé à certains artistes de se tourner vers un autre métier»

«Nous vivons le moment le plus dramatique que les artistes aient connu à Maurice. Après un article de presse, le ministre des Arts et du patrimoine culturel m’a contacté. Je lui ai proposé d’organiser des concerts virtuels. Quand le plan a été mis en place, j’ai fait une demande pour participer au concert virtuel. Ma demande a été rejetée. J’ai envoyé des mél pour savoir pourquoi, mais je n’ai jamais eu de retour. J’ai la chance d’avoir un contrat avec une institution française et j’arrive à vivre, mais je connais des artistes qui doivent frapper aux portes pour qu’on leur vienne en aide. D’autres n’ont plus un rond pour payer leur loyer. Je me demande ce que font le ministre et ses fonctionnaires ? Pourquoi un ministère des Arts existe s’il ne fait rien ? Pour l’avenir je ne veux pas être pessimiste, mais ce sera très difficile pour les artistes de remonter la pente. C’est malheureux, mais j’ai même conseillé à certains de se tourner vers un autre métier pour subsister.»

Gaston Valayden, metteur en scène: «Je trouve le nouveau ministre plus abordable»

«Le Covid-19 joue aux trouble-fête, sinon cela aurait été le statu quo. Je trouve le nouveau ministre plus abordable que ses prédécesseurs. Il reçoit les artistes et n’hésite pas à intervenir quand il le faut. Grâce à lui, j’ai pu obtenir le théâtre Serge Constantin le mois dernier, pour trois représentations de Les Justes. J’ai aussi ma propre salle, c’est pourquoi je ne sens pas trop l’impact du Covid- 19. D’autres artistes qui ont des loyers et des salaires à leur charge sont en difficulté.»

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