Nouvelle loi: le patrimoine se rêve en pilier économique de la culture

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Alors que le «sega typik» est inscrit au patrimoine mondial, la loi ne mentionne pas le patrimoine intangible.

Alors que le «sega typik» est inscrit au patrimoine mondial, la loi ne mentionne pas le patrimoine intangible.

«D’ici décembre.» C’est le délai que se donne le ministère des Arts et du patrimoine culturel pour finaliser une version initiale des amendements à la National Heritage Fund Act. La révision de la loi concernant le patrimoine est à nouveau sur le tapis. Le ministre de tutelle, Avinash Teeluck, l’a mentionné lors d’un discours, il y a une dizaine de jours.

Une fois la version initiale finalisée par le NHF, elle sera soumise au ministère. Qui, à son tour, enclenchera d’autres procédures, dont l’obtention du feu vert du conseil des ministres, avant que ce projet de loi ne soit inscrit à l’agenda de l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas la première fois que pareille révision est annoncée. Une première version a été proposée à l’époque du régime travailliste, une autre à l’installation du régime actuel – quand Dan Baboo était ministre – et une autre encore durant le mandat du précédent ministre, Pradeep Roopun. Mais tout cela n’a pas abouti au vote d’une nouvelle loi. Thierry Le Breton de SOS Patrimoine en péril indique qu’une précédente mouture de la nouvelle loi, faisant «180 pages, aurait déjà été réduite à 108 pages».

Quels sont les plus gros changements proposés ? Au ministère des Arts et du patrimoine culturel, on fait ressortir que l’on étudie comment «protéger ce qui ne figure pas sur la liste du patrimoine national».

Pour sa part, Thierry Le Breton observe : «À Maurice, on vide parfois une loi de sa substance pour avoir des lignes directrices non précisées qui seront par la suite sujettes à interprétation.» Des interprétations de la loi qui «causent de grandes souffrances». Empêchant une professionnalisation du secteur. Et bloquant l’émergence d’une «économie de la culture».

Il souhaite que l’éventuelle nouvelle loi soit avant tout «pensée par les professionnels du secteur, davantage que les juristes. Il faut une approche du patrimoine qui permette de créer de la valeur ajoutée, ce que l’on n’a pas encore suffisamment compris». La NHF Act a été votée en 2003. Mais il n’a pas empêché des démolitions du patrimoine. La plus marquante étant celle de La School en juillet 2017, pour faire place à la nouvelle Cour suprême. 

Dissiper les ambiguïtés

Le NHF a déjà réalisé un inventaire des sites ayant le potentiel de devenir patrimoine national. Mais nul ne sait quand ces structures seront effectivement classées. «La nouvelle loi devra dissiper les ambiguïtés», souligne Thierry Le Breton. Exemple : selon le cadre légal actuel, le NHF peut intervenir sur tout bâtiment qui a une valeur historique. Mais dans une autre partie de la loi, le NHF ne s’occupe que du patrimoine classé.

Résultat : «pas de prises de décisions audacieuses et claires. On se marche sur les pieds», critique Thierry Le Breton. Sans oublier les conflits entre ce qui relève du NHF et ce qui relève du ministre de tutelle. «On a l’impression que le ministre est seul à pouvoir trancher, or il n’est pas une autorité technique», remarque-t-il.

Ce qui revient à dire que dans le cas de La School, c’est le ministre de tutelle – à l’époque, Pradeep Roopun – qui a décidé du sort de ce bâtiment. Thierry Le Breton préfère dire que «le NHF s’est désengagé».

Un NHF indépendant ?

Thierry Le Breton se souvient que la première proposition faite lors de précédents remaniements de la loi était de créer la National Heritage Authority, en remplacement du National Heritage Fund. «C’était selon un modèle qui marche déjà dans plusieurs pays qui ressemblent au futur plus qu’au passé», ironise-t-il.

La question de fond, c’est aussi celle des moyens accordés au NHF, que ce soit en termes de personnel – pour l’heure squelettique – et de budget. Thierry Le Breton estime que le NHF a «surtout besoin de compétences. Quand il y a des compétences, on peut trouver de l’argent».

 Délimiter le patrimoine national En l’état actuel, la loi compte une liste de patrimoine classé par district. Sans dire «où commence la structure, où elle finit.

La loi ne prévoit pas de fiches techniques. Thierry le Breton se demande : «Est-ce qu’il faut inclure le trottoir qui est devant un monument ? Qu’en est-il des artefacts qui y sont ?» La loi actuelle ne mentionne pas le patrimoine intangible alors que le sega tipik, le geet gawai, le sega tambour Rodrigues et le sega tambour Chagos sont des patrimoines mondiaux. Le cadre légal existant ne tient pas non plus en compte les œuvres d’art ni le mobilier.

Penser au patrimoine naturel

Faut-il intégrer les trésors de la Nature dans la liste du patrimoine national ? Question qui a déjà donné lieu à des débats passionnés. «Dans le passé, il avait été convenu qu’il valait mieux ne pas inclure le volet Nature parce que les approches sont très différentes», avance Thierry Le Breton. «Il faut éviter les interférences entre diverses autorités.» Dans la pratique, comment adapter un cadre unique à la fois aux Bois et Forêts, aux parcs et jardins et au patrimoine national actuel.

Ce qui est recommandé : «Adopter une approche de la Nature par le biais de la culture, en reconnaissant le statut de paysage culturel.» Pour rappel, dans le cas du Morne, il est classé sur la liste du patrimoine mondial en tant que paysage culturel.

Structurer les métiers

Créer de la valeur ajoutée, des contributions au Produit intérieur brut passe par la valorisation des métiers associés au patrimoine, insiste Thierry Le Breton. «Sinon, la nouvelle loi sera simplement un document technique.»

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