Maîtres d’école: le système de promotion remis en question

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(Photo d'illustration) La promotion sous sélection dans les écoles primaires essuie diverses critiques actuellement.

(Photo d'illustration) La promotion sous sélection dans les écoles primaires essuie diverses critiques actuellement.

La Government Teachers’ Union crie encore au scandale. Vinod Seegum, son président, appelle à un retour de l’ancienneté, système prévalant jusqu’en 2019, pour nommer les maîtres d’école. Or, la nouvelle méthode a octroyé ces postes à de jeunes effectifs et se fonde sur la sélection, ce qui provoque des remous. Comment fonctionne ce système de promotion? Pourquoi tant de couacs ?  Que faut-il y changer ?

«Avant, la promotion des maîtres d’école se faisait automatiquement», déclare Annand Seewoosungkur, président de l’Association des maîtres d’école. En effet, poursuit Vinod Seegum, président de la Government Teachers’ Union, ce système nécessitait un examen écrit avant les années 1990. Et après 1993, c’est l’ancienneté qui primait. Qu’est-ce que cela impliquait ? Sous cette formule, explique Annand Seewoosungkur, seuls les assistants maîtres d’école pouvaient aspirer à la promotion au rang de maître d’école étant donné leurs années de service. Ces derniers étaient alors placés sur une liste prioritaire de laquelle les autorités puisaient pour remplir une dizaine de postes vacants, voire plus.

Cependant, ces postulants n’étaient pas généralement promus au sein de leur établissement mais déployés vers d’autres localités, précise-t-il. En 2008, un rapport du Pay Research Bureau est venu changer la donne, préconisant ainsi la sélection des candidats aspirant aux fonctions d’assistants et de maîtres d’école. Hormis les Deputy Headmasters, soutient Armoogum Parsuramen, ancien ministre de l’Éducation, les mentors et Health and Physical Education Instructor peuvent également postuler. Toutefois, cette mesure a pris des années pour la mise en pratique, engendrant un tollé. Dans plusieurs cas, certains ont assumé ces fonctions par intérim pendant des années tandis que l’ancienneté était maintenue jusqu’en décembre 2017.

En 2018, la sélection a été appliquée avec de nouveaux critères établis par la Public Service Commission, dont la possession d’un diplôme obligatoire en Educational Management, d’au moins 18 ans d’expérience en enseignement ou 12 ans en sus du diplôme susmentionné et d’une licence universitaire. Le salaire de base était alors de Rs 29 400 en 2018 pour un maître d’école fraîchement nominé. «Le 16 décembre 2019, 151 éducateurs ont été promus comme maîtres d’école. En mars et septembre 2020, d’autres nominations ont suivi, ce qui équivaut à un total de 185 par sélection», souligne-t-il. Toute contestation d’un postulant non-nominé se fait au Public Bodies Appeal Tribunal (PBAT). En 2020, quatre protestations ont abouti à une nomination et d’autres ont été retirées.

Un nouveau modèle largement décrié par Vinod Seegum. «Rien n’a changé dans la méthode de recrutement. Comment est-ce qu’on peut évaluer l’aptitude à diriger une école en dix minutes ? On ne sait même pas sur quelle base le candidat a obtenu ou pas des points. Je n’ai aucune dent contre les jeunes nominés mais il faut que chacun respecte son tour. Il faut, par conséquent, ramener le système d’ancienneté. L’expérience est cruciale», déclare le syndicaliste. Il s’insurge parallèlement contre le fait que des candidats, assurant pourtant l’intérim pendant quatre ans, finissent sans nomination tandis que leurs élèves réussissent. Une situation qui alimente davantage la frustration.

Un avis qui diffère de celui de Suttyhudeo Tengur. Le négociateur de la Government Hindi Teachers’ Union soutient que le système de promotion en Europe, en Inde et en Afrique n’est pas resté statique sui- vant l’expansion de l’éducation. « On voit l’utilité des institutions comme la PSC, présentes dans ces pays et calquées sur le modèle du Commonwealth. Par exemple, bon nombre d’enseignants ont fait de la formation continue pour améliorer leurs connaissances alors que d’autres n’ont pas emboîté le pas. Ceci explique que les jeunes aient été promus à l’inverse de ceux qui sur la séniorité», déclare-t-il.

«Political backing»

Qu’est-ce qui cloche dans la sélection ? Pour le président de l’Association des maîtres d’école, dans tout exercice de promotion, il y a une «perception de parti pris et de political backing». Toutefois, avance-til, l’instance de recrutement dispose d’un mode d’évaluation, dont une entrevue avec les candidats. «Or, quand on a pu répondre aux questions, cela ne signifie pas qu’on peut bien exécuter cette tâche. Le véritable test se fera à la mise en fonction et la gestion face aux problèmes», rétorque-t-il. Selon lui, l’ancienneté a fait ses preuves et garantit une stabilité. D’autant qu’avec cette expérience, les candidats connaissent les rouages du métier, ce que d’autres postulants plus jeunes ne détiennent pas forcément

. Pour Suttyhudeo Tengur, la promotion par compétition prône le rajeunissement des effectifs entre autres objectifs. «Un système doit être composé d’éducateurs jeunes et ceux d’expérience. Cela doit être équilibré», avance-t-il.

Quant à l’ancien ministre de l’Éducation, il observe «beaucoup de mécontentement» face à l’introduction de la sélection, surtout des non-promus. «Il faut être prudent. Les jeunes ont-ils l’expérience requise ? Ont-ils eu une formation appropriée ? Si le système opère en toute transparence et est non-partisan, cela fonctionnera. En revanche, en cas de doutes flagrants, cela entraînera énormément de frustration. Bien sûr, il faut inclure de nouveaux effectifs. Ce n’est pas juste une question d’âge mais plutôt la capacité de gérer une école», mentionne-t-il.

Comment ce modèle peut-il être plus efficace ? Hormis la qualification académique, qui demeure impérative, suggère Annand Seewoosungkur, une période de placement de deux à trois mois auprès du maître d’école est recommandable. Quant au négociateur, il renvoie aux contestations des non-nominations à la PBAT, la Cour suprême et le Privy Council. «Si quelqu’un se sent lésé, il doit faire appel auprès de toutes les instances indiquées», ajoute-t-il.

D’après Armoogum Parsuramen, il faut privilégier les candidats les plus aptes à diriger un établissement primaire. Ce qui nécessite un passage obligé par une formation et un long temps de service. «Il faut qu’il n’y ait pas de favoritisme, un point critiqué d’ailleurs par les syndicats. Il faut penser à l’intérêt des enfants. L’idéal est de recruter des personnes qualifiées, pas seulement sur papier. Ce n’est pas évident de passer du stade d’enseigner pour basculer en administration. La bonne réussite d’une école dépend beaucoup de son leader.»

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