Report de la taxe sur le sucre: des opérateurs cessent les importations

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Les gâteaux et sucreries coûteront plus cher avec la taxe doublée sur le sucre différée à avril 2021.

Les gâteaux et sucreries coûteront plus cher avec la taxe doublée sur le sucre différée à avril 2021.

«La taxe sur le sucre en rajoute sur les autres coûts majorés dans la production de gâteaux. On avait maintenu les prix depuis des années. Mais là, on devra les augmenter à cause des frais qui augmentent», confie Percy Canarapen, directeur de la boulangerie et pâtisserie Vatel Bleu. S’approvisionnant en sucre local, il n’est pas plus avancé sur le fonctionnement de la taxe d’accise qui devait passer de 3 à 6 sous par gramme de sucre aujourd’hui. Encore moins avec le report de cette taxe au 1er avril 2021 au lieu du 1er novembre 2020, fraîchement annoncé par la Mauritius Revenue Authority (MRA).

Selon l’institution, pour appliquer cette mesure budgétaire en vue de réduire le diabète chez les Mauriciens, tous les importateurs et producteurs locaux de produits classés comme «non-staple sugar sweetened» doivent d’abord s’enregistrer comme opérateurs économiques traitant des «produits soumis à accise». Ensuite, ils doivent demander une licence d’importa- teur ou de producteur de produits sucrés. Les deux procédures doivent être complétées d’ici le 2 février 2021, précise la MRA. Et d’ici l’an prochain, les détenteurs de licences d’importateurs et de producteurs de boissons sucrées non-alcooliques devront les renouveler sous ces nouvelles modalités.

Or, ces changements laissent un goût amer à bon nombre d’opérateurs locaux. «Déjà que les Mauriciens se serrent la ceinture pour acheter de quoi manger depuis le Covid-19, les prix seront encore plus élevés, car le sucre coûtera davantage. Comment calculer cette taxe de 6 sous par gâteau pour la restituer aux autorités ? De notre côté, on ne fera plus autant de gâteaux. Il vaut mieux en acheter ailleurs et se contenter de les revendre», fulmine Reshad, un pâtissier.

D’ailleurs, Muryoodeen Fauzee, directeur de Dreamprice, jette l’éponge sur certaines importations. «J’importais trois types de jus concentré du Bangladesh et de la Malaisie. Mais avec une hausse de 60 % sur le prix, c’est impossible de continuer. J’ai cessé d’en ramener à Maurice. Avec cette taxe sur le sucre et les coûts plus élevés, cela influe aussi sur les chocolats et biscuits. On essaiera de tenir comme la variation sera d’environ Rs 5 et plus. Sinon, automatiquement, on devra augmenter les prix ou attendre que les clients s’habituent aux alternatives locales pour les proposer.»

Ajouté ou naturel

 Pour d’autres importateurs, l’échéance du 1er avril 2021 complique la situation. «Pour l’application de la taxe sur le sucre, il faudra préciser la teneur en sucre par gramme par produit du fournisseur. De plus, il faut calculer le sucre ajouté et naturel. Ceci inclut une multitude de possibilités comme le sucrose, le lactose, le maltose, le fructose et le glucose», déclare un prestataire. À cela, s’ajoutent d’autres éléments, dont une lettre de l’importateur et tous les détails du dosage de sucre, du grammage, du volume importé et expédié, entre autres. Et plus on importe de produits, plus les procédures se démultiplient, ce qui décourage les producteurs.

Les consommateurs ne sont pas en reste. Pour Mosadeq Sahebdin, président de la Consumer Platform Advocacy (CAP), cette mesure d’augmenter la taxe sur le sucre était insensée et mal planifiée. «La décision de la différer à avril 2021 semble répondre à une logique, celle de satisfaire un grand nombre de consommateurs en marge d’une fête nationale où les sucreries sont en grande demande. Alors que cette taxe était attendue le 1er novembre 2020, ce sont les consommateurs qui ont, encore une fois, fait les frais d’une mauvaise planification, ayant casqué, depuis juillet, des hausses de prix allant jusqu’à 50 % sur les pâtisseries et autres produits sucrés», souligne-t-il.

Selon lui, les importateurs et distributeurs de jus et autres sirops auront touché le jackpot en imposant des prix élevés. À titre d’exemple, un jus concentré dont le prix est passé de Rs 185 à Rs 245, soit une hausse de 32,4%. Une augmentation qui a suscité une question du CAP au National Price Consultative Council sans avoir obtenu une explication jusqu’à présent. «Maintenant, on sait que cette hausse était injustifiée puisque la mesure n’était prévue que le 1er novembre. Les milliers de consommateurs qui ont payé les nombreux produits sucrés plus chers seront-ils remboursés ou dédommagés ?»

Pour sa part, Devesh Dukhira, Chief Executive Officer (CEO) du Syndicat de sucres, s’interroge sur l’impact réel sur la consommation de sucre après l’application de cette taxe qui aspire à cet objectif. «Ce type d’actions a été pris dans plusieurs pays. Les retombées sont mitigées. En Europe, il semble qu’elle n’ait pas eu l’effet escompté. En revanche, en Afrique du Sud, cela a contribué à une baisse de la consommation.» Selon lui, cette campagne anti-sucre, qui est une tendance mondiale, est trop simpliste du fait que d’autres facteurs contribuent à l’obésité et au diabète. De plus, cette taxe demeure paradoxale alors que les autorités prônent la consommation locale. Hélas, celle-ci ne sera pas épargnée.

D’après notre interlocuteur, la taxe à 6 sous sera compliquée à calculer en pratique. Par exemple, pour les produits industriels comme certaines boissons ou les yaourts, la teneur en sucre peut être identifiée. Tel n’est pas le cas pour les produits des petites entreprises. «L’idéal est d’introduire une taxe à la source, notamment auprès des revendeurs de sucre. D’ailleurs, c’est ironique que Maurice soit peut-être le seul pays au monde à être un producteur de sucre mais qui en importe pour la consommation locale.»

Ainsi, pour la campagne 2019/2020, Devesh Dukhira mentionne une consommation annuelle de 35 000 tonnes. Or, le Syndicat des sucres n’en a vendu que 11 000 tonnes. Les 24 000 tonnes restantes ont été importées, à l’insu des producteurs sucriers. Pourtant, il s’agit d’un produit stratégique pour Maurice, qui peut aisément alimenter le marché domestique. D’où l’importance de protéger la production locale, renchérit-il. Malheureusement, le doublement de la taxe risque bien de rajouter de l’huile sur le feu pour opérateurs et consommateurs.

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