L’abattage des chauves-souris nuit à la biodiversité

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Les Roussettes, qui se nourrissent de fruits, contribuent grandement à la dispersion des graines.

Les Roussettes, qui se nourrissent de fruits, contribuent grandement à la dispersion des graines.

L’abattage des chauves-souris a débuté hier, jeudi 29 octobre. Si pour les propriétaires d’arbres fruitiers et de vergers, c’est une bonne nouvelle, les conservateurs sont, eux, préoccupés car cela peut nuire à la biodiversité. Même si elles semblent «envahissantes», les chauves-souris ne doivent pas toutes être abattues, indiquent-ils.

La campagne d’abattage de chauves-souris a démarré hier. Comme l’indique le communiqué du ministère de l’Agro-industrie, il s’agit d’un abattage séléctif. Initié par les National Parks and Conservation Services, celui-ci ne concerne que la chauvesouris frugivore connue comme la Roussette de Maurice (Pteropus niger). Sauf que, comme l’explique Ashmi Yogishah Bunsy, éducatrice au sein de l’organisation non gouvernementale Ecosystem Restoration Alliance Indian Ocean, «nous avons déjà exterminé les deux autres espèces de chauve-souris frugivores, qui habitaient l’île autrefois.» Ce qui fait que cet abattage sélectif ne consiste qu’à éliminer les mâles des Roussettes.

 Une décision qui rend perplexes les conservateurs. «Si les autorités concernées parlent de tirer uniquement sur des Roussettes mâles en utilisant le terme ‘abattage sélectif’, comment les éléments de la Special Mobile Force feront pour distinguer les chauvessouris mâles des femelles, de nuit, et surtout lorsqu’elles volent ? Cela dépasse mon entendement», ajoute Ashmi Yogishah Bunsy.

Mais pourquoi les conservateurs sont-ils contre l’abattage de la Roussette ? Avant 2015, année au cours de laquelle les campagnes d’abattage de chauves-souris ont démarré, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) avait décrété que la Roussette est une espèce en danger de disparition. Elle est même une espèce protégée depuis 1994 par la Wildlife and National Parks Acts.

«Il ne devrait donc même pas y avoir de débat sur quelles espèces de chauves-souris abattre et quelles espèces protéger. Le fait qu’il ne reste qu’une seule espèce de chauve-souris frugivore à Maurice, qui joue un rôle disproportionnément grand dans le maintien de la biodiversité, devrait être une raison suffisante pour ne pas tuer cet animal.»

Elle ajoute qu’il est prouvé que l’abattage n’améliore pas la production de fruits. «La période d’abattage à Maurice a été suivie d’une production réduite en litchis. De plus, les recherches en cours démontrent clairement que les dommages causés par les chauves-souris frugivores aux fruits commerciaux, depuis le début de ces exercices d’abattage en 2015, n’ont pas diminué. Au contraire, les dommages causés par les chauves-souris ont augmenté, indiquant ainsi le manque total d’efficacité de l’abattage de la Roussette de Maurice», ajoute notre interlocutrice.

Services vitaux

 De plus, par rapport à la biodiversité, deux études, l’une intitulée The IUCN Red List of Threatened Species de 2018 et l’autre An investigation into the role of the Mauritian flying fox, montrent que ces chauves-souris frugivores fournissent des services écosystémiques importants tels que la pollinisation et surtout la dispersion de graines, y compris sur de longues distances. Cette dispersion de graines est vitale pour la reproduction adéquate des arbres et donc pour la régénération des forêts.

Une autre publication, le Journal for Nature Conservation, montre que la Roussette dissémine les graines de plantes indigènes, qui constituent la majeure partie, environ 63 %, de la biomasse végétale des forêts restantes à Maurice. De ce fait, la régénération de ces forêts dépend de la chauve-souris frugivore. Cependant, ce rôle écologique est menacé de façon imminente par des plantes et des animaux envahissants, comme la goyave de Chine et les macaques à longue queue. Les espèces végétales envahissantes diminuent la qualité de la forêt, réduisant la production de fleurs et de fruits et les singes exotiques entrent directement en concurrence avec les chauves-souris frugivores pour se nourrir.

«Les rôles importants que jouent les chauves-souris dans les forêts indigènes ont d’autres conséquences car les forêts contribuent à la régulation des cycles hydrologiques et au maintien des stocks de carbone, qui peuvent diminuer lorsque la dispersion des graines n’est plus efficace. Ce qui nous affecte directement», affirme Ashmi Yogishah Bunsy.

Par rapport aux singes exotiques, qui ne cessent de se multiplier et d’occasionner des problèmes visibles depuis quelque temps à Beau-Bassin et ailleurs, Vikash Tatayah, directeur de conservation à la Mauritius Wildlife Foundation explique que c’est d’ailleurs «la dégradation des forêts, causée par des singes, qui oblige les chauves-souris à trouver de la nourriture ailleurs dans les vergers etc.»

 Mais comment estce que les macaques dégradent les forêts ? Raphael Dennis Reinegger, étudiant à la School of Biological Sciences, University of Bristol, qui est à Maurice depuis plus de deux ans dans le cadre de recherches à ce propos, explique que les macaques font trois choses qui affectent les Roussettes et la biodiversité. «Ils rendent les fruits de certaines plantes indigènes inaccessibles aux chauvessouris en les mangeant avant que ceux-ci ne soient mûrs.» Ce qui fait, explique-t-il, que la reproduction de ces espèces végétales est impossible, car les macaques consomment tous les fruits avant qu’ils ne soient mûrs et répandent à la place des plantes envahissantes.

«En effet, les macaques consomment des quantités incroyablement grandes de fruits envahissants mûrs et les répandent dans leur vaste domaine vital. Par conséquent, ils contribuent activement à la dégradation des forêts indigènes. Ce qui pousse les chauves-souris frugivores à aller ailleurs pour se nourrir.» Selon nos interlocuteurs, si Maurice se soucie vraiment de la biodiversité, l’abattage des chauves-souris ne devrait pas être la solution.

Selon eux, il faudrait se concentrer sur des mesures d’atténuation non létales comme la pose de filets pour empêcher les chauves-souris d’endommager les fruits des vergers. Ils sont aussi d’avis qu’il faut sensibiliser les gens au rôle important que jouent les chauves-souris dans les forêts indigènes et expliquer quels sont les dommages causés par des animaux envahissants tels que les macaques.

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