L’Honorable Rajcoomar Gujadhur: un turfiste à l’état pur

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L'Honorable Rajcoomar Gujadhur (à dr.) posant un regard admiratif sur sa pouliche Winking, tenue en main par son entraîneur M. Amurdeeal Gujadhur, après sa victoire dans le Maiden en 1934. PHOTO: COLLECTION DE M. BABLA GUJADHUR.

L'Honorable Rajcoomar Gujadhur (à dr.) posant un regard admiratif sur sa pouliche Winking, tenue en main par son entraîneur M. Amurdeeal Gujadhur, après sa victoire dans le Maiden en 1934. PHOTO: COLLECTION DE M. BABLA GUJADHUR.

Le Turf rend hommage ce dimanche à l’Honorable Rajcoomar Gujadhur en programmant la coupe qui porte son nom en guise de course principale de la journée. Industriel, planteur, homme politique, turfiste et mécène, Rajcoomar Gujadhur a connu la réussite dans pratiquement tout ce qu’il a entrepris. Et s’il y a un domaine où il a laissé un héritage des plus pérennes, ce serait certainement au Champ de Mars où son écurie détient une longévité très enviable et où plusieurs de ses descendants sont toujours très actifs en tant qu’entraîneurs ou propriétaires de chevaux. Sa casaque bleu électrique à écharpe rouge et toque or s’impose souvent en course classique.

Né à Eau Coulée, le 15 mars 1871, Rajcoomar Gujadhur était le benjamin d’une fratrie de trois enfants. Dans un ouvrage bien documenté,Unravelling The Thread – The Gujadhurs in Mauritius, l’auteure, Mme Leela Gujadhur Sarup, mentionne que Poorun et Doolareea Gujadhur, les parents de Rajcoomar Gujadhur, étaient arrivés à Maurice de la Grande Péninsule en 1856 et qu’ils étaient un couple d’entrepreneurs doués. Leur fils aîné, Persad (né en 1858), leur emboîta le pas et fut le mentor du jeune Rajcoomar. Les deux frères, devenus partenaires, connurent une ascension phénoménale dans le monde des affaires à Maurice. Leurs réalisations étant trop nombreuses pour êtres énumérées ici, cet article se limitera au parcours de Rajcoomar Gujadhur sur le turf.

Selon Mme Gujadhur Sarup, la fondation de l’Écurie Rajcoomar Gujadhur se situerait en 1904 mais, malheureusement, nous n’avons pu retracer de partants aux courses appartenant aux Gujadhur avant 1906. La première mention d’un partant que nous ayons trouvée se trouve à la journée inaugurale du Mauritius Jockey Club, le 6 janvier 1906, à Mangalkhan où les Gujadhur possédaient des terrains. Un cheval, appelé Baron, défendit pour la première fois les couleurs «Gujadhur» (sans plus de précision) et termina 3e des 6 partants des Curepipe Stakes (Un Tour). Il semblait être, plutôt, un cheval de selle que pur sang et courut trois autres fois, cette saison, à Mangalkhan sans se placer.

Mais un an plus tard, Baron devait frapper d’entrée sur ce même hippodrome, le 5 janvier 1907, pour réaliser la première victoire des couleurs «Gujadhur» en gagnant les Maiden Poneys Stakes, sur 4 furlongs, sous la selle du Gentleman Rider, Henry Robinson. Cependant, ce fut la seule sortie des couleurs «Gujadhur» cette saison car Persad Gujadhur avait prévu de séjourner en Inde pour une heureuse occasion le 17 janvier 1907, nous apprend Mme Gujadhur Sarup dans son livre. Tout projet de consolider l’écurie fut, semble-t-il, repoussé d’une année.

En 1908, deux autres chevaux, Creamie et Wanderer, sont venus effectivement défendre, avec Baron, les couleurs des propriétaires R. Gujadhur, P. Gujadhur et A. Gujadhur (les initiales sont précisées) en début de saison à Floréal. L’absence de succès sur cette période ne les découragea pas de tenter l’expérience au Champ de Mars où la compétition était plus rude. Rajcoomar Gujadhur fit alors l’acquisition d’un nouveau cheval, nommé Vigil, importé par le Mauritius Turf Club et qu’il confia à son neveu Juddoonundun (fils de Persad), porteur de la casquette d’entraîneur. Vigil fut entré dans le Barbé’s Plate, alors classique d’ouverture du Mauritius Turf Club couru le 6 juillet 1908.Ce fut donc la première apparition de Rajcoomar Gujadhur en tant que propriétaire au Champ de Mars. Vigil occupa la 3e et dernière place du Barbé mais il se rattrapa vite en offrant à Rajcoomar Gujadhur sa première victoire au Champ de Mars dans le Léopold Couve Plate, disputé quelques jours plus tard, soit le 11 juillet 1908. L’écurie resta sur ce seul succès en 1908. De son côté, Juddoonundun Gujadhur vivait sa passion des chevaux à fond et il se mit même en selle sur Baron pour disputer quelques courses en fin de saison à Mangalkhan pour se faire la main en tant que jockey de l’écurie.

Des bases plus solides furent jetées en 1909 lorsque Persad Gujadhur fit l’acquisition d’une propriété au Champ de Mars, selon Mme Gujadhur Sarup. Les écuries furent érigées dans la cour au début de la même année et la performance de l’établissement, connu dorénavant comme Écurie Rajcoomar Gujadhur, s’en trouva nettement améliorée : sept gagnants tombèrent dans son escarcelle avant la fin de la saison. Seulement trois ans plus tard, un premier gagnant classique sortit de ces écuries. C’était Aéroplane qui ouvrit la série des 15 victoires classiques de Rajcoomar Gujadhur en enlevant le Maiden de 1912. Il fut suivi en 1917 par le grand crack Damoiselle, auteure du premier et unique triplé classique : Mauritius Jockey Club Plate (ancêtre de la Duchesse), Barbé Cup et Maiden Cup. En 1934, la pouliche Winking (entraînée par Amurdeeal Gujadhur) fit encore mieux en complétant le Grand Chelem pour Rajcoomar Gujadhur, un honneur que seuls son petit-fils, Chandra et M. France Law ont pu partager 85 ans plus tard grâce au phénoménal White River, en 2019.

Des recherches laborieuses, sur la période 1906 à 1941, nous ont permis de chiffrer le nombre de victoires mauriciennes de l’écurie Rajcoomar Gujadhur à 205 succès. L’établissement termina en tête des classements d’écuries combinés Mauritius Turf Club / Mauritius Jockey Club en trois occasions: 1924, 1925 et 1927. Rajcoomar Gujadhur fit aussi courir ses chevaux en Inde, comme d’autres sportsmen mauriciens avant lui. Il y a connu de nombreuses victoires et a surtout laissé une excellente impression sur les autorités hippiques indiennes. À la mort de Rajcoomar Gujadhur à Calcutta en 1941, le Bloodstock Breeders Review, un annuel hippique international, lui consacra une notice nécrologique dans la rubriqueRacing in India,où on ne tarit pas d’éloges à son sujet.Il y est mentionné :«It is remarkable that this grand old man is said to have never made a bet on a race. It was Mr Gujadhur’s pleasure to see his horses go out fit and well.» En d’autres mots, il était la représentation du turfiste à l’état pur. Cela les Mauriciens le savaient depuis des décennies. D’où la grande popularité de son écurie.

Pour commémorer la mémoire de Rajcoomar Gujadhur chaque saison, sa veuve fit commander, en 1941, une coupe en or des célèbres bijoutiers Mapin & Webb en Angleterre. C’est toujours l’une des plus belles coupes jamais remises au Mauritius Turf Club avec les armoiries de l’île Maurice encadrées de deux chevaux, tête baissée en signe de respect. Elle fut offerte pour la première fois en 1942 et fut remportée par Grecian Night, appartenant à L.P. France Rivalland. Puisque c’était au Mauritius Jockey Club que Rajcoomar Gujadhur avait débuté sur le turf, Mme Gujadhur commanda en 1953 une réplique de la coupe qu’elle offrit au MJC. La première édition de celle-ci fut enlevée durant la même année par La Pépite, aux couleurs de Paul Maingard, de Ville-ès-Offrans. Après la fusion des deux clubs en 1958, cette deuxième coupe fut rebaptisée La Damoiselle Cup. Pareil honneur fut également accordé à Rajcoomar Gujadhur en Inde avec la mise en jeu de The Honourable Rajcoomar Gujadhur Cup à partir de 1941. Après une interruption, il fut rétabli par Naresh Gujadhur, fils de Moorli Gujadhur et arrière petit-fils de Rajcoomar Gujadhur.

Il y a également une anecdote qui nous éclaire sur la personnalité de Rajcoomar Gujadhur. Lors de son voyage vers l’Angleterre en 1932 en tant qu’un des délégués mauriciens pour discuter des problèmes que rencontrait l’industrie sucrière à cette époque, Rajcoomar Gujadhur s’arrêta pour quelques jours à l’hôtel Alexandra à Paris. Le directeur de cet établissement confia plus tard ses sentiments à un ami en des termes qui furent reproduits par un journal local : «C’est un homme charmant. Il parle le Français couramment. Il est très aimable et peu exigeant. Mais où donc a-t-il appris notre langue ?»

L’homme, tout en étant discret, a su rayonner là où il était passé et il n’est pas étonnant que Rajcoomar Gujadhur fut autorisé à conserver son titre Honorable après son retrait de la vie politique.

Par: Khalid Rawat

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