Beau-Bassin: les singes font la loi, les habitants font la grimace

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Des singes à Balfour. Un autre s’est introduit dans la cuisine d’une mère de famille, mardi…

Des singes à Balfour. Un autre s’est introduit dans la cuisine d’une mère de famille, mardi…

Ils ont l’impression de vivre une scène du film La planète des singes. Depuis une semaine, les habitants de Beau-Bassin, surtout ceux qui sont à proximité du jardin Balfour, ne dorment que d’un seul œil. Des «zako», tantôt taquins, tantôt violents, n’ont de cesse de les faire grimacer. Le week-end dernier, un groupe d’une cinquantaine de singes enragés a même fait fuir des joggeurs. Et mardi, un primate est allé se balader dans une cour et s’est invité dans la cuisine d’une mère de famille qui habite à proximité de Balfour… 

Sabrina Chan-Low ne s’en remet toujours pas. Elle a la peur au ventre. «Je faisais la vaisselle, et mon enfant de 2 ans était en train de prendre son goûter. Quand je me suis retournée, le singe était là, sur la table de la cuisine près de mon enfant.» Prise de panique, Sabrina commence à crier, pendant que le singe, pour sa part, bondit dans tous les sens et montre les crocs. «Il a commencé à s’en prendre à mon enfant qui avait un biscuit à la main. Il a essayé d’arracher le biscuit et de prendre son biberon. Mon enfant était terrorisé.» 

Son instinct maternel lui a alors donné le courage qu’il fallait pour défendre son petit. «La bestiole s’est dressée sur ses pattes arrière, il était grand et j’ai senti le sol se dérober sous mes pieds tellement j’étais tétanisée. J’ai crié de toutes mes forces en courant dans sa direction, il bondissait partout en cherchant un endroit pour sortir et a finalement filé par la petite fenêtre des toilettes, avec le biberon de mon fils…» 

Depuis cet épisode, le maire de Beau-Bassin-Rose-Hill, David Utile, a décidé de fermer le jardin Balfour. Il explique que cette décision a été prise pour la sécurité de ceux qui fréquentent les lieux mais aussi des curieux. «Des cages ont été installées partout dans les environ pour essayer de venir à bout de cette situation.» 

Comment expliquer cette «invasion» ? Laurent Levallois, chargé de communication de Noveprim, société engagée dans l’élevage de singes destinés à l’exportation, explique que «la situation qui prévaut au jardin Balfour est représentative de beaucoup d’autres endroits à Maurice. La population sauvage de singes a dépassé la capacité d’accueil des écosystèmes de notre île. Les singes se multiplient sans contrôle et il n’existe plus d’endroit sauvage pouvant en accueillir davantage.» 

Pour Vikash Tatayah, directeur de conservation à la Mauritius Wildlife Foundation (MWF), il y a plusieurs facteurs qui causent cette surpopulation. «Déjà, dans les années ’80, un recensement avait révélé que le nombre de singes sauvages s’élevait à 60 000. Aujourd’hui, nous en sommes à plusieurs dizaines de milliers.» Selon le scientifique, l’une des premières raisons expliquant ‘l’attitude’ des singes, est que l’espace vert ne cesse de rétrécir. Au fil des années, les plantations de canne à sucre, dont se nourrissaient les singes, et les terrains boisés, ont été remplacés par des constructions. «Les développements empiètent sur les espaces naturels. Les forêts font place à l’élevage de cerfs.» Le changement climatique y est également pour quelque chose. Le fait qu’il n’y ait plus de gros cyclone fait que la population de singes n’est plus ‘contrôlée’. 

Des propos que soutient Nada Padayatchy, Operations and Substainability Manager à Bioculture, compagnie également spécialisée dans la culture de singes, destinés à l’exportation. Qui ajoute que les primates n’ont pas de prédateurs naturels à Maurice. Mais si depuis le confinement, ils viennent en masse, c’est surtout à cause des humains. Car ces derniers ne comprennent pas qu’il ne faut pas nourrir les animaux sauvages, y compris les singes, car c’est ce qui les attire le plus vers les habitations. «Cette espèce de singe est une espèce sinanthrope, qui cohabite très bien avec l’homme. Mais la cohabitation se passe moins bien du point de vue de l’humain, d’où les conflits. C’est pour cela qu’il ne faut pas les nourrir. Il ne faut pas non plus oublier que le singe est un animal sauvage et imprévisible. Il peut attaquer s’il se sent menacé.» 

Vikash Tatayah souligne en outre qu’avant, lorsqu’il y avait un protocole qui voulait que l’on capture les singes qui se montraient agressifs avant de les euthanasier, les défenseurs des animaux se montraient hostiles envers les officiers de police et les vétérinaires. D’ajouter que l’abattage des singes est strictement interdit à Maurice.

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