Boni de fin d’année: vous serez payés même si…

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La question est difficile. Certaines entreprises, particulièrement des PME, n’ont vraiment pas les moyens. Les grosses entreprises qui ont engrangé des profits et payé des dividendes durant des années crient aussi famine. Comment trancher ?

La question est difficile. Certaines entreprises, particulièrement des PME, n’ont vraiment pas les moyens. Les grosses entreprises qui ont engrangé des profits et payé des dividendes durant des années crient aussi famine. Comment trancher ?

À deux mois de l’échéance, tous les regards sont tournés vers le paiement du treizième mois prévu dans la législation. Dans la conjoncture actuelle, si l’État et certaines entreprises peuvent encore s’y conformer, qu’en est-il des secteurs qui arrivent à peine à survivre ? Comment feront-ils ? Ne doit-on pas tout faire pour préserver l’emploi ?

Attendu par les travailleurs, le paiement du boni de fin d’année se trouve cette année, Covid-19 oblige, être une lourde charge à assumer pour les employeurs, mais il n’y aura pourtant pas moyen d’y échapper. Il faut savoir que ce paiement aux employés représente un coût de Rs 8 milliards à Rs 9 milliards au secteur privé. Toutefois, le ministère des Finances le précise : si le Wage Assistance Scheme (WAS) est une aide de l’État pour couvrir les salaires de base, elle ne couvrira pas le paiement du boni de fin d’année, qui sera donc à la charge de l’employeur. 

Quid des entreprises qui, pour des raisons financières, pourraient avancer ne pas être en mesure de payer ? «La loi est claire et il n’y a eu aucun amendement à la Workers Rights Act (WRA) à ce jour. Le paiement du boni de fin d’année doit donc se faire à 100 % et non à moitié. Le 13e mois est un droit acquis des travailleurs mauriciens et les employés qui ne le reçoivent pas doivent porter plainte», tient-on à préciser au ministère du Travail. Si du côté de l’État, on maintient la ligne dure en faveur des travailleurs, au niveau des entreprises, le paiement de ce fameux 13e mois risque d’être un véritable défi à relever, en particulier pour les entreprises opérant dans les secteurs en difficulté. 

Pour l’économiste Azad Jeetun, le paiement du boni de fin d’année est en effet couvert par des provisions légales et il reste un engagement obligatoire. «Les entreprises font en général provision pour leurs dépenses diverses, dont le paiement du 13e mois en avance, sauf que cette année, personne n’avait anticipé une pandémie, ni un confinement national. De même que les employés, dont certains souffrent de réduction de salaire, attendent leur boni pour s’organiser ; pour les employeurs, cela risque bien d’être un fardeau.» Des secteurs les plus affectés, l’on retrouve bien évidemment le tourisme avec une contraction de 98,1 % de ses activités ; la construction qui connaît une baisse de 89,4 % ; et le secteur manufacturier avec une baisse de 43,6 %, entre autres, selon les derniers chiffres de Statistics Mauritius. 

«Certains secteurs, en particulier l’hôtellerie et la restauration, sont plus affectés par le manque d’activités et de touristes. Ces entreprises bénéficient déjà du WAS pour payer les employés. Pour une entreprise, en ce qui concerne les paiements, il y a les 12 mois de travail, le boni de fin d’année qui est un 13e fois, le remboursement du local leave non pris et du vacation leave dans certains secteurs. Dans un contexte normal, le business model inclut ces frais mais dans un contexte difficile où ces entreprises ne peuvent même pas payer les employés, où vont-elles trouver l’argent pour payer le boni de fin d’année ?» se demande Pradeep Dursun, Chief Operating Officer (COO) de Business Mauritius. 

Coûts fixes 

Selon lui, il faut tenir compte du fait que les entreprises ont des coûts fixes tels que les coûts d’opérations, le salaire mensuel des employés et le loyer, alors qu’il y a un ralentissement des activités économiques. «Néanmoins, même dans ce contexte difficile, le boni reste obligatoire. Si les choses s’améliorent, les entreprises vont honorer cette obligation. Mais si elles ne font pas de croissance marquée de leurs activités dans les trois prochains mois, beaucoup auront des difficultés pour payer le boni», ajoute-t-il. 

Pour le tourisme qui reste en berne, vu la situation internationale, ils sont plusieurs groupes hôteliers à avoir fait une demande auprès de la Mauritius Investment Corporation (MIC) pour un soutien financier, à l’instar de LUX* Island Resort, Sun et New Mauritius Hotels. Malgré les conditions difficiles et les licenciements qui ont frappé le secteur touristique, les hôtels devront quand même payer le boni de fin d’année à leurs employés. «Cette année est exceptionnelle et il va de soi que cet effort sera difficile pour beaucoup d’opérateurs. Nous espérons pouvoir en discuter avec le gouvernement dans la continuité du dialogue entrepris jusqu’ici», dit-on du côté de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice. 

Le secteur de la construction, qui a connu une reprise avec le déconfinement, les entrepreneurs voulant rattraper le retard accumulé, l’enthousiasme est depuis bien vite retombé. «Notre secteur d’activité se caractérise par une forte inertie. La profession a connu un regain d’activité en juillet et août. Mais depuis, nous enregistrons une réduction d’activité. Les mises en chantier ont fortement ralenti. Le plan de relance annoncé par le gouvernement est engagé d’un point de vue administratif mais il faudra attendre quelques mois pour qu’il se traduise sur le terrain. D’ici là, les entreprises économiquement très affectées par la période de lockdown devront faire face à une période d’activité ralentie», déclare Nicolas Pougnet, président de la Building and Civil Engineering Contractors Association (BACECA). 

Perte d’emploi 

Il avance que même s’il n’y a pas de chiffres exacts, l’association estime que la profession a perdu environ 3 000 salariés, soit environ 5 % de ses emplois directs, incluant également la part de travailleurs étrangers en attente de remobilisation. À cet effet, la BACECA rappelle que dans l’environnement économique difficile où nous nous trouvons, la protection et la promotion de l’emploi mauricien sont l’une de ses priorités. «À ce titre, notre syndicat milite activement pour la réintégration de la marge de préférence qui soutient les entreprises qui ont recours à une majorité de main-d’oeuvre mauricienne.» 

De plus, confie-t-il, les entreprises ont fait face à plus de deux mois de confinement, période durant laquelle «les plus responsables d’entre elles» ont payé la totalité des frais fixes, dont les salaires, sans aucun chiffre d’affaires associé. «Bien sûr, l’aide de l’État (le WAS) a été la bienvenue, mais elle ne représente qu’environ 20 % des coûts engagés. Ainsi, la crise a durement affecté le cash-flow de nos entreprises, les rendant particulièrement vulnérables. Dans ces conditions, le paiement du boni de fin d’année sera un challenge.» 

Si au niveau macroéconomique, le pays est en récession avec le ralentissement de nos principaux piliers économiques, les employés qui sont nombreux à avoir connu une baisse de revenus alors que le prix des commodités est en hausse s’attendent à recevoir leur boni de fin d’année comme d’habitude. Face à cette situation, quelles sont les propositions ? «En cette période de crise, le paiement du boni de fin d’année demande peut-être à être revu temporairement. Le but n’est pas de profiter à l’entreprise mais de préserver l’emploi. Il y a la reprise mais ça prendra un peu de temps», avance le COO de Business Mauritius. Dans l’optique de préserver l’emploi, il se demande si l’État ne devrait pas songer à revoir ou à accorder un peu de flexibilité aux entreprises en difficulté afin que celles-ci puissent garantir le salaire de décembre et trouver une formule pour payer une partie du boni au lieu d’un mois complet alors que les entreprises qui le peuvent devront elles payer les 100 %. 

Du côté de la BACECA, on indique que plutôt qu’une nouvelle aide gouvernementale, la profession préférerait que l’État et les clients privés tiennent compte des demandes d’indemnisation présentées par les entreprises de la profession au titre des nombreux changements dans la loi, dont la Workers’ Rights Act, le Remuneration Order et la Contribution sociale généralisée, entre autres, qui impactent très durement leur trésorerie. En attendant, pour l’instant, comme le rappelle le Budget 2020-2021 et malgré les circonstances, le boni de fin d’année reste en vigueur et donc les employeurs devront s’y conformer.

 


Les PME se démènent seules pour trouver une solution

Les petits ateliers, petites entreprises manufacturières, petites unités de distribution, salons de coiffure, tour-opérateurs, entre autres, roulent au ralenti. Pradeep Dursun, COO de Business Mauritius, fait ressortir que les PME de différents secteurs ont en effet connu une baisse d’activité. Et certains petits entrepreneurs ne savent pas comment payer le boni de fin d’année. «Nous n’avons plus le WAS bien que nos clients soient particulièrement les touristes et les hôtels. Nous avons été pénalisés. Je m’occupe moi-même de la production. La vente couvre à peine les frais. Étant en difficulté, nous travaillons actuellement sans employés. Payer le boni aurait été presque impossible», déclare Sabrina Nobin, gérante de Royal Pottery Ltd. Avant le Covid-19, ils étaient à cinq à travailler dans l’usine. 

Zullfe Jannat, de Jannat Catering Services, qui compte trois employés fixes et quelques-uns à temps partiel, ne sait pas comment s’en sortir. «Nous sommes un peu perdus. La reprise est lente et avec l’ouverture partielle des frontières, les gens recommencent à avoir peur. Une aide de 50 % du gouvernement pour payer le boni de fin d’année nous aurait soulagés.» D’autre part, il estime qu’il est encore trop tôt pour savoir si les entreprises pourraient payer le boni ou pas, par crainte d’une deuxième vague avec l’ouverture des frontières. «À ce moment-là, il nous faudra choisir entre payer le staff et donner le boni», avance-t-il. 

Malgré la conjoncture difficile, Permal Sinnappan, directeur de Banker Shoes Ltd, négocie un prêt avec sa banque pour pouvoir payer le boni. «La vente de nos chaussures fabriquées localement dépend normalement des appels d’offres du secteur public, des hôtels et des entreprises de construction. Comme ces deux derniers secteurs roulent au ralenti, je compte sur les prochains appels d’offres publics pour soutenir ma demande de prêt.» 

Il nous confie que son entreprise a un stock de chaussures non vendues et que ses 27 employés d’usine travaillent à peine. Néanmoins, en vue de leur bonne volonté au travail, il se met dans leurs chaussures. «Sans les employés, il n’y a pas de production. Ils ont une famille. Le salaire leur suffit à peine. Ne pas payer le boni de fin d’année ne serait pas juste. Il faut trouver une solution. De notre côté, tout dépend du retour de la banque. Des appels d’offres publics nous aideraient encore plus. Nous restons en attente.» Il ajoute : «Un soutien du gouvernement serait un plus pour les entreprises, en particulier les PME. Peut-être qu’il pourrait même encourager les banques à nous aider pour payer le boni, par exemple.» 

Vinaye Kanhye, de V Kanhye Health Foods Co Ltd, qui offre des produits à base de moringa, soutient, pour sa part, que son business a été très affecté par le manque de touristes et l’annulation des commandes de l’étranger. La situation est grave, nous confie-t-il. Mais ses activités reprennent lentement, que ce soit au niveau local ou pour l’exportation. «Cela signifie que nous ferons tout notre possible pour payer le boni de fin d’année à nos 12 employés. On va respecter cet engagement car ces employés ont aussi des responsabilités vis-à-vis de leur famille.» 

Il annonce que sa première exportation depuis le Covid-19 a eu lieu la semaine dernière pour La Réunion et qu’il y a une chance que les prochaines commandes soient pour l’Afrique du Sud. Il fait valoir que tous les coûts sont sous contrôle ; des sacrifices sont faits et les gros investissements sont évités pour respecter ses engagements vis-à-vis de ses employés.

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