Chômage: pourquoi les femmes sont toujours les plus vulnérables

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«Les chiffres sont frappants. De 1990 à 2005, le chômage a littéralement été multiplié par 10 chez les femmes», constate Ibrahim Koodoruth, sociologue. En effet, en 1990, 3 000 Mauriciennes étaient sans emploi. Qunize ans plus tard, ce chiffre était de 31 000. Que s’est-il passé ? «Dans les années 1980, le textile était porteur d’emplois et recrutait facilement les femmes. Quant aux hommes, qui travaillaient comme maçons, notamment et le taux de chômage était plus élevé», constate Jocelyn Chan Low, historien.

Selon Statistics Mauritius, 9,9 % des Mauriciennes étaient au chômage de janvier à mars 2020

L’ascension de la zone franche était fulgurante de 1980 à 2000 avec un accroissement quant au nombre de jobs, de 21 334 à 91 374 postes respectivement, dont deux tiers étaient occupés par les femmes. Hélas, les grandes fermetures d’usines, la délocalisation vers d’autres pays pour réduire les coûts de production et l’importation de la main-d’œuvre de Chine, du Bangladesh et du Sri Lanka sont survenues. De 5 492 travailleurs étrangers en poste en 1994, le taux a triplé à 15 052 en 2000. Résultat : les Mauriciennes en ont fait les frais.

«Le chômage chez les femmes reste un problème majeur de la société mauricienne. La hausse a commencé en 2005 avec la suppression des quotas mondiaux dans le cadre de l’accord multifibres en 2004. Ceci, exposant le secteur textile à la concurrence des exportations d’Asie de l’Est, et conduisant à un chômage structurel massif», fait valoir le Dr. Verena Tandrayen-Ragoobur, professeure associée du département d’Économie et de Statistiques de l’université de Maurice.

Conséquemment, ces femmes étaient incapables de ‘passer’ à un autre secteur d’activités, notamment en raison d’un manque de compétences et de formation supérieure. D’autres, boudant les emplois dans les usines et surtout un salaire mensuel de Rs 5 000 en 2005, demeuraient plus vulnérables face au chômage, indique l’historien. Un facteur qui pèse lourd sur le chômage, paradoxalement impacté par la chute massive d’emplois dans l’industrie sucrière. Des 41 000 emplois occupés en 1990, il n’en restait plus que 19 900 en 2004.

En 2005, précise Verena Tandrayen-Ragoobur, le chômage chez les femmes était trois fois plus élevé que chez les hommes (16,4 % contre 5,5 % respectivement). À partir de 2014, ce taux était deux fois plus élevé chez les Mauriciennes comparées aux hommes. Pourquoi ? L’orientation masculine des emplois, le manque de flexibilité des heures de travail et de mobilité entravent l’entrée des femmes sur le marché du travail. Malheureusement, l’écart entre les deux catégories perdure depuis des années.

En 2019, souligne Verena Tandrayen-Ragoobur, le chômage des jeunes femmes se chiffrait à 29,4 % contre 17,8 % chez les hommes. «Aujourd’hui, l’emploi se fait à la tâche. Ce sont des petits boulots pour quelques heures. Beaucoup de femmes vont proposer des services pour le ménage, l’aide à domicile, la pâtisserie etc. Au lieu de recruter en permanence, on a recours à cette main-d’œuvre féminine. Comparativement, les hommes sont embauchés pour des emplois fixes.»

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