Vers la fin des fauves sous les chapiteaux de cirque?

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Le dompteur Oleg Balutel sous le chapiteau du cirque Medrano, à Lyon le 16 octobre 2016.

Le dompteur Oleg Balutel sous le chapiteau du cirque Medrano, à Lyon le 16 octobre 2016.

Bientôt la fin des fauves dans les cirques, des delphinariums ou des élevages de visons ? Alors que la question du bien-être animal s’est installée dans le débat public, Barbara Pompili doit faire mardi des annonces sur ce sujet inflammable.

Un plan gouvernemental était attendu il y a un an, après déjà plusieurs mois de concertation. Mais depuis, rien, au grand dam des associations de défense des animaux.

Arrivée au ministère de la Transition écologique en début d’été, Barbara Pompili a hérité de ce dossier qui pourrait se traduire dans les urnes, après que le «parti animaliste» a recueilli près d’un demi-million de voix aux Européennes de mai 2019.

La pétition pour un «référendum pour les animaux», demandant l’interdiction des spectacles d’animaux sauvages, de la chasse à courre ou de l’élevage pour la fourrure, a été signée par plus de 750.000 internautes et obtenu le soutien de 141 parlementaires (il faudrait 4,7 millions de signataires et 185 parlementaires pour organiser le scrutin).

Début octobre, une proposition de loi du groupe Écologie démocratie solidarité (EDS) reprenant une bonne partie de ce «référendum» doit être examinée à l’Assemblée. Et des députés LREM ont déposé en juillet leur propre proposition de loi dédiée au bien-être animal.

- «500 fauves en France» -

Mme Pompili --dont le ministère n’est responsable que de la faune sauvage-- a reçu la semaine dernière des représentants de secteurs concernés pour des concertations, mais les annonces qu’elle doit faire mardi sur les «chantiers prioritaires» inquiètent déjà.

La filière de la fourrure française dénonce par avance une «décision sans précédent (qui) sacrifie un secteur économique pour satisfaire aux revendications de la minorité agissante animaliste» et annoncé son intention de contester en justice une éventuelle interdiction de l’élevage de visons, qui menacerait selon elle 2.500 emplois.

Autre secteur, très symbolique, les cirques, alors que plus d’une vingtaine de pays européens y ont déjà limité ou interdit la présentation d’animaux, comme près d’une centaine de communes en France.

«Nous avons peur pour nos animaux, nous lui (Mme Pompili) avons dit qu’ils allaient mourir,» lance William Kerwich, président du syndicat des capacitaires d’animaux de cirque et de spectacle. «Il y a presque 500 fauves en France, qu’est-ce qu’on va en faire? Qui va s’en occuper? Nous, nous avons les diplômes pour».

Pour lui, la ministre répond à des motivations politiques et «a besoin de faire des annonces rapidement», face à la montée des «écolos, qui ont gagné les municipales». «Nous comprenons bien qu’il y a une question sociétale, mais là on n’est pas dans le bien-être animal. Il nous faut des garanties, elle s’est dit prête à nous aider, mais n’a pas parlé de reconversion» pour les quelque 60 cirques animaliers.

- «Et la corrida?» -

«Ca a des conséquences pour des gens dont le travail avec les animaux est la vie depuis parfois sept ou huit générations,» renchérit Cyrille Emery, délégué général de l’Association de défense des cirques de famille.

«Nous ne disons pas qu’il n’y a pas de question et nous souhaitons un accord», assure-t-il. Tout en craignant lui aussi que l’aspect politique prenne le dessus, pour satisfaire «des groupuscules qui disent que tout doit être arrêté».

Matthieu Orphelin, chef de file des députés EDS, revendique en tout cas d’avoir «forcé le gouvernement à bouger». Et attend de la ministre «des engagements, avec des perspectives et des dates claires et un accompagnement des acteurs».

Au ministère, on explique que Barbara Pompili a justement mené les discussions «avec à chaque fois la volonté de mettre en place des plans de transformation (pour les filières) et le souci du bien-être animal».

Pas de quoi rassurer les tenants du cirque «traditionnel», qui revendiquent quelque 14 millions de spectateurs annuels, contre un million pour le cirque «contemporain», sans animaux.

William Kerwich assure que son syndicat contestera en justice toute interdiction et se concerte déjà avec les chasseurs, dont Mme Pompili est une bête-noire, pour d’éventuelles protestations.

Cyrille Emery, lui, s’interroge. «Pourquoi le cirque devient si urgent, plus que la corrida par exemple?»

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