Métro, pas de boulot, zéro dodo

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D’ici fin 2020, Maurice pourrait atteindre la barre des 100 000 chômeurs. Si pour l’heure, des milliers d’emplois sont maintenus grâce aux fonds de soutien de l’État, à leur cessation, le nombre de sans-emploi augmentera. Comment faire alors pour avoir son pain ? Quelles sont les projections pour 2021 ? Devra-t-on revoir l’expression métro, boulot, dodo ?

En tout cas, les voyants sont au rouge. Pas moins de 336 900 Mauriciens de 16 à 64 ans étaient inactifs à mai 2020. Un chiffre alarmant puisqu’au premier trimestre de l’année, le nombre était de 205 100. Le taux de chômage, évalué par Statistics Mauritius, était de 10,2 % en mai contre 7,2% de janvier à mars 2020. Hélas, cette tendance risque de perdurer. Car, comme le prévoit nul autre que Renganaden Padayachy, le ministre des Finances, Maurice pourrait atteindre la barre des 100 000 chômeurs d’ici la fin de l’année. Soit presque le triple du taux de 2019, où l’on comptait 37 900 sans-emploi…

L’étendue actuelle des dégâts ? «L’emploi a diminué de 24 % en mai 2020. Beaucoup de compagnies ont dû supprimer des centaines de milliers d’emplois dans le sillage du Covid-19. Les statistiques démontrent donc une nette augmentation du chômage. On peut s’attendre à une nouvelle hausse», constate d’emblée le Dr Bhavish Jugurnath, expert-comptable et économiste. Si le Wage Assistance Scheme et le Self-Employed Assistance Scheme ont jusqu’ici aidé à préserver des emplois, le nombre de personnes se retrouvant sur le carreau devrait grimper drastiquement en l’absence de ces plans de soutien qui ne s’éterniseront pas, alors que plusieurs entreprises et compagnies rament pour garder la tête hors de l’eau. Selon l’économiste, un autre facteur joue contre Maurice : son inscription sur la liste noire des centres financiers de l’Union européenne. L’effet néfaste sur les finances, l’offshore et la performance économique a naturellement eu un effet domino.

Thierry Goder, Chief Executive Officer d’Alentaris Co. Ltd, abonde dans le même sens. Certaines entreprises n’auront d’autre choix que de se séparer d’une partie de leur effectif, car il y va de leur survie. «Nous faisons aussi face à la contraction de notre économie qui frôle les 13 % et la récession mondiale, avec divers marchés touchés de plein fouet par la crise sanitaire. Définitivement, cela impacte sur Maurice.» Stéphane Maurymoothoo, président de la Plateforme Ti Travailleur Malheureux, qui soutient les Mauriciens en difficulté, présente un sombre mais réaliste tableau. «Définitivement, le chômage s’aggrave. Les hôtels ne travaillent pas. Les chauffeurs de taxi non plus. Certains ont pu bénéficier des allocations de l’État, d’autres non. Les sociétés ne peuvent recruter qu’une poignée de personnes.» Et il va plus loin. «Selon nos projections, il y aura environ 150 00 chômeurs d’ici fin 2020.»

Les prévisions des économistes et recruteurs sont donc tout sauf réjouissantes. Se focalisant sur le dernier trimestre, le CEO d’Alentaris Co. Ltd s’interroge sur le nombre de compagnies qui pourront payer le bonus de fin d’année. «Nous devrons, que ce soit le secteur privé ou le gouvernement, nous pencher dessus prochainement», fait valoir Thierry Goder.

Et dans le long terme alors ? «Selon le scénario le plus optimiste, le chômage culminera à 9,1 % cette année avec un retour aux indicateurs précédant la crise en 2022», souligne Bhavish Jugurnath. Ah ? Et si on était pessimiste ? Un pic du chômage de 11,2 % en 2021 avec un retour à une situation d’avant-crise en 2024...

Quel type de parapluie faut-il utiliser donc pour éviter que le ciel ne nous tombe sur la tête ? «Les jeunes diplômés, dépendant des études effectuées, seront plus employables. Mais ils doivent ‘think outside the box’. S’ils sont formés en tourisme, ils peuvent développer des opportunités dans le commerce de grande consommation ou des produits de l’hôtellerie», suggère Thierry Goder. Il faut innover, ‘capter’ les opportunités post-Covid et se réinventer. À l’exemple du retour à la terre avec des cultures à domicile favorisées par des citoyens, les sucres spéciaux et autres domaines où Maurice excelle.

De son côté, Pradeep Dursun, Chief Operating Officer de Business Mauritius, mentionne le «reskilling» et d’autres mesures intégratives. «Des ‘active labour market policies’ avec la possibilité d’intégrer un autre poste, si on est momentanément sans emploi, sont impératives», précise-t-il. Pour l’économiste, des programmes structurés, des expériences pratiques et le développement des compétences, avec le soutien du secteur privé, sont nécessaires à la promotion de l’employabilité. «À long terme, notre système d’éducation et de formation ainsi que le rôle des institutions doivent être réorganisés.»

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