Dholl puri, lait, huile, fromage: prix margoz, porte-monnaie amer

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Certains marchands de dholl puri et de rotis ont augmenté leur prix…

Certains marchands de dholl puri et de rotis ont augmenté leur prix…

Denrées essentielles, médicaments et même dholl puri et roti… Autant de produits qui coûtent plus cher désormais. Pourquoi cette hausse ? La dépréciation de la roupie en est la principale raison. Mais comment ce phénomène influe-t-il sur la majoration des prix ? Explications.

«Une boîte de corned-beef coûte plus de Rs 100. Avant c’était dans les Rs 80. Et ce n’est qu’un exemple. Le lait, le beurre, le fromage, l’huile, les grains secs : tout est bien plus cher», lâche Josiane Louis, 66 ans. Au cours des dernières semaines, son budget pour les provisions a explosé. Rien que pour les denrées alimentaires de base, elle doit trouver Rs 2 000 de plus. Idem pour les médicaments, qui coûtent 25 % de plus, selon elle.

Pour la famille Balthazar, qui se serrait déjà la ceinture, les sacrifices doivent encore se prolonger. «On est passé d’un budget mensuel de Rs 9 000 à Rs 18 000 pour quatre personnes. Durant le confinement, c’était déjà cher. Mais depuis qu’on est déconfiné, c’est pire, surtout pour les produits de tous les jours. Et là encore, c’est juste pour le supermarché. Quand on rajoute les fruits et légumes, il faut débourser encore plus», relatent Céline et Julio Balthazar.

Face à la hausse des prix des produits essentiels, les consommateurs voient leur budget mensuel exploser.

D’ailleurs, constate Josiane Louis, les médicaments connaissent une hausse de plus de 25 %. Tout comme les plats préparés, boissons gazeuses, gâteaux, entre autres. Dans certains cas, le prix a doublé, avance-t-elle. Le panier de la ménagère pèse décidément de plus en plus lourd.

Même le dholl puri et le roti ne sont pas épargnés. Ally Beekharry, responsable de Chez Ally Dhall Puri, à Port-Louis, accuse une baisse de 50 % des ventes depuis la fin du confinement. À cela se greffent des frais additionnels pour les ingrédients. «Une livre de gros pois coûte désormais Rs 45. Le prix du dholl a aussi augmenté. On fait tout pour maintenir notre prix à Rs 13 la paire pour les consommateurs pour l’instant. Mais si cela continue, on n’aura pas d’autre choix que de l’augmenter», confie-t-il.

Confronté à une baisse des revenus située entre 40 à 60%, Teshraj Boodoo, responsable de Roti Anand à Curepipe, a dû appliquer une hausse des prix. De Rs 12, le roti est passé à Rs 15. «Enn bal gros pois 50 lbs ti pe kout entre Rs 1 000 à Rs 1 200. Asterla linn vinn lao Rs 2 000. Mem bann lézot kari kout pli ser. Delwil inn monté. Monn fek trouv enn lafis ki pe indik ankor ogmentasion», s’inquiète notre interlocuteur.

Pourquoi ces hausses ? Comme l’indique Suttyadeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs, la politique monétaire préconise la dépréciation de la roupie mauricienne afin que Maurice puisse être compétitive en termes d’exportations. Mais ceci a un effet adverse sur les importations qui coûtent alors plus cher. «Maurice ne dispose d’aucun produit ou de matière première, nous ne sommes pas autosuffisants.» De plus, les articles importés sont frappés de taxes diverses, ce qui fait que la note est encore plus salée. Et pour les médicaments, affirme Jayen Chellum, porte-parole de l’Association des consommateurs de l’île Maurice, les tarifs sont plus élevés surtout si les produits pharmaceutiques sont importés par avion.

Encore du plomb dans l’aile

Pour Sanjay Matadeen, senior lecturer à la Middlesex University Mauritius et économiste, «l’economic backlash» engendré par le Covid-19, couplé au confinement ainsi que la fermeture de nos frontières, fait que Maurice a connu une baisse au niveau de l’entrée des devises. «En fait, la demande pour la roupie mauricienne est tombée comme nous n’exportons pas autant dans le secteur manufacturier et en l’absence des touristes. En dépit d’un petit déclin de nos importations, leur facturation demeure très élevée et requiert des devises étrangères», affirme-t-il. L’impact naturel est une augmentation de la demande des devises dont le dollar américain et une réduction dans celle de la roupie mauricienne, soit la fameuse dépréciation.

Selon l’économiste, ce phénomène engendre automatiquement des coûts plus onéreux pour les importations. Ces frais sont passés des importateurs aux consommateurs. La même logique s’applique aux assurances, frets et autres coûts liés aux produits importés. À ce titre, Jayen Chellum, fait valoir que la plupart des produits importés sont commercialisés en dollars américains. «Au début de l’année, le dollar américain revenait à Rs 35. Maintenant, c’est dans les Rs 40 et plus. C’est clair que cela aura un impact sur les articles importés», déclare-t-il.

Il est d’avis que pour d’autres devises comme le rand sud-africain, les conséquences peuvent ne pas être si ‘pesantes’. Parallèlement, une forte demande pour certaines marchandises se heurte à une offre insuffisante sur le marché. Une situation qui fait flamber les prix au-delà de la normale. «On est dans un libéralisme économique. L’État ne veut pas entrer dans la question de contrôle. Pour moi, c’est à tort car l’économie n’est plus comme celle d’avant. On ne peut laisser la compétition jouer ainsi.»

Quels pays nous font payer plus cher ? «Les produits essentiels dont les Mauriciens ne peuvent se passer proviennent surtout d’Asie. Des pays comme l’Inde, la Thaïlande ou la Chine subissent un manque de maind’œuvre surtout avec le Covid-19. Le coût de production est plus élevé. On importe aussi des conserves d’Afrique du Sud et de la farine de la France», soutient Suttyadeo Tengur. Comme la situation pandémique empire dans ces pays, cela entraîne des contraintes de production et par conséquent, d’énormes majorations de prix. Selon lui, avec ce virus qui évolue toujours, la dépréciation de la roupie et l’appréciation des devises étrangères, hélas, le panier de la ménagère aura encore du plomb dans l’aile à l’avenir. «D’ici deux ans, la croissance économique mondiale baissera. Ce qui peut sauver Maurice, c’est la compensation salariale. Il faut que l’État assure aussi à ce niveau», ajoute-t-il.

Par ailleurs, confirme Sanjay Matadeen, la hausse des prix se fait particulièrement sentir au niveau des aliments et les médicaments. Qui plus est, d’autres dépenses liées à l’éducation ou la construction affecteront aussi les consommateurs. «Avec une augmentation des prix des matériaux importés et des produits semifinis, nous allons vers une situation de ‘cost push inflation’, c’est-à-dire où le prix de presque tous les produits sera plus cher au sein d’une économie», conclut l’économiste.

En chiffres : c’est chaud

Quels types de produits pèsent plus lourd dans le panier de la ménagère ? Ce sont surtout les aliments, indiquent nos interlocuteurs. Parmi les hausses les plus conséquentes, on trouve le lait en poudre d’un kilo qui est passé de Rs 183 à Rs 209. Les grains secs, en particulier le gros pois, sont à plus de Rs 47 au lieu de Rs 34 les 500 g. Les lentilles noires sont à Rs 23 au lieu de Rs 19. Les céréales (les 430 g) coûtent Rs 94 au lieu de Rs 88.

Côté conserves, la boîte de 340 g corned mutton revient à Rs 90 au lieu de Rs 83. Quant au corned-beef, il accuse une hausse de Rs 20, passant de Rs 99 à Rs 119 tandis que le luncheon meat de poulet est à Rs 70 au lieu de Rs 64, pour les 340 g. Par contre, souligne Jayen Chellum, le prix de 340 g de saucisses de poulet locales est à la baisse. Elles coûtent Rs 41 au lieu de Rs 47,50. Quant au poisson frais local, le prix est sujet à des petites variations (baisse et augmentation).

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