Polémique: un ancien policier nommé sur le board de la SBM…

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La nomination de Coomarah Chengan  – plus connu comme Ganessen – ex-inspecteur de la VIPSU, sur le Board de la State Bank of Mauritius (SBM) fait tiquer certains. Or, il ne s’est pas contenté d’exercer comme policier. En parallèle à ses affectations, il a étudié auprès de l’université de Maurice afin d’obtenir des diplômes et ouvrir son business. Il compte être la voix des entrepreneurs sur le conseil d’administration de la SBM.

Ganessen Chengah, 54 ans, est le huitième des dix enfants Chengan. Son père était laboureur sur la sucrerie de Britannia et sa mère s’occupait des enfants et élevait des cabris. Ils vivent en famille élargie dans le camp sucrier de Camp-Diable. Le père Chengan, n’ayant pu et à regret, étudier au-delà de la Standard VI par manque de moyens, pousse ses enfants à être studieux et à apporter de bons résultats scolaires. C’est ainsi que Ganessen Chengan fréquente la Camp-Diable Government School et ensuite le Sookdeo Bissoondoyal SSS de Rose-Belle jusqu’à la Form VI qu’il réussit. 

Ayant opté pour la physique, la chimie et les mathématiques dans l’espoir d’être ingénieur un jour, c’est le cœur gros qu’il voit ses amis de Form VI aller faire des études supérieures, certains à l’étranger, d’autres à l’université de Maurice. Les finances faisant défaut dans son cas, il est obligé de chercher un emploi. Si ses frères en ont trouvé dans l’industrie sucrière, son père le presse pour qu’il postule pour un emploi dans la Fonction publique. Ganessen Chengan envoie donc son curriculum vitae là où la Public Service Commission annonce des vacances, que ce soit au sein de ministères qu’auprès de la force policière. C’est au ministère des Coopératives qu’il obtient un emploi de Trainee clerk. Il s’accroche car «ce n’est pas donné à tout le monde d’entrer dans le service civil. Et puis, de tous les enfants Chengan, j’étais le seul à y être», raconte-t-il. 

Lorsque la force policière répond positivement à sa demande d’emploi, son père l’encourage à franchir le pas. C’est ainsi que Ganessen Chengan fait son entrée à la police le 4 mai 1987. Après des affectations dans des postes de police du Sud, il est envoyé, pendant un temps, à Rodrigues puis au service de l’immigration à l’aéroport SSR. Il sera même affecté chez les garde-côtes avant de retrouver la force régulière. Les Chengan sont depuis toujours très engagés socialement. En effet, le grand-père, le père, les frères de Ganessen sont des membres dirigeants du temple Amma Tookay de Camp-Diable. Il les rejoint. Pour son engagement social, son père a été un des décorés de la République, recevant le MSK des mains du président Cassam Uteem. Son frère Dana a eu une influence sociale nationale car il a présidé les destinées du Mauritius Council for Social Service. Ganessen Chengan est actuellement président du temple Amma Tookay. 

Lorsque les dirigeants des pays francophones choisissent Maurice comme pays hôte du 5e Sommet de la Francophonie en 1993, plusieurs policiers sont sélectionnés pour suivre une formation en vue de la constitution d’une unité destinée à assurer la protection rapprochée des chefs d’État, qui feront le déplacement à Maurice. L’unité se nomme la Very Important Persons Security Unit et Ganessen Chengan est parmi ceux choisis. «C’était un défi à relever. Il fallait faire preuve de professionnalisme, de discrétion et de respect de la confidentialité», relate-t-il. Il est ensuite nommé sergent. Et en 1995, il est envoyé pour assurer la sécurité du Premier ministre à Clarisse House. Mais Ganessen Chengan a d’autres ambitions et son rêve est d’ouvrir un jour son propre business. Si bien que lorsque la force policière offre des cours menant au Bachelor of Science (BSc) en Police Studies, élaborés par l’université anglaise de Portsmouth, et dispensés via l’université de Maurice, il en prend avantage.

Et ne perdant pas de vue son rêve, pendant les 14 années qui suivent, en alternance à ses différentes affectations professionnelles, il va étudier à mi-temps auprès de l’université de Maurice et sous les encouragements du professeur en droit Rajen Narsinghen pour décrocher son Masters In Business Administration, de même que son Bachelor of Laws (LLB). Marié à Roubina, connue comme Anjana, qu’il a rencontrée lors d’une cérémonie au temple Amma Tookay et qui lui donne des jumelles, aujourd’hui âgées de 10 ans, Ganessen Chengan commence par contracter des emprunts bancaires pour ouvrir une quincaillerie à Surinam. Anjana gère cette petite entreprise et utilise son expérience passée dans le domaine publicitaire pour conseiller les clients. Lorsque Ganessen Chengan se sent fin prêt à passer à une étape supérieure, il s’endette encore pour ouvrir, en 2006, une compagnie de construction qu’il nomme Vardhini Company Ltd, vardhini en tamoul signifiant prospérité et bonheur. Ayant constitué une petite équipe de spécialistes en travaux de construction, il commence par proposer des rénovations puis l’expérience aidant, des constructions plus importantes. 

Son engagement social le pousse à encadrer bénévolement des jeunes de la région du Sud qui veulent comme lui émerger comme entrepreneurs. Il est heureux d’avoir pu faire plusieurs d’entre eux réussir, notamment un jeune tôlierpeintre, qui aujourd’hui possède l’une des plus importantes entreprises de réparation de carrosseries dans le sud de l’île et qui a comme clients les plus grosses compagnies d’assurances du pays. Lorsque l’inspecteur Ganessen Chengan se sent fin prêt à voler de ses propres ailes, on est en 2017. Il quitte alors la force policière. On a beaucoup glosé sur sa nomination sur le conseil d’administration de la SBM, des critiques insinuant que c’est Kailash Purryag qui lui a mis le pied à l’étrier au temps où il assurait la protection rapprochée de ce dernier lorsqu’il était vice-Premier ministre entre 1997 et l’an 2000. Ou encore que Ganessen Chengan a été ‘protégé’ par Alan Ganoo au temps où celui-ci occupait le maroquin des Services publics de 2000 à 2005 et qu’il assurait sa sécurité. «Si comme on l’insinue, j’avais été pistonné par ces personnalités, croyez-vous que je serai resté inspecteur de police ? J’aurais peut-être été assistant commissaire de police, voire commissaire de police ou aide de camp du président de la République!»

Il ne comprend pas le dénigrement associé à son statut de policier. «Lorsque j’écoute les critiques par rapport au fait que je sois un ancien policier, estce à dire qu’un policier ne peut pas réussir ailleurs que dans la police ? Je vous citerai des exemples : Dev Erriah était policier comme moi. Il a étudié et est devenu un avocat reconnu par ses pairs. Vijay Appadoo, l’actuel président de la Cour intermédiaire, est un ancien policier. Dev Ramnah, ex-policier, a fait des études de droit et est un avocat politicien. À un moment, il était même Speaker de l’Assemblée nationale. Ces exemples, et il y en a d’autres, sont éloquents, je crois.»

Cela dit, Ganessen Chengan ne nourrit aucune rancœur par rapport à ceux qui le calomnient ainsi. «Je ne leur en veux pas. Ils ne me connaissent pas, d’où les spéculations sur ma personne. Ce qu’ils doivent se dire cependant, c’est qu’en tant qu’entrepreneur, je connais les tenants et aboutissants d’une petite et moyenne entreprise et comme tel, je mettrai mon savoir-faire à la disposition du Board de la SBM. Comme aujourd’hui une des politiques du gouvernement est de bâtir une nation d’entrepreneurs, ma contribution au niveau de ce board sera d’être la voix de ces sans-voix que sont les entrepreneurs petits et moyens et en herbe et de voir plus particulièrement à un aspect très délicat qui est l’accès aux finances. Si on ne facilite pas cet accès, rien n’est possible en affaires. J’estime qu’un conseil d’administration bancaire a certes besoin d’économistes mais aussi de l’expertise d’entrepreneurs. Étant un professionnel de la gestion avec un bagage légal, je peux vous assurer que je ferai de mon mieux pour faire honneur à ma nomination et conformément à la politique gouvernementale, j’encouragerai ….»

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