La plage de Pomponette libérée…pour le moment

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Depuis vendredi, la plage de Pomponette respire. Les barrages en tôle qui s’y trouvaient, ont été enlevés. Mais que s’est-il passé ? Flash-back. Attention, c’est un film d’action.

Une plage partiellement interdite au public 

Tu aimes aller à la plage? Nous aussi. Faire des piqueniques à la plage a toujours fait partie du folklore mauricien. Il faut dire aussi que nous avons de très belles plages chez nous. C’est d’ailleurs un élément qui attire les touristes à Maurice. C’est te dire que nos plages au sable fin sont un trésor à chérir. Mais comme tous les trésors, ces plages sont très convoitées, notamment pas des promoteurs hôteliers. 

La convoitise de Pomponette remonte à l’année 2006 quand le gouvernement travailliste d’alors a octroyé un bail à la société Midas Acropolis pour qu’elle construise un hôtel sur 30 arpents de cette plage. En 2014, quand, à l’issue des élections, le Mouvement Socialiste Militant et son partenaire d’alliance sont arrivés au pouvoir, les nouveaux arrivants ont fait croire, dans un premier temps, qu’ils avaient mis fin au projet controversé de Midas Acropolis. D’ailleurs, en 2015, cette compagnie a rendu son bail au gouvernement. Mais en 2016, le gouvernement a annoncé que la plage de Pomponette ne serait plus publique et a octroyé, en 2017, le bail de 30 arpents à un autre promoteur hôtelier, à savoir Clear Ocean Hotel & Resort Limited, qui voulait y construire un hôtel cinq étoiles. Cette compagnie, dirigée par la Sud-africaine Miranda Meyer, et incorporée à Maurice, était en affaire avec Midas Acropolis. Finalement, même si le gouvernement a changé, le projet de construction d’un hôtel pieds dans l’eau à Pomponette n’a jamais été abandonné. Dès lors, toi et moi, nous ne pouvions plus aller piqueniquer à Pomponette. Des barrages ont même été mis pour délimiter l’emplacement du futur hôtel, empêchant ainsi le public d’y avoir accès.

La résistance s’est organisée

Cette situation a révolté plus d’un. En nous interdisant d’avoir accès à cette plage, c’est à notre patrimoine, notre héritage que l’on a touché et c’est oublier un peu vite l’importance de la mer pour les Mauriciens. La mer est non seulement un espace de vie, mais elle fait partie de notre histoire. Face à cette situation, la résistance envers ce projet s’est organisée. Au front, il y a eu le collectif Aret Kokin nu laplaz (AKNL) et le parti politique Rezistans ek Alternativ. AKNL est composé d’organisations non gouvernementales, d’associations civiques, de syndicats, de professionnels et de citoyens. Tous veulent restituer les plages aux Mauriciens, car ils constatent quelque chose de grave : la construction d’hôtels s’amplifie sur le littoral. Ce qui fait que les plages ne sont plus publiques et les Mauriciens ne peuvent plus en profiter. Le gouvernement est resté sourd face aux demandes répétées d’AKNL de rendre à nouveau publique la plage de Pomponette. Dès lors, c’est un bras de fer qui a démarré entre le gouvernement et les opposants à ce projet de construction d’hôtel à Pomponette.

Le symbole de tout un combat

Devant le refus des autorités d’entendre raison, AKNL a poursuivi l’État pour contester la privatisation de la plage publique de Pomponette. Le 9 décembre 2017, AKNL a organisé une manifestation dans les rues de Port-Louis pour signifier son mécontentement. Une lettre adressée au Premier ministre a même été déposée au bureau de ce dernier le même jour, malgré le fait que personne n’ait reçu les émissaires d’AKNL. Pomponette est devenue le symbole de tout un combat et le témoin de nombreux incidents. Le 11 mars 2018, dans le cadre des 50 ans d’indépendance du pays, Rezistans ek Alternativ a organisé un rassemblement. Le 1er mai 2018 a eu lieu l’opération Kraz Baraz et au cours de laquelle, les manifestants, en guise de protestation contre le projet hôtelier, ont enlevé et mis à terre les feuilles de tôles barrant la partie de la plage publique destinée au projet hôtelier. Cet incident a entraîné l’interpellation par la police de sept membres d’AKNL. Après la manifestation organisée à Pomponette par ce mouvement, le 11 mars 2018, le militant écologiste, David Sauvage a été arrêté le jeudi 21 février 2019 sous une accusation de rogue and vagabond. Sept mois plus tard, l’accusation contre lui a été rayée.

Résiliation du bail

Entretemps, le portefeuille du ministère des Terres et du logement, qui octroie les baux sur les plages dont celui de Pomponette, a changé de main. Showkutally Soodhun, celui qui avait enlevé à Pomponettte son statut de plage publique, a été remplacé par Mahen Jhugroo. Mais celui-ci n’a apporté aucun changement au dossier. Il n’a même pas répondu aux questions parlementaires de l’opposition à ce sujet. Entre-temps, le délai accordé à la compagnie Clear Ocean and Resort Ltd pour construire son hôtel a expiré. Le gouvernement lui a accordé trois extensions de délai pour la construction, mais Clear Ocean and Resort Ltd n’a jamais démarré son projet de construction. Finalement, en 2019, son bail a été résilié, mais les barrages en tôle sont restés en place.

La plage est-elle à nouveau publique pour autant ?

Une année après la résiliation du bail de Clear Ocean and Resort Ltd et après des années de lutte, Steven Obeegadoo, le nouveau ministre des Terres et du logement, qui est également adjoint au Premier ministre, a accepté, lors d’une réunion avec les membres d’AKNL, qui s’est tenue le 22 août dernier, d’enlever les barrières placées par Clear Ocean and Resort Ltd. Chose qui a été faite le vendredi 4 septembre dernier. Si la plage est libérée de ses feuilles de tôle, elle n’est toujours pas à l’abri de convoitises. Car le ministre a fait comprendre aussi bien au Parlement qu’à la Cour que Pomponette n’est toujours pas une plage publique et qu’elle est toujours réservée pour un éventuel projet hôtelier. Toutefois, il a écouté les doléances d’AKNL et leur a demandé de lui soumettre les raisons pour lesquelles cette plage ne doit pas être utilisée pour un projet hôtelier. Ces raisons devront lui être envoyées au cours de cette semaine.

Entretemps…

Même si personne n’est encore fixé sur le sort de la plage de Pomponette, les opposants au projet hôtelier sont trop contents de la revoir sans barrages. Et depuis que les feuilles de tôles ont été enlevées, les membres d’AKNL font tout pour embellir cette plage et sensibiliser le public pour qu’elle soit préservée. Des pancartes, ainsi que des poubelles, y ont été placées. Mieux, un mariage a même été célébré sur place dimanche. En effet, c’est à Pomponette qu’Ingrid et Emmanuel, originaires de la région, se sont dit «oui» pour la vie. Ainsi, quand toi et tes parents irez faire un tour à Pomponette, tu n’oublieras pas qu’il faut chérir cette plage et ne jamais la salir.


Pas la seule plage en danger

Sur le site d’AKNL sont listées les plages, qui sont menacées par la convoitise de promoteurs. Parmi, il y a La Cambuse, la plage du Bouchon, le site paléontologique de Mare-aux-Songes, et le site Trou Diable. En 2018, le pays comptait 126 plages publiques, qui ne représentent que 15 % du littoral auquel le public à droit.

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