Syllabi et examens simplifiés: l’incompréhension totale

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Dans le cursus des sciences au niveau du PSAC, le chapitre 7, «Ecosystem of Forests and Lagoons», ne se fera plus.

Dans le cursus des sciences au niveau du PSAC, le chapitre 7, «Ecosystem of Forests and Lagoons», ne se fera plus.

Quelle est la logique derrière cette «policy decision» du ministère de l’Éducation ? C’est la question que se posent de nombreux enseignants depuis qu’un comité se penche sur l’allègement des programmes scolaires. Cette initiative s’applique au primaire comme au secondaire mais ne fait pas du tout l’unanimité…

Dans les milieux de l’Éducation, l’on avance que la décision a été motivée par les chamboulements causés par le Covid-19. «Les élèves ont dû suivre leurs cours en ligne et tous n’ont pas les mêmes moyens. Ils n’ont pu bénéficier des mêmes facilités», justifie-t-on. Mais cette explication est loin de convaincre. Tout simplement, car le calendrier scolaire a été revu. Et dans le présent schéma, les élèves se retrouvent avec… un surplus de deux semaines ! En d’autres mots, 14 jours d’enseignement additionnels comparé au calendrier précédent.

Selon nos recoupements, dans le cas du primaire, et plus particulièrement au niveau du Primary School Achievement Certificate (PSAC), le «deloading» (allègement) a déjà été finalisé dans au moins deux matières. Comprenez par là que des chapitres entiers ont été enlevés du cursus scolaire et repoussés au Grade 7. À titre d’exemple, les chapitres 6 et 7 dans le cursus des sciences, soit Earth, Moon and Sun in the Solar System et Ecosystem of Forests and Lagoons, ne se feront plus. En histoire & géographie, le dernier chapitre, Our Heritage, n’est pas lui non plus à l’agenda. Il nous revient que le comité, chapeauté par le Mauritius Institute of Education (MIE), devrait sous peu s’atteler au casse-tête des mathématiques. Là encore, il sera question de virer des chapitres, voire simplifier les questionnaires d’examens.

«Pourquoi aller dans cette direction quand on sait que les écoliers ont eu davantage de temps pour étudier ? On ne leur rend définitivement pas service en simplifiant les questionnaires. Comment alors départager les highflyers du reste ?» se demande un enseignant d’une Star School. Selon lui, dans le questionnaire de mathématiques, par exemple, les différentes étapes qui constituent une question permettent justement de départager des candidats. Et que l’on veuille ou pas, dit-il, même si le PSAC se veut être un examen «moins compétitif» et «holistique» que le Certificate of Primary Education, la course aux bonnes écoles est toujours là, donc la compétition. «Sinon comment expliquer les demandes pour les mêmes collèges régionaux chaque année ? Nous avons bien vu qu’avec la conversion des collèges nationaux en académies, les mêmes établissements régionaux cotés sont sollicités par des parents. Sans surprise, ce sont les élèves avec les meilleurs résultats qui s’y font admettre», dit-il.

Invité à réagir sur le débat autour des programmes revus au primaire, Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union (GTU), souligne que tous les chapitres n’étaient pas à la portée des écoliers. Idem pour les questionnaires du PSAC. «Ces difficultés avaient leur raison d’être sous le ranking. Mais plus maintenant…» soutient-il.

Quoi qu’il en soit, la simplification des papiers du PSAC et le renvoi de chapitres au secondaire pourraient entraîner une baisse de niveau. Pour des professionnels de l’enseignement, ce «relâchement» peut être rattrapé alors que, dans le secondaire, le scénario risque d’être beaucoup plus dramatique. Pourquoi ? D’abord, l’année 2021 verra la première édition du National Certificate of Education (NCE), épreuve nationale qui remplace le National Form 3 Assessment. Cet examen est destiné aux élèves en Grade 9 (ex-Form III) et permettra l’entrée dans les académies.

En ce moment, les papiers d’examen sont en phase d’être finalisés mais une fois de plus, au ministère de l’Éducation, le contenu et la façon de poser les questions font l’objet de débats. Nous avons sollicité le directeur du MIE, Om Varma. «Des changements ont été apportés au niveau du primaire. Par rapport au secondaire, nous attendons des directives du ministère de l’Éducation pour procéder. Ce n’est pas un exercice simple, il ne sera pas question que de deload, d’enlever des chapitres. Que fait-on au sujet des langues, par exemple ? On ne peut rien enlever. Nous n’avons pas encore décidé comment nous allons nous y prendre», explique-t-il. D’ajouter que le Mauritius Examinations Syndicate (MES) est également partie prenante des discussions et devrait intervenir quant aux questionnaires du NCE.

Ce qui inquiète enseignants et pédagogues, c’est que la «révision» et l’allègement des syllabi des Grades 7 à 9 risquent d’avoir de sérieuses répercussions sur la performance des élèves en Grade 11, lors des examens du School Certificate (SC). Cette politique «contradictoire» du ministère de l’Éducation, Basheer Taleb de la Fédération des managers des collèges privés ne la comprend pas. «Quand on décide de deload, il faut toujours regarder le résultat final, c’est-à-dire, où cet exercice mène. Si on diminue le contenu au primaire et qu'on a plus de temps au secondaire pour tout compléter, cela est compréhensible. Mais si on allège et qu’on ne complète pas le programme comme il le faut, cela occasionne une baisse de niveau dès le Grade 7. Il est certain que l’on verra des répercussions en Grade 11.»

D’ajouter toutefois que cette manœuvre est totalement contradictoire, dans le sens où ce même gouvernement a instauré la règle des «5 credits» obligatoires pour monter en Grade 12 (Lower 6). «D’un côté l’on impose ce règlement aux élèves et de l'autre, l’on allège le programme. Cambridge va-t-il alléger ses questionnaires ? Si l’on avait l’intention de remplacer le SC par l’International General Certificate of Secondary Education (IGCSE), qui est un examen se situant entre les Grades 10 et 11 (Ex Forms IV et V), j’aurais compris que l’on deload le cursus. Mais là, cela ne fait aucun sens», martèle-t-il. Pour lui, avec des questionnaires moins compliqués, avec un nombre réduit d’opérations lors du NCE, la conséquence logique est que le taux d’échec au SC sera important.

Face à ces appréhensions, le directeur du MIE se veut rassurant. «Je suis sûr que le deloading sera fait de telle façon qu’il n’y ait aucune incidence sur le SC. D’ailleurs, on discutera avec les enseignants du secondaire. Dépendant du temps dont ils disposent, nous prendrons des décisions», indique Om Varma. Par contre, le MES n’a pas répondu à nos nombreuses requêtes.

Quant aux jours additionnels dont disposent enseignants et élèves sous le nouveau calendrier scolaire, Basheer Taleb confie que déjà en ce moment, ceux qui ont travaillé pendant le confinement sont à deux doigts de terminer le cursus scolaire. «Que vont faire ces élèves et enseignants en attendant les examens ? Certains commenceront les révisions dans pas longtemps…»

Pour Sooryadanand Meetooa, président de l’Education Officers Union, les profs du secondaire sont dans le flou le plus total. «Rien ne nous est communiqué. Nous ignorons tout du NCE ou des programmes scolaires. Ce n’est pas normal car nous travaillons avec les élèves, nous avons notre mot à dire. Nous ne sommes pas d’accord avec les décisions qui sont prises, à l’instar du nouveau calendrier scolaire», déplore-t-il. D’ajouter que l’union a «finalement décroché» une réunion avec le ministère après une attente longue de… deux ans. Celle-ci devrait se faire prochainement.

La nomination de 17 nouveaux maîtres d’école agace

Ils ont été choisis après un exercice de sélection et ont été informés par la Public Service Commission (PSC) de leur nouvelle désignation vendredi. Eux, ce sont 17 nouveaux maîtres d’école qui doivent prendre leur poste dans la semaine. Cependant, cette troisième nomination, depuis que la sélection est en cours, est la source d’une énorme frustration dans les écoles. D’abord, car ces «Seniors» ont été «Officers-in-Charge» dans des établissements primaires mais n’ont pas été nommés. Certains, pour la deuxième fois après avoir accepté d’agir comme «Officers-in-Charge», se sont vus refuser le poste de maître d’école. «C’est un crime, une humiliation terrible que l’on commet à l’encontre de ces fonctionnaires. Ils ont travaillé comme maîtres d’école pendant tant d’années et à deux reprises, ce sont des jeunes, souvent sans expérience, qui leur prennent la place», martèle Vinod Seegum. Ce dernier est actuellement en négociation avec les ministères de l’Éducation et de la Fonction publique, pour corriger cette «aberration». Il dit aussi avoir l’intention d’écrire au Premier ministre à ce sujet…

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