Recherche de connexion Wi-Fi: une théorie pour mener en bateau?

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Se connecter au Wi-Fi: est-ce le véritable motif qui a conduit le MV Wakashio à Maurice ou essaie-t-on de nous mener… en bateau ? Les images satellites indiquent que le navire a changé de cap pour se rapprocher de l’île le 21 juillet. Deux jours plus tard, le vraquier est entré dans nos eaux territoriales. D’après les informations, quatre des marins, interrogés le lundi 10 août par les autorités, indiquent qu’un anniversaire était célébré à bord et que le navire était en pilotage automatique. Et que le rapprochement avec Maurice œuvrait à capter une connexion Wi-Fi.

Or, soutient Bruneau Laurette, Operation Leader for Anti-Piracy in the Horn of Africa, cette hypothèse est peu plausible car «certains bateaux devraient être déjà pourvus d’une connexion interne» . Pour sa part, Dev Sunnasy, ancien président de la Mauritius Information and Technology Industry Association, affirme qu’il est «extrêmement difficile» de capter une telle connexion. «Déjà dans une maison, en dépit d’un router ou tout dispositif pour la Wi-Fi, on a du mal à capter le signal dans certaines zones ou alors celui-ci se perd. C’est très difficile maintenant pour ce navire à moins d’avoir des équipements très puissants. Personnellement, j’en doute.» En revanche, dans le cas du MV Wakashio, une possibilité de connectivité via la 3G ou la 4G existe. Cependant, précise-t-il, pour que cela fonctionne, la transmission doit être assurée par un des opérateurs locaux de téléphonie et ceux voulant accéder au réseau doivent être abonnés. Ce qui n’est sans doute pas le cas des marins du vraquier.

D’autres spécialistes en informatique sont tout aussi catégoriques, à l’exemple de Gilbert François. «Le captage d’une connexion Wi-Fi est possible à condition de se trouver dans le range couvert», explique-t-il. De par sa distance de 1,2 mille nautique de Blue-Bay et de 900 mètres des côtes de Pointe-d’Esny le 25 juillet, le navire aurait eu du mal à se connecter. «Cela est difficile. Il faut disposer d’une borne Wi-Fi capable de couvrir une distance d’un kilomètre au moins. Je ne pense pas que cela soit disponible.» Un autre professionnel de la technologie abonde dans le même sens, évoquant une très «infime chance» de captage. «Cela dépend de plusieurs aspects, notamment la puissance du signal émetteur et de la disponibilité d’une antenne pas loin.»

De son côté, Ramraj Ramchurn, Area Head Digital Technologies et chargé de cours en informatique à la Middlesex University Mauritius, affirme que pour que le Wi-Fi soit accessible sur le bateau, le point d’accès à bord devrait être connecté au satellite pour accéder à l’Internet. «Il existe des technologies liées aux antennes et des boosters de signaux qui aident au captage près des côtes. Toutefois, ces antennes devraient être installées dans des zones maritimes stratégiques pour être au service des bateaux», explique-t-il.

Parallèlement, font ressortir les intervenants, nommément Gilbert François, pour pouvoir utiliser le Wi-Fi, la connexion doit être ouverte, c’est-à-dire ne pas nécessiter un code d’accès. Le cas échéant, il faudrait que le personnel navigant connaisse déjà le mot de passe. La possession préalable de ce code semble être encore plus inaccessible… surtout en mer. «Les signaux qui sont gratuits à Maurice, soit avec un Open Wi-Fi Access, ont une portée relativement petite», ajoute un autre spécialiste.

Cet avis est partagé par Dev Sunnasy. Se référant aux classifications de l’Union internationale des télécommunications, il affirme que Maurice, comme tout autre pays, se situe dans une zone spécifique sujette à des émissions de puissance des signaux. «Dans la nôtre, la puissance n’est pas si élevée tandis qu’aux États-Unis et en Corée du Sud, les émissions sont bien plus puissantes.» Revenant au cas du MV Wakashio, il ajoute qu’en mer, tout captage est plus stable si l’embarcation est immobilisée. Or, le navire était en mouvement depuis le 21 juillet puisqu’il déviait de sa trajectoire pour se rapprocher de l’île.

«Se rapprocher d’une côte sans port pour chercher une connexion Wi-Fi gratuite ? Faut-il en rire ou en pleurer ?» se demande Megh Pillay, ancien Chief Executive Officer de Mauritius Telecom, d’Air Mauritius et de la State Trading Corporation. Dans le transport international, la communication par satellite, quoique chère, est le seul moyen qui permet de rester en contact, avance-t-il. Cette technique s’applique aussi bien aux croisières hauturières et grandes traversées. Certes, ce contact est un must absolu en navigation aérienne ou maritime.

Quels sont les systèmes existants en navigation pour assurer la communication ? Megh Pillay précise que les satellites de communication Iridium, Inmarsat, Globalstar, entre autres, sont en orbite à cet effet avec des solutions Internet à bord.«Donc, on s’attend à ce qu’un vraquier construit au Japon en 2007 pour effectuer de grandes traversées avec plus de 200 000 tonnes de cargo soit obligatoirement équipé de systèmes de communication satellitaires pour naviguer selon les règles de sécurité basique

Dans la même lignée, Ramraj Ramchurn souligne que les navires utilisent normalement la communication satellitaire Inmarsat, qui est spécialisée en communication maritime.«De Maurice, le bateau aurait reçu toutes les communications à travers le Système mondial de détresse et de sécurité en mer pour la navigation et l’évitement du danger», précise-t-il. Pour Bruneau Laurette, de tels dispositifs internes permettent d’assurer la com- munication tout au long de la traversée. D’où la non-nécessité de se mettre en quête d’une connexion Wi-Fi en pleine mer.

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Le 26 juillet, les habitants de Pointe d’Esny se réveillent avec une triste image: l’épave du MV Wakashio drossée sur les récifs. Le navire japonais battant pavillon panaméen s’est échoué la nuit précédente. 12 jours après, il déverse son contenu dans nos lagons, causant une marée noire. Sans perdre de temps, les Mauriciens, main dans la main, s’activent pour limiter les dégâts. Retour sur la pire catastrophe écologique du pays…

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