Le Wakashio face à une solidarité mauricienne sans pareille

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Depuis samedi, des centaines de Mauriciens, y compris des enfants, tentent d’enrayer la propagation de l’huile lourde, qui s’est échappée des entrailles du vraquier MV Wakashio. Un élan spontané, qui mérite d’être salué.

Ces enfants qui ont contribué 

Plusieurs enfants ont apporté leur contribution à cette lutte contre la fuite d’huile lourde, qui envahit le littoral du sud-est. Toi aussi tu veux aider ? Les appels à volontaires se poursuivent. Ces volontaires ont également besoin d’aiguilles, de gants, de fil nylon, ou encore de bidons vides. Toi aussi, d’une manière ou d’une autre, tu peux apporter ta contribution à cet élan de solidarité. 

Vamika et Neshuin Singh Seeckum 

Vamika et Neshuin Singh Seeckum sont frère et sœur et sont tous deux élèves à Le Nid Triolet Arts Academy. Ils ont également aidé à leur manière. Vamika, neuf ans, a offert ses cheveux. «Maman m’a coupé les cheveux. C’est grave ce qui se passe. Mes cheveux, c’est pour aider les animaux, qui sont dans la mer et qui sont en danger. Je ne suis pas triste de les avoir coupés. D’ailleurs, j’aime bien ma nouvelle coupe», raconte-t-elle. Quant à Neshuin, cinq ans, il a aidé sa maman à coudre les boudins remplis de paille de canne. «C’était difficile mais j’ai continué. C’est important d’aider», dit-il. 

Alexia Perraud 

Cette jeune fille de 12 ans s’est rendue dimanche au Mahebourg Waterfront et à Ferney pour coudre les boudins. «Quand ma maman m’a dit qu’elle y allait, j’étais très enthousiaste et j’ai voulu l’accompagner. Je voulais aider le plus que je pouvais, car c’est très important de sauver nos lagons, la faune et la flore marines. Il y va aussi de la survie de l’industrie du tourisme et de celle des pêcheurs qui gagnent leur vie grâce à la mer. Là-bas, il y avait une bonne ambiance. On ne se connaissait pas, mais les gens étaient prêts à aider et nous nous sommes faits des amis. Je souhaite que le gouvernement aide davantage les organisations. Il est important de protéger notre mer.» 

Kohana Bauhadoor 

«J’ai 11 ans et j’ai donné mes cheveux. Je me suis sentie très bien après les avoir coupés vu que c’est pour une bonne cause. Les cheveux peuvent absorber les produits gras dont les hydrocarbures. Les cheveux collectés seront placés dans des collants et serviront à la dépollution des lagons. J’invite tous mes amis à faire don de leurs cheveux afin qu’on puisse sauver la vie marine. Rassemblons-nous pour une bonne cause.» 

Les événements 

Dans la soirée du 25 juillet, le vraquier japonais battant pavillon panaméen, le MV Wakashio, s’est échoué sur les récifs de Pointe d’Esny. Aussitôt, l’alerte a été donnée. Une grande menace pesait sur les côtes mauriciennes : c’était la peur de la marée noire, soit que les 200 tonnes de diesel et les quelques 3 800 tonnes de fioul que transporte le vraquier ne se déversent dans l’océan. Cette marée noire, visqueuse et gluante, détruit sur son passage la flore et la faune marines et abîme les plages. Et les dommages sont bien souvent irréversibles. Pire, cette région de l’île abrite des réserves naturelles telles que l’île aux Aigrettes ou encore le parc marin de Blue Bay où des espèces rares et menacées y vivent. Tu t’imagines le désastre ? Pendant 11 jours, nous nous sommes tous accrochés à l’espoir que nous aurions été épargnés. Après tout, les rapports des autorités indiquaient qu’il n’y avait pas de fuite de fioul. Malheureusement, le jeudi 6 août, l’une des cales du MV Wakashio, où était stockée une partie de l’huile lourde, a été endommagée, libérant plusieurs centaines de tonnes de fioul dans l’océan. Ce que tous craignaient tant était devenu réalité. Ce qui ajoute au drame, c’est que nous n’avons pas les moyens, ni l’expertise nécessaires pour faire face à une marée noire de cette ampleur. 

La mobilisation 

Dès l’annonce de la fuite de l’huile lourde et ce, sans attendre l’appel des autorités, des centaines de Mauriciens se sont rendus sur les lieux pour prêter main-forte afin de limiter sa propagation. Ces Mauriciens de tous âges, de toutes communautés, se sont déplacés de leur propre chef. Une solidarité mauricienne qu’on ne constate malheureusement qu’en de rares occasions, comme lors des Jeux des Îles, par exemple. Mais cette fois, ce ne sont pas les jeux qui nous ont réunis mais un drame. Chacun a mis de côté ses différences de religion, de classe sociale ou encore de couleur de peau, facteurs qui souvent nous divisent, pour se retrouver côte-à-côte dans ces moments difficiles. Les organisations, qui ont à cœur l’écologie telles qu’Eco-Sud ou encore la Mauritius Wildlife Foundation (MWF), entre autres, sont à pied d’œuvre pour empêcher que cette marée noire ne détruise tout sur son passage. Eco-Sud a fait appel aux volontaires et fabrique les boudins de paille tandis que la MWF a pris en charge l’évacuation de certains oiseaux se trouvant sur l’île-aux-Aigrettes. Les pêcheurs, les plaisanciers et même certaines compagnies de l’île sont venus en renforts. N’ayant pas les équipements adéquats de pompage pour l’huile lourde, la prévention contre les dommages de cette marée noire s’est effectuée, dans un premier temps, avec les moyens du bord. Les volontaires ont, dans la nuit de jeudi, fabriqué des boudins. Ces derniers servent de barrage contre le pétrole. Pour ce faire, de la paille de canne est fourrée dans des filets de protection que tu peux trouver sur des chantiers de construction, des bidons vides ou des bouteilles en plastique vides y sont également ajoutés pour aider le boudin à flotter et le tout est cousu avec du fil nylon. 

D’autre part, Francoise Gachet, une amoureuse de la nature, a lancé un appel aux coiffeurs et internautes, jeudi dernier sur la toile, pour demander aux Mauriciens de faire don des cheveux. Eh oui ! Tu as bien lu des cheveux. Depuis, son appel a été grandement suivi. Des centaines de personnes à Maurice comme à l’étranger ont coupé leurs cheveux. Plusieurs femmes se sont même rasées la tête en signe de solidarité. Les cheveux sont fourrés dans des bas en nylon pour former des boudins. Les cheveux ont le pouvoir d’absorber l’huile lourde et ainsi d’empêcher sa progression. Pendant le week-end, les Mauriciens se sont déplacés sur plusieurs sites, notamment au Mahebourg Waterfront, à Falaise Rouge, à Beau Plan et à Bagatelle, entre autres pour aider dans la fabrication de boudins fourrés à la paille de canne ou aux cheveux. A titre d’exemple, les volontaires ont fabriqué trois kilomètres de boudin en paille sur le site de Bagatelle durant le week-end. D’autres volontaires n’ont pas hésité à retrousser leurs manches pour enlever l’huile lourde du rivage à l’aide de pelles. Un travail très épuisant et qui peut mettre leur santé en danger car respirer l’huile lourde peut rendre malade. Mais même s’ils étaient couverts d’huile, ils n’ont pas baissé les bras. D’autres encore sont allés ramasser de la paille de canne ou ont préparé et distribué à manger aux autres volontaires. Tu vois c’est cela la solidarité. Et elle a marché, car ces boudins ont été efficaces. Cela aurait été génial si on pouvait être aussi solidaire tout le temps. Voyant la situation dramatique dans laquelle nous sommes et devant l’appel à soutien de nos autorités, nous recevons l’aide de plusieurs pays dont celle de La Réunion, de La France, des Nations Unies, de l’Afrique du Sud, et de l’Inde. Des équipements de protection et de pompage nous sont envoyés.

Situation actuelle 

À divers endroits, la cote du sud-est est souillée. Les écoles de la région sont fermées car l’odeur de l’huile lourde peut incommoder et rendre malade. À hier, la marée noire avait atteint Trou d’Eau Douce et des traces ont été aperçues dans les environs de l’îlot Margenie. Lors de sa conférence de presse quotidienne tenue, hier, le Premier ministre a rassuré la population. À l’heure où nous écrivons, il n’y a plus de fuite. Le pompage de l’huile lourde à bord du Wakashio se poursuit. Mais il reste encore plusieurs centaines de tonnes à être pompées. La peur des autorités est que le bateau se brise sans que les experts n’aient eu le temps de pomper toute l’huile lourde à bord, car le Wakashio est très abîmé. Il a des fissures partout et il finira par se casser. S’il se brise sans que nous ayons le temps de pomper toute l’huile lourde à bord, la marée noire sera plus importante encore et plus dévastatrice. Elle risque de dépasser la côte sud-est de notre pays et monter vers le nord.

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