Tourisme: Faut-il dissoudre la MTPA ?

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Les professionnels du tourisme critiquent l’inaction de la MTPA et certains pensent que l’organisme devrait faire partie de l’EDB pour réduire les coûts de fonctionnement.

Les professionnels du tourisme critiquent l’inaction de la MTPA et certains pensent que l’organisme devrait faire partie de l’EDB pour réduire les coûts de fonctionnement.

Sur papier, le principal objectif de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) est, entre autres, de promouvoir Maurice en tant que destination touristique. Mais aujourd’hui, avec la pandémie, son efficacité est remise en question par de nombreux professionnels du secteur. D’autant qu’avant le Covid-19, le secteur touristique se trouvait déjà à la dérive avec des arrivées touristiques en baisse, des revenus en déclin, des dépenses moyennes en chute libre et la dette du secteur ayant atteint un niveau record, etc.

En vue de ces bouleversements, les hôteliers estiment que si l’Association des hôteliers et restaurateurs de Maurice a plus que jamais son importance, en revanche, la MTPA représente un énorme gaspillage d’argent, avec des nominés poli- tiques qui ne connaissent pas vraiment le secteur. D’où la question que l’on se pose : ne faudrait-il pas dissoudre la MTPA ? Pas moins de Rs 535 millions ont été allouées à la MTPA dans le Budget 2019-2020.

Les acteurs de l’industrie ne sont pas les seuls à remettre en question le rôle de la MTPA. José Arunasalom, un des fondateurs de cette organisation en 1996 et ancien ministre du Tourisme, évoque également sa profonde déception concernant le fonctionnement de l’organisme parapublic. Se rappelant la création de l’organisation pour remplacer l’ancien Mauritius Government Tourist Office, qui ne répondait plus aux exigences d’un monde touristique en pleine mutation à ce moment-là, il fait ressortir que «l’idée première était que, de par la structure de l’organisation, que l’on soit proactif et professionnel. Après ces vingtaines d’années, la MTPA ne répond plus aux attentes de Ses fondateurs. En particulier, aujourd’hui, en pleine crise, la MTPA ne répond pas aux exigences du moment. L’absence de professionnels et la présence des amateurs nominés politiques viennent corser la situation».

Nilen Vencadasmy, rejeté par l’électorat, repêché comme «Chairman» de la MTPA.

Le citoyen Reggie Collendavelloo, qui s’y connaît en promotion touristique, partage l’analyse d’Arunasalom et regrette le manque de professionnalisme et de vision au sein d’une MTPA amorphe – et coûteuse. Sen Ramsamy, Managing Director du Tourism Business Intelligence, qui a aussi vécu la création de l’organisation, a, lui, une opinion plus nuancée. «Je ne suis pas surpris que les hôteliers trouvent que la MTPA n’a plus sa raison d’être aujourd’hui et c’est regrettable. Une destination touristique comme Maurice doit absolument avoir un office du tourisme pour promouvoir les multiples attraits du pays sur le marché international.»

Pourquoi ? Celui-ci explique que la MTPA avait des bureaux permanents à Paris, à Londres et des représentations dans plusieurs grandes capitales européennes, ainsi qu’au Japon, en Inde et en Afrique du Sud. Mais il précise que par manque de vision et de connaissance technique du tourisme, ces bureaux ont été fermés. Et a constaté que «depuis nous payons encore plus cher le prix de ces fermetures malavisées. Le problème de la MTPA n’est donc pas son existence. Il se trouve au niveau de son fonctionnement».

Ressources

Avec le Covid-19, le temps est venu pour revoir tout le fonctionnement, insiste Sen Ramsamy, Maurice a pris du retard sur ses concurrents directs qui ont déjà ouvert leurs frontières au tourisme international. «La MTPA doit revoir sa stratégie de marketing et de promotion d’autant plus que son budget pour 2020-2021 a été réduit de façon drastique, avec plus d’un quart de ce budget déjà tranché en faveur de Liverpool SC», dit-il.

Et d’ajouter qu’avec les coûts de ses représentations dans divers marchés et les dépenses publicitaires pour l’année, il trouve très difficile pour l’organisation de mener des campagnes de haute facture sur les quelques marchés émetteurs qui pourraient nous être utiles en ce temps de crise. Pour lui, la priorité des destinations en ce moment demeure le digital marketing. Dans ce contexte, le Managing Director du Tourism Business Intelligence espère que la MTPA pourra se réinventer en attirant de nouvelles compétences, technologies et connaissances techniques pointues.

Au sujet des ressources humaines, José Arunasalom abonde dans le même sens. Il souligne qu’un capitaine est jugé quand son bateau fait face à des turbulences en mer. «C’est dommage qu’on se permette de ne pas mettre des professionnels, en nommant des gens qui n’ont aucune connaissance, en la matière, à la tête d’un organisme qui pilote la promotion d’un secteur aussi vital pour l’économie, représentant environ 25 % du PIB en employant autour de 125 000 personnes. Et que beau- coup d’argent soit gaspillé ainsi, pour faire plaisir aux copains et proches du pouvoir politique», précise-t-il.

Donc, une autre solution que de dissoudre l’organisation est, selon lui, que la MTPA soit intégrée au sein d’un vrai organisme de promotion de l’investissement, de la destination, entre autres. Ou alors qu’elle soit secouée un bon coup pour lui faire bien jouer son rôle.

D’autre part, avec l’Economic Development Board (EDB) qui puise déjà des fonds publics pour faire la promotion de Maurice comme destination touristique. Ce qu’il a du reste fait avec le vloggeur Nas Daily et The Economist. Sen Ramsamy est donc pour une fusion de la MTPA et de l’EDB car les deux organismes sont supposés faire le marketing de Maurice à l’étranger.

Pour notre interlocuteur, «cette fusion permettrait un marketing plus pointu de la destination mauricienne avec plus de ressources et sur plusieurs fronts tels qu’investissement, tourisme, haute finance, textile, économie bleue, technologie, ‘smart cities’, etc. Et on présentera Maurice comme destination au-delà du produit classique soleil, mer, plage, cocotiers». Enfin, Maurice pourrait être connue aussi dans le monde comme une destination moderne pour son économie effervescente, un peuple bosseur mais toujours accueillant, une destination en marche vers l’innovation et le progrès, énonce-t-il.

Pour sa part, le Chairman de la MTPA, Nilen Vencadasmy, a été sollicité plus d’une fois par rapport à la vision du board, aux coûts de fonctionnement, au rôle du personnel et aussi pour répondre aux critiques concernant sa nomination comme le chairman de l’organisation mais l’express reste en attente d’une réponse de l’ancien candidat battu devenu président d’un parapublic à la mission inexpliquée…

Statistique

En décembre 2019, Maurice a enregistré une baisse d’arrivées touris- tiques de 4% par rapport à décembre 2018. Alarmante pour la saison de pointe. De plus, selon les statistiques de 2017, nos concurrents directs, soit les Seychelles et les Maldives, nous ont dépassés alors que nous étions des leaders de la région. Ils ont plus de revenus par tête de touristes soit 1380 USD, 1973 USD respectivement et Maurice 1303 USD par tête. Un indicateur important qu’on néglige dans les débats sur le tourisme, selon José Arunasalum.

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