Sombre Code

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Le Code noir a fait l’actualité cette semaine. Un député y a fait référence, mais pas dans le but d’essayer de comprendre et de réfléchir sur la nature de ce texte. Revenons rapidement sur ce qu’est ce fameux Code noir, qui d’abord a été promulgué en 1685 pour les colonies françaises de l’époque (Antilles et Amérique) par Colbert, ministre de Louis XIV, et en 1723 pour les Mascareignes par Louis XV. Comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises dans ces lignes hebdomadaires, ce code est «incroyable» à plus d’un titre. D’abord, il est un texte de lois qui régit le «statut» des esclaves en reconnaissant qu’ils sont des biens meubles et des objets, mais qu’en tant que sous-hommes et/ou animaux, ils n’ont strictement aucun droit et ne sont pas reconnus comme des personnes juridiques et politiques. Ensuite, ce texte «racialise» les esclaves, c’est-à-dire qu’il reconnaît qu’une population, appelée les Noirs ou les Nègres (les deux termes étaient en usage à l’époque sans grande distinction), est de nature à être esclave. Il s’agissait essentiellement d’esclaves africains (encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle Afrique en ce XVIIe siècle), mais les non-Africains, moins nombreux, étaient aussi concernés. C’est durant le XVIIe et surtout le XVIIIe siècle que va se construire et se cristalliser l’idée de race, et son corollaire, l’idée de l’inégalité entre les races.

Même si l’esclavage était de «toutes les couleurs» durant des milliers d’années, il va prendre une très forte connotation raciale, et le texte de Colbert qui mentionne le caractère racial de l’esclavage en Europe et dans les colonies américaines et indianocéaniennes en est un des moments les plus frappants. Il est impossible de comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui, en partant des États-Unis pour arriver à Maurice, en ce qui concerne les rapports entre les différentes communautés présentes dans ces pays, sans connaître la relation duelle et fortement inégalitaire entre «Blancs/Noirs», «colonisateurs/colonisés», «hommes libres/esclaves». Ces oppositions restent encore bien prégnantes dans ces sociétés, et expliquent en grande partie la discrimination qui en découle. Comment faire pour en sortir, et plus encore, pour s’émanciper de ce multiculturalisme qui entretient, à certains égards, le racisme, la discrimination, les préjugés ? Préjugés qui sont opératoires, dans le sens où un acte discriminatoire a pour cause, en amont, un préjugé. Il faut donc sérieusement réfléchir sur la genèse de ces préjugés et agir tant que possible sur leur réalité effective. En effet, ce qui maintient les formes «adoucies» de l’esclavage, ce sont les discriminations issues des stéréotypes et des préjugés, et être esclave de ces derniers, c’est reproduire sans cesse la discrimination.

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