Culture de la peur

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Il est vraiment difficile d’évaluer la peur que l’on peut observer dans notre société. Parmi les différentes peurs, on trouve la peur d’être mal vu, la peur de ne pas faire les choses conformément aux normes sociales, ainsi qu’aux normes de « sa » communauté, de son groupe d’appartenance. Il y aussi la peur du voisinage, la peur que l’on peut avoir sur le lieu de travail par rapport au qu’en dira-t-on. Bref les attitudes liées à la peur sont légions et assez bien ancrées à Maurice. S’ajoute à cela la peur de parler en public, et en particulier de prendre la parole dans un contexte où les échanges se font en français, peur ou gêne liée au fait de ne pas être à la hauteur, de ne pas parler correctement la langue de Molière. Cette appréhension est vivace à Maurice, surtout dans les milieux peu frottés à cette langue. Pour l’anglais, c’est aussi le cas, mais il semble que ça l’est dans une bien moindre mesure. Le français étant toujours perçu comme une langue élitiste, et comme étant la langue, d’abord, de la bourgeoisie blanche historique, et puis aujourd’hui comme la langue de la bourgeoisie tout court (créole, indienne, chinoise, etc.). On peut donc dire que les locuteurs qui pensent ne pas maîtriser les codes de cette langue vont « s’auto-exclure » de toute prise de parole.

C’est pour cela que le créole vient mettre à l’aise la quasi-totalité de la population, excepté celles et ceux encore réticents à utiliser cette langue vernaculaire, car se sentant, pour une raison ou une autre, rabaissés. Une autre peur est aussi bien présente dans notre société, c’est celle de ne pas oser parler de religion et de politique afin d’émettre des critiques constructives, cela va de soi. S’il s’agit d’insulter ou d’outrager, il est normal que cela pose problème. Cette peur se manifeste dans les institutions publiques de manière forte. Lorsque l’auteur de ces lignes avait mis en place l’université populaire en 2007, et que quelques universitaires y avaient donné des cours ou des conférences-débats, ce nouvel ovni qu’était cette « université » avait fait réagir l’université de Maurice, à l’époque, car elle y voyait, sans doute, un concurrent. Elle avait, d’ailleurs, mis en garde tout universitaire de ne pas donner de cours payants dans d’autres universités. Par ailleurs, les universitaires qui avaient participé à l’aventure de l’université populaire de l’île Maurice disaient tous qu’ils avaient eu une liberté de ton qu’ils n’avaient pas, à l’époque, au sein de leur propre institution. Cela a-t-il changé ?

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