Expérience désastreuse autour des feeder buses

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Depuis que ces navettes sont payantes, elles n’attirent plus beaucoup de passagers.

Depuis que ces navettes sont payantes, elles n’attirent plus beaucoup de passagers.

Depuis la fin du confinement, les «feeder buses» ne sont plus opérationnels. Loin des mœurs mauriciennes, ce service est toujours méconnu. Un phénomène aggravé quand le trajet est devenu payant. La faute à une mauvaise planification, soutiennent les opérateurs du transport.

Pente raide ou carrément le précipice ? Pour les feeder buses, la route est longue vers la rentabilité. À se demander si ces navettes pour le métro atteindront jamais leurs objectifs.

 Même si le métro est à nouveau sur les rails, les feeder buses n’ont pas suivi. Le service avait été stoppé pour cause de confinement. Mais à la fin de cette période, ces navettes n’ont pas repris leur va-et-vient. Cela fait donc plus de trois mois que les feeder buses ne sont plus en circulation. Mauvais timing, manque de passagers, aucune rentabilité… Autant d’interrogations qui devaient être soulevées par le député travailliste Fabrice David, au Parlement, mardi.

Début mars, lors des célébrations des 40 ans de la Compagnie nationale du transport (CNT) – inaugurée le 12 mars 1980 – le ministre du Transport, Alan Ganoo a indiqué qu’un comité étudiait le système du «overlapping» entre les bus traditionnels et les feeder buses. «Feeder bus ti konseptializé kouma bann shuttle bus avek 30 places, san arete. Quand c’était gratuit, le gouvernement déboursait Rs 10 000 par jour et par bus. Maintenant que c’est payant, il y a moins de passagers. Il nous faudra étudier les données.»

Désormais, les feeders buses ont tout simplement disparu des radars. À une exception près. Et dire qu’une somme de Rs 16 millions avait été votée pour modifier les routes dans le but de faciliter la circulation des feeder buses à travers les villes.

«L’expérience a été désastreuse. La recette a été très basse. Donc, en concertation avec les autres compagnies, nous avons arrêté le service depuis le confinement», fait valoir Sidharth Sharma, Chief Executive Officer (CEO) de Rose-Hill Transport (RHT). Ce dernier soutient que sa compagnie a recensé une baisse de 40 % de ses revenus, effet combiné de l’introduction du métro et du confinement. «Les gens voyagent moins par les autobus», affirme-t-il. Avec le métro justement, le but recherché était de réduire la congestion routière, «or, si les autorités veulent que cela soit mis en pratique, il faudrait qu’elles prennent à leur charge le coût du feeder bus».

Revoir la formule

Le CEO de RHT affirme avoir déjà sollicité l’aide des autorités à ce sujet. «Nous attendons une réponse du ministre. Car cela va être difficile de fournir le service sans l’aide de l’État. Il ne faut pas oublier que de notre côté, nous avons fait des efforts en renouvelant notre flotte et en introduisant les bus électriques.» Selon lui, il faudrait revoir l’utilisation de ces navettes pour le métro. «Nous avons compris que le ministre Alan Ganoo pense revoir la formule des feeder buses

Pour sa part, Swaley Ramjane, Managing Director du groupe United Bus Service (UBS), le feeder bus n’est pas entré dans les mœurs mauriciennes. «Dans un premier temps, c’est l’État qui payait et les passagers voyageaient gratuitement en feeder buses. Quand on leur a demandé de payer, le système n’a pas fonctionné.»

Un manque de coordination entre le métro et les feeder buses serait également un facteur qui a voué à l’échec ce service de navettes pour le métro. «On ne peut pas faire rouler le feeder bus avec uniquement deux personnes jusqu’aux stations de métro. Les frais pour déplacer le bus sont énormes», ajoute Swaley Ramjane.

D’autre part, les compagnies d’autobus commencent aussi à ressentir les retombées de l’option ‘work from home’ appliquée par nombre d’entreprises. «Moins de monde dans les bus, c’est moins de revenus pour nous. Et dire que le gouvernement est en faveur du télétravail», conclut Swaley Ramjane.


Quatre-Bornes : l’unique ligne de feeder bus qui existe toujours 

La CNT est l’unique compagnie qui continue d’assurer le service des navettes. Elle dessert essentiellement la région de QuatreBornes. Toutefois, des négociations sont en cours avec la National Land Transport Authority pour qu’elle puisse étendre son service à d’autres régions pour pallier au manque de «feeder bus» dans certains endroits. En 2019, sur un total de 19 lignes :

  •  10 lignes étaient desservies par Rose-Hill Transport
  •  5 par United Bus Service
  • 3 par la CNT
  • 1 par Triolet Bus Service.

Sunil Jeewoonarain : «un projet voué à l’échec»

Sunil Jeewoonarain, secrétaire de Mauritius Bus Owners Cooperative Federation, soutient que ce projet était voué à l’échec avant même sa conception. «Maurice, ce n’est pas comme en Europe, où il y a des projets intégraux qui sont bien structurés. Là-bas, le métro décongestionne vraiment les routes. Mais ce n’est pas le cas ici.» Selon lui, l’État peut aider à la bonne marche des feeder buses mais devra pour ce faire prendre des mesures impopulaires. Exemple : «augmenter le prix des places de parking, ou encore introduire le péage pour rentrer dans les villes.» Autre mesure que l’État pourrait prendre : subventionner les feeder buses. «Mais il faut aussi garder en tête que ce n’est pas toute la population mauricienne qui habite en ville et utilise le métro.»

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