Saint-Louis Gate: le président de la BAD fait l’objet d’une enquête indépendante pour népotisme

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Akinwumi Adesina est intervenu pour que le gouvernement puisse récupérer des éléments du rapport d’enquête sur le Saint-Louis Gate. 

Akinwumi Adesina est intervenu pour que le gouvernement puisse récupérer des éléments du rapport d’enquête sur le Saint-Louis Gate. 

Pravind Jugnauth a fait mention de lui en réponse à la Private Notice Question sur le résumé du rapport d’enquête de la Banque africaine de développement (BAD) sur le Saint-Louis Gate, mardi. Il s’agit du président de la BAD et ex-ministre de l’Agriculture nigérian, Akinwumi Adesina, qui, visiblement, a fait bouger les choses à la demande du gouvernement. 

Revenant sur les démarches entamées pour mettre la main sur des éléments de l’enquête du Bureau de l’intégrité et de la lutte contre la corruption de la BAD, sur le scandale de pots-de-vin allégués, autour du projet de réaménagement de la centrale de Saint-Louis, le Premier ministre a indiqué ceci : le 14 juin, le gouvernement a demandé au directeur exécutif du groupe d’intérêt mauricien au sein de cette banque de faire remonter à Akinwumi Adesina sa profonde inquiétude sur cette affaire et le préjudice que le communiqué de l’institution a causé au pays et de l’informer que le gouvernement souhaite prendre des mesures immédiates, d’où la nécessité d’avoir une copie du rapport. 

Ce qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd puisque, le 18 juin, le président de la BAD a donné des instructions au Bureau de l’intégrité et de la lutte contre la corruption de l’institution pour que les informations demandées soient mises à la disposition du gouvernement mauricien. Ce bureau a ob-tempéré. Le 23 juin, Pravind Jugnauth a obtenu un résumé du rapport d’enquête. 

Sauf qu’Akinwumi Adesina, 60 ans, fait lui-même l’objet d’une enquête indépendante sur des allégations de mauvaise conduite après que les États-Unis ont remis en question la décision d’une commission interne de l’innocenter. Dans son édition en ligne du 5 juin, le Financial Times rapporte que la BAD a cédé aux pressions américaines, avec en toile de fond, des plaintes de dirigeants africains contre l’ingérence de Washington – tout juste sorti de l’Organisation mondiale de la santé – dans les affaires de l’institution bancaire. 

Toujours selon le Financial Times, il n’empêche que les accusations concernant Akinwumi Adesina ont plongé la BAD, classée AAA, dans sa crise la plus grave depuis 2003, lorsqu’il a dû s’installer à Tunis pendant une décennie en raison de la guerre civile en Côte-d’Ivoire. 

Il est reproché au président de la BAD d’ignorer les procédures de la banque et de nommer de vieux amis, dont beaucoup de Nigérians, aux postes de l’institution. Depuis janvier, des dénonciateurs se disant des membres du personnel, ont envoyé un document en 16 points au département anticorruption de la banque (le même qui a enquêté sur le Saint-Louis Gate) et à son comité d’éthique. Ils ont également mis en avant des exemples de contrats lucratifs qui, selon eux, avaient été attribués sans procédure régulière. 

Toutefois, le comité d’éthique de la BAD, présidé par Takuji Yano, directeur exécutif de la banque au Japon, a blanchi Akinwumi Adesina de tout méfait. Mais, toujours selon ce journal, dans une lettre du 22 mai qui a fuité, Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor américain, a exprimé de «profondes réserves» quant à «l’intégrité» de l’enquête interne et a insisté pour qu’une enquête indépendante soit menée. 

À savoir que les États-Unis sont le deuxième plus gros actionnaire de la banque après le Nigeria. Quant à la BAD, elle a réitéré son soutien à la décision initiale du comité d’éthique mais a déclaré qu’elle a accepté un «examen indépendant» de ces conclusions, afin de satisfaire tous les membres du conseil d’administration de la banque. 

De son côté, Akinwumi Adesina a vigoureusement nié ce qu’il a qualifié d’«allégations mensongères». Il s’en est pris aux «tentatives de certains de ternir ma réputation et de nuire aux procédures de gouvernance de la banque». 

Certains alliés d’Akinwumi Adesina trouvent hypocrite qu’une administration américaine, dans laquelle le président Donald Trump est conseillé par sa fille et son gendre, se plaigne de son prétendu népotisme. 

Le Financial Times fait également ressortir que, sous la direction d’Akinwumi Adesina, la BAD, qui prête pour des projets destinés à combattre la pauvreté, a obtenu l’approbation de ses 80 membres en octobre dernier pour une augmentation de capital de 115 milliards de dollars, la plus importante de ses 55 ans d’existence, soit plus du double de son capital. 

Une décision considérée comme un vote de confiance à l’égard du président, qui envisage toujours de se faire réélire pour un second mandat, lors d’une élection qui a été reportée au mois d’août, en raison de la pandémie de Covid-19. 

Les États-Unis n’étaient pas les seuls à avoir demandé une enquête indépendante. Le Royaume-Uni et plusieurs pays nordiques ont également fait pression pour qu’une enquête externe soit menée, ne serait-ce que pour blanchir le nom d’Akinwumi Adesina à temps pour l’élection du mois d’août. 

Début juin, la BAD a déclaré que l’enquête prendrait «deux à quatre semaines maximum» afin de tenir compte du calendrier électoral. D’après The Africa Report, dans son édition du 29 juin, la politicienne irlandaise et première femme présidente de son pays en 1990, Mary Robinson, figure parmi les trois personnes approchées par le bureau du Board of Governors pour examiner le rapport du comité d’éthique de la BAD.


Le PM : «Un cover-up de Paul Bérenger par l’opposition» 

Lors d’une visite, hier, sur le site en construction de l’Ébène Recreational Park, complété à 85 %, le Premier ministre a longuement répondu aux critiques de l’opposition concernant l’affaire Saint-Louis Gate. «Pour moi, c’est un cover-up de Paul Bérenger par l’opposition», a-t-il déclaré. Pravind Jugnauth a ainsi démenti les propos de Shakeel Mohamed. Ce dernier avait insinué que le rapport de l’Integrity and Anti-Corruption Office de la BAD , qui a valu la révocation d’Ivan Collendavelloo, soit un faux. «Li pike… Je suis au Parlement et j’aurais présenté un faux document ? Li fou», s’est emporté le chef du gouvernement. 

Commentant une autre remarque de l’opposition, ayant trait à un éventuel «breach of confidentiality» par rapport au fait que Pravind Jugnauth ait montré le document à Ivan Collendavelloo et ait cité publiquement le nom de Paul Bérenger, le PM a expliqué qu’il n’a pas cité d’autres noms figurant sur le document que celui du leader du MMM car ce dernier est un politicien. Il a également souligné qu’il ne peut rendre ce document public, en accord avec la requête de la BAD. Il a aussi fustigé des presses dites «indépendantes», qui selon lui auraient, «peur» de citer le nom de Paul Bérenger. Le Premier ministre a également parlé de la liste noire de l’Union européenne (UE). «Je préside un comité qui est en train de revoir tous les aspects et les déficiences soulignés par la Financial Action Task Force. Nous prenons plusieurs mesures afin de sortir de leur liste grise et éventuellement, sortir de la liste noire de l’UE. J’aurais souhaité que l’UE puisse faire une évaluation de nos progrès et voir si nous méritons d’être sur leur liste noire, mais actuellement nous devons attendre», a-t-il expliqué.

ICAC : aucun nouveau rendez-vous fixé pour Hao Thyn Voon 

Un jour déjà. Aucune date n’a été fixée pour que l’un des directeurs de PADCo, en l’occurrence Alain Hao Thyn Voon, se rende au quartier général de l’Independent Commission against Corruption (ICAC). Alors que ce protagoniste de l’affaire Saint-Louis s’était rendu à l’ICAC lundi, en compagnie de son homme de loi, Shailesh Seebaruth, il n’a pas encore été confronté à l’étape procédurale de l’enquête. Une fois cette phase franchie, il sera confronté à des questions portant sur son rôle dans toute cette affaire d’appel d’offres pour le réaménagement de la centrale. La direction de PADCo a été l’un des sous-contracteurs du projet. 

Alain Hao Thyn Voon serait l’élément clé dans cette enquête sur des pots-de-vin versés supposément à des officiels mauriciens pour l’allocation du contrat d’achat et d’installation de nouvelles turbines pour la centrale de Saint-Louis. D’où ses explications attendues pour apporter une lumière sur toute cette affaire. Me Gavin Glover, Senior Counsel, qui représente aussi les intérêts de PADCo, soutient que son client se met à la disposition de l’ICAC à n’importe quel moment. Idem pour Bertrand Lagesse, consultant de la firme Burmeister and Wain Scandinavian Contractor (BWSC) à Maurice et Shamshir Mukoon, l’ex-directeur général par intérim du CEB.

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Le communiqué de la Banque Africaine de Développement le 8 juin dernier a eu l’effet d’une bombe. L’instance rapporte qu’après une enquête, il a été établi que la firme danoise Burmeister & Wain Scandinavian Contractor a graissé la patte à des membres de l’administration mauricienne  à travers des tiers pour avoir accès à des documents confidentiels en amont de la soumission d'une offre. Depuis, il y a eu d’autres révélations et des révocations...

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