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Licenciements: «Kouma nou viv nou ? Nu lavenir dans zot lamé…

13 juin 2020, 22:30

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Licenciements: «Kouma nou viv nou ? Nu lavenir dans zot lamé…

Ils ont été remerciés, leurs compagnies et employeurs ne pouvant plus faire face au poids que représente la masse salariale dans le sillage de la crise économique engendrée par le Covid-19. Depuis, ces jeunes, les plus anciens, ces mères et pères de famille ne savent plus vers qui se tourner. Ils ne savent plus quoi faire. Chaque jour se résume à lutter contre l’angoisse et le stress. D’ailleurs, les chiffres avancés par le ministre Callychurn, à l’Assemblée nationale, en ce sens, durant la semaine écoulée, ne sont guère rassurants (voir plus loin). 

Nadia habite à Flacq. Et cette mère de quatre enfants, dont la dernière n’a que deux ans, a dû se rabattre sur le premier emploi qui s’offrait à elle afin de subvenir aux besoins de sa famille. En février, elle s’est fait engager dans un supermarché de la région, comme caissière. 

Tout allait bien. «J’ai travaillé sans aucun problème et sans me plaindre. Nous nous sommes rendus sur notre lieu de travail même en période de confinement et de couvre-feu sanitaire et avons fait notre travail, comme on nous l’avait demandé. Ek travay ti plin, létan pou manzé nou pa finn gagné telman ti éna kliyan», confie la jeune femme. Il y a même des jours, ou pendant le confinement, elle a dû remplacer les collègues absents et travaillait même les jours fériés. «J’y étais le 1er mai et on a travaillé jusqu’à fort tard.»

Elle explique cependant que tout le monde avait un problème de salaire. Le propriétaire les payait à chaque fois avec du retard. Il arrivait même qu’elle reçoive sa paie bien après la fin du mois. «Éna fwa, nou gagn lapay lé 7, lé 11 tou. Lerla nou fini al rod enn lavans pou kapav roul lakaz.» 

Pour le mois d’avril, la maman de quatre enfants explique qu’elle n’a perçu que Rs 1 7 00 car elle avait déjà demandé une avance de Rs 5 200. «Le reste, il l’a déduit de son plein gré, sans nous avertir. Linn fer sa ek tou bann késier.» 

Nous sommes alors le 11 mai et le pays est toujours en confinement. Nadia demande alors des explications à son patron. À sa grande surprise, elle est mutée aux rayons, sans raison, et ses conditions de travail changent. «J’ai subi trois césariennes, la dernière en date, c’était il y a deux ans. Mo pa kapav lev bann zafer lourd.» C’est à partir de là que la maman de quatre enfants a été licenciée… 

Depuis, elle fait le va-et-vient entre la maison et le bureau du travail. Elle espère toujours être payée pour les quelques jours durant lesquels elle a travaillé pendant le mois de mai. «Ce n’est pas grand-chose, mais c’est toujours mieux que rien. Nous avons, plus que jamais, besoin d’argent.» Car depuis le confinement, son mari, qui est maçon de profession, n’a pas de travail. «Bien que je sache lire et écrire, et même si j’ai mon HSC, je n’arrive pas à trouver un emploi stable car je n’ai aucune formation…» 

Lui, il a bel et bien une formation, possède plus d’une année d’expérience. Mais comme beaucoup d’employés du secteur de l’hôtellerie, Kamlesh s’est retrouvé sur le banc de touche. Comme plusieurs de ses collègues travaillant dans un établissement de renom, il a été mis au chômage technique pour les six prochains mois. Depuis, il ne sait pas de quoi demain sera fait. «La direction nous a fait comprendre que nous aurons la possibilité de retrouver notre poste, si la situation s’améliore avec le temps. Zot inn osi dir nou ki sé parski frontier fermé ek ki pa pé kav travay», raconte cet habitant du Nord. 

Bien qu’il soit jeune, célibataire, il doit bien vivre, dit-il. «Nou éna nou bann det nousi, nou éna bann zafer pou péyé, loan. Kouma pou fer?» D’autant plus qu’il est difficile de trouver un autre emploi, par les temps qui courent. Personne, soutient-il, ne recrute, surtout dans le domaine de l’hôtellerie, en ce moment. «Qui plus est, les potentiels auront peur que nous les laissions à terre et que nous reprenions notre ancien emploi, si la situation s’améliore.» 

Pour garder la tête hors de l’eau, et soulager financièrement sa famille, il a pris de l’emploi comme agent de sécurité. Un de ses collègues est, lui, allé plus loin. «Nous ne pouvons pas attendre en croisant les bras. Nous sommes plusieurs à nous être rendus au bureau du travail, durant la semaine écoulée. On nous a forcés à prendre des ‘congés’, sans aucune rémunération. Inn zis pey nou pou mwa Mé, sé tou. Kouma nou viv nou? Aster ki pé dir ki pou pas lor Redundancy Board. Nous ne comprenons pas. Nou lavenir dan zot lamé.» 

Direction Ébène. Kursley, lui, travaille – enfin, travaillait – au sein d’une compagnie privée, spécialisée dans les sondages et études de marché. Il a été licencié, alors qu’il compte 21 années de service, le 2 juin. Cinq de ses collègues ont subi le même triste sort. «Je ne comprends pas sur quel critère la direction s’est basée pour me mettre à la porte alors que la plupart des entreprises adoptent la politique du ‘last in first out’. Ils n’ont pas ciblé les anciens non plus, de toute façon je n’aurais 60 ans que dans dix ans !» 

De plus, souligne cet habitant des Plaines-Wilhems, il a travaillé pratiquement à temps plein, de la maison, pendant le confinement. «C’était business as usual, sauf que je bossais de chez moi. Je ne comprends vraiment pas.» Il s’est également rendu au bureau du travail, pour porter plainte, n’ayant pas reçu d’explication plausible de son employeur. «Ce n’est que mardi que je saurais ce qu’il adviendra de mon sort, car il y aura une réunion avec la direction. Je ne sais pas si on me proposera de m’indemniser. Ce n’est vraiment pas évident de se retrouver à la porte, surtout après toutes ces années de service…» 

Manish, lui, a 21 ans. Et compte une année d’expérience au sein d’une compagnie qui propose des jeux d’argent. Comme lui, 30 employés ont reçu leur feuille de route. Ils ont reçu le «message de licenciement»… via WhatsApp, le 26 mars. Dans une missive toutefois, datée du 19 mars, signée par le Directeur de la compagnie, ce dernier évoque les difficultés financières de l’entreprise. «Nous avons exploré plusieurs options pour contourner les effets du Covid-19. Mais nos efforts ont été infructueux. Nous n’avons eu d’autre choix que de nous séparer de certains employés», peut-on y lire. 

Aujourd’hui, souligne Manish, la direction leur a fait part que certains pourraient reprendre leur emploi, si la situation venait à s’améliorer. Surtout avec la reprise de la saison hippique. «Mais il y aura du changement au niveau de notre contrat. Et pour l’instant, il n’y a rien de confirmé. Donc, nous sommes toujours dans le flou. Nou pa koné si bizin gard lespwar ou pa. Péna osi enn rétour du coté biro travay. Zotmem zot paret pa tro koné.» 

Pour s’en sortir, le jeune homme, qui habite les Plaines-Wilhems, veut désormais lancer son propre business, histoire de ne pas compter sur les autres, être son propre patron. D’autant que la recherche d’un autre emploi n’a pas abouti jusqu’ici. «J’entame en ce moment même, en simultané, des démarches pour pouvoir vendre de la nourriture, dans un emplacement que j’ai déjà repéré à Pointe-aux-Sables. Travailler pour soi est la meilleure solution envisageable en cette période de crise et d’incertitude. Mo ankor zenn, bizin fini rod enn métié avan tro tar!»

Plus d’un millier de plaintes enregistrées… 

Le ministère du Travail a fait savoir que pas moins de 1 035 plaintes, émanant d’employés qui ont été licenciés depuis que le gouvernement a imposé le couvre-feu sanitaire, ont été enregistrées. Parmi, 150 ont finalement été réembauchés par les mêmes employeurs. Il ressort en outre que 164 entreprises sont concernées par ses plaintes. 

Par ailleurs, le ministre de tutelle a fait savoir que 207 compagnies n’ont pas touché le «Government Wage Assistance Scheme» (GWAS) car le ministère était déjà en présence de plaintes pour licenciements. Pour ceux qui ont touché les aides et qui ont quand même enfreint les lois, Soodesh Callichurn assure les autorités entameront des poursuites et l’employeur, s’il est retrouvé coupable, devra «payer le taux punitif» de trois mois de salaires par année de service. Qui plus est, à ce jour, le gouvernement a déboursé Rs 205 440 657 en ce qui concerne le GWAS.