Comment accueillent-ils le budget?

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«Le gouvernement a retenu nos propositions», se réjouit-on du côté des planteurs. Un son de cloche du côté des employeurs laisse comprendre que les mesures budgétaires passent de travers, surtout la pension contributive. Puis il y a ces autres acteurs de la société, dans l’environnement, les technologies... «On verra le retour de l’évasion fiscale comme sport préféré des hauts salariés…» 

Ajay Ramnarain, ancien banquier : «Un gaspillage d’argent» 

Il se demande pourquoi investir autant de milliards dans des projets d’infrastructures, en faisant exception pour les logements sociaux. Pour lui, par ces temps de rigueur, il fallait suspendre ces projets, même celui du métro. «On investit en même temps dans le métro et dans la construction de routes!» ironise-t-il. 

Ajay Ramnarain se dit encore plus indigné par les milliards qui iront dans un projet de centre d’innovation à Côte d’Or. Centre qui finira comme le stade lui-même, ajoutera-t-il. «Un gaspillage d’argent sans aucune rentabilité.»

Faisal Jeeroobarkhan de Think Mauritius : «Outré de l’accès aux étrangers»

Il ne digère pas que l’on facilite les choses pour des étrangers afin qu’ils puissent acquérir des biens immobiliers. «Alors que des centaines de familles mauriciennes n’ont ni toit ni espace vital.»

Faisal Jeeroobarkhan n’accueille pas non plus favorablement l’idée que des terres agricoles puissent être converties en résidentielles. Ce, même s’il s’agit de 10 % de la superficie. «Nous risquons de graves crises alimentaires et sociales dans les années à venir.»

Krepalloo Sunghoon, de l’association des petits planteurs : «Satisfait»  

Le président de l’Association des petits planteurs, Kreepalloo Sunghoon,  se réjouit de la mise sur pied prochaine de la Land Bank pour récupérer les terrains agricoles abandonnés. «Je suis satisfait que le gouvernement ait écouté nos suggestions tout comme celle portant sur le stockage de produits agricoles et de semences.»  

La proposition d’accorder Rs 25 000 pour la tonne du sucre est également bien accueillie. «L’intention est bonne. Mais espérons que ces propositions seront mises en pratique», dit Kreepalloo Sunghoon.

Jessen Chandramudy, jeune comptable dans le privé : «Pourquoi une prime qu’aux frontliners?»

Il dit accueillir favrorablement la décision d’accorder Rs 15 000 aux frontliners, notamment ceux dans la santé et dans les établissements hospitaliers. «Mais pourquoi cette mesure n’a-t-elle pas été étendue aux éboueurs et aux employés des supermarchés par exemple ?»

Concernant le logement social, Jessen Chandramudy rappelle que Pravind Jugnauth avait annoncé la construction de 6 000 logements sociaux en 2019 mais seulement quelques centaines ont été complétées. «S’agit-il des mêmes projets qui sont répétés chaque année ?» 

David Sauvage, Resistans ek Alternativ: «Avaler une grosse pilule»  

Il dénonce un budget qui semble être fait pour faire le peuple avaler la grosse pilule avec la Covid-19 Act. «Cette loi a supprimé beaucoup de droits des travailleurs et nos libertés et permis qu’au moins Rs 80 milliards d’argent public aille au grand capital à travers la MIC.»

Le militant écologiste condamne aussi le plan Apart Hotel Scheme qui pour lui ne permet pas la transition vers un tourisme durable mais «perpétue le vieux modèle de développement foncier qui a montré ses limites».  Il  critique également la toute-puissance de l’Economic Development Board, une instance non-démocratique.

André Bonieux, expert-comptable et directeur d’Alteo : «Un coup de massue pour les entrepreneurs» 

«Après nous avoir assommé avec le ‘Portable Retirement Gratuity Fund’ depuis janvier, dont la contribution n’est pas de 4, 5% de la part de l’employeur mais en fait de 8 à 9 %, voilà que l’on nous achève avec la suppression du plafond de la contribution au plan national de pension», est d’avis André Bonieux. Ce dernier ajoute à titre d’exemple que pour un employé qui gagne Rs 100 000, ce sera Rs 6 000 par mois qui devront être déboursées rien que par l’employeur. 

André Bonieux condamne aussi le nouveau taux d’imposition de 40 % pour ceux qui touchent plus de Rs 3 millions par an. «On verra le retour de l’évasion fiscale comme le sport préféré des hauts salariés.»

L’industriel François de Grivel : «Privilégier l’économie et non toute considération politique» 

Il se dit satisfait des mesures prises surtout pour les secteurs affectés que sont l’hôtellerie et la manufacture. Les mesures aideront aussi à maintenir l’emploi pendant un certain temps, dit-il. Il s’attend qu’avec l’ouverture des frontières et la relance internationale, plusieurs secteurs pourront enfin être en mesure de refaire face à la demande. 

Bien qu’approuvant les crédits d’impôts pour les investissements, François de Grivel craint que les entreprises ne puissent en profiter pour le moment étant à court de capitaux pour investir. «Elles pourront le faire à partir de janvier prochain.» 

L’industriel dit aussi souhaiter que les débats de parts et d’autres soient sur l’économie sans considération politique.

Roshan Seetohul, président de l’OTAM, «sceptique»

Il veut le voir pour le croire. En attendant, le président de l’Association des opérateurs du secteur de l’ICT-BPO est d’avis que le budget aurait dû annoncer davantage de mesures dans ce secteur. «Ce budget a été calculé pour répondre au social et aux secteurs traditionnels. Je n’ai pas vu de propositions concrètes sur le court terme pour les ICT/BPO.» 

Et le projet du parc technologique de Côte d’Or ? «Il faudra attendre quand il sera prêt.» 

Il conserve la même réserve face à la vision «Data Driven Economy». Roshan Seetohul veut bien y croire à condition qu’il y ait un plan de mise en pratique, de suivi et de résultats.

Sur une autre note, il regrette que le budget n’ait présenté aucune mesure incitative visant à encourager le travail à domicile. Car, selon lui, il s’agit là d’un mode de travail avantageux pour les employeurs, les employés, l’économie en général. «Bien sûr pour l’environnement également».

Jocelyn Kwok, Chief Executive Officer de l'AHRIM: «Des mesures pour consolider l’économie auraient mérité une plus grande attention» 

Il salue la continuité des investissements dans les infrastructures et la construction. Mais est d’avis qu’il aurait aussi fallu consolider l’économie par des mesures plus sectorielles. 

Jocelyn Kwok dit toutefois espérer que les mesures annoncées vont se concrétiser au plus vite. Et salue l’aide à l’emploi pour la période de six mois face à ceux qui risquent de se retrouver au chômage technique. 

«Mais pour être pleinement rassurés, nous souhaitons que ces annonces soient suivies de mesures fortes, précises et concrètes, autant pour l’emploi que pour la promotion touristique. Le portefeuille consacré à la MTPA, qui sera confrontée à des défis énormes n’est pas précisé, ni la stratégie de relance qui doit être planifiée, documentée et organisée. Nous sommes également dans le flou quant à la connectivité aérienne, fondamentale pour la reprise. Nous devons donc attendre encore un peu avant de pouvoir juger de la justesse de ces mesures.»

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Série de mesures dans le budget, qui se veut, un budget «d’équilibre», dira Renganaden Padayachy. Privilégier la sécurité alimentaire, le NPF aboli, les taxes… Consultez notre dossier regroupant les articles par secteur.

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