Et quid du bonheur intérieur brut ?

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Et si le BIB s’avérait finalement un meilleur indicateur de la croissance économique d’un pays que le PIB ? Si le Bonheur intérieur brut (BIB) révélait en fait le véritable degré d’avancement et de progrès d’une société plutôt que le Produit intérieur brut (PIB), indicateur permettant de quantifier la production de richesse d’un Etat sur une période donnée et de refléter l’activité économique interne ?

Le PIB est un indicateur fourre-tout qui insère dans un même panier une variété d’éléments n’ayant pas grand-chose en commun : biens matériels, services marchands, services non marchands, production du secteur privé, production des administrations publiques. Une grande illusion qui pourrait faire croire que toutes les catégories sociales bénéficient de la même manière du PIB alors que la disparité entre les salaires et les richesses ne disent que trop bien le nombre de laissés-pour-compte d’un système axé uniquement sur la maximisation des profits et de son intendant en chef, la compétition à outrance.

En mai 2019, Jacinda Ardern, Première ministre de Nouvelle-Zélande, avait annoncé un budget présenté comme une première mondiale pour sa façon de mesurer les progrès économiques, soit une augmentation des dépenses publiques en matière de santé mentale, d’allocations pour les populations indigènes et de pauvreté des enfants. Elle avait conforté sa réputation d’empathie, elle qui avait été louée pour sa compassion après le massacre des mosquées de Christchurch le 15 mars 2019. En pleine crise sanitaire de Covid-19, elle émerge du lot des chefs d’Etat en soutenant que le bien-être de sa population est sa priorité. Elle consent même à diminuer son salaire et celui de ses ministres de 20%, six mois durant, en signe de solidarité. «S’il y a un moment pour refermer l’écart entre les groupes à différents niveaux en Nouvelle-Zélande, c’est maintenant», a-t-elle lancé en avril.

Le Bonheur national brut (BNB) est une idée du roi du Bhoutan qui, dès 1972, remplaça le PNB – Produit national brut – dans son royaume. Le BNB bhoutanais a ceci de surprenant qu’il utilise des indices s’inspirant des valeurs spirituelles du bouddhisme pour évaluer l’économie. Aujourd’hui encore, le BNB bhoutanais est défini par quatre critères incontournables : la croissance et le développement économique, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l’environnement et le développement durable et la bonne gouvernance responsable.

Une innovation qui n’a pas laissé insensibles les économistes et des universités prestigieuses telles qu’Oxford qui ont fondé des instituts du Bonheur National et favorisé la genèse de nouveaux indicateurs. La commission chargée par le président français Nicolas Sarkozy en janvier 2009 d’inventer de nouveaux indicateurs recommanda, par la voix des Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Amartya Sen, de prendre en compte la notion de bien-être individuel pour mesurer les performances d’un pays. Et le 24 mai 2011, l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques – créa l’indice du bonheur intérieur brut qui mesure la qualité de vie de ses pays membres. Il est basé sur onze critères : les revenus, le logement, l’emploi, la santé, la sécurité, la vie en communauté, la gouvernance, l’éducation, l’environnement, le sentiment de satisfaction personnelle, l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie de famille. Ce nouvel indicateur nuance les statistiques économiques avec les critères sociaux et environnementaux.

Vivre et travailler ont pour finalité d’être heureux soi-même et de contribuer au bonheur de ses proches et sur un plan plus large à celui de la société dans laquelle on vit. Mais comment être heureux quand on se lève aux aurores et sacrifie son existence sur l’autel des exigences professionnelles tous les jours et qu’on ne regagne son domicile qu’à la nuit tombée ? Fatigué, stressé, déçu car ne pouvant que survivre financièrement dans un monde broyeur d’humanité. Pour vivre, encore faut-il en avoir les moyens et le temps ! Encore faut-il que les gouvernants et les employeurs créent l’environnement favorable dans lequel le citoyen a le temps nécessaire pour exister hors du cadre professionnel et perçoit un salaire décent correspondant aux efforts véritables fournis et en phase avec le coût de la vie et les besoins réels de chaque famille. La disparité dans les salaires est une injustice trop longtemps tolérée, un sophisme présenté comme l’échelle du progrès social. Une notion du progrès qui n’est qu’abaissement inhumain en fait.

La crise sanitaires de la Covid-19 nous a permis au moins de redécouvrir le temps, de nous le réapproprier de façon saine. Puisse la reprise économique et la nouvelle société qui se dessinera dans les mois à venir nous permettre de vivre autrement en rendant justice aux efforts des vrais créateurs de richesses.

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