Examens de conduite: frustration et colère chez les élèves après 72 jours de confinement

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La frustration est de mise chez cette jeune cadre d’une trentaine d’années, qui en est à sa première tentative à l’examen de conduite.

La frustration est de mise chez cette jeune cadre d’une trentaine d’années, qui en est à sa première tentative à l’examen de conduite.

Le rééchelonnement à partir du jeudi 4 juin et par ordre alphabétique des examens d’auto-école, qui étaient prévus en mars et avril, continue à susciter frustrations et mécontentement du côté des élèves, qui doivent le repasser cette semaine et la colère chez les moniteurs d’auto-école, qui estiment que la Traffic Branch les traite comme «des moins que rien».

La frustration est de mise chez cette jeune cadre d’une trentaine d’années, qui en est à sa première tentative à l’examen de conduite. «J’ai commencé mes leçons en janvier 2019. Je voulais toujours obtenir mon permis mais je ne trouvais pas le temps pour apprendre car j’ai un boulot très prenant», raconte la jeune femme. Elle devait être examinée le 19 mars mais la pandémie de la Covid-19 a tout chamboulé.

Et ne voilà-t-il pas qu’après plus de 72 jours de confinement et donc d’interdiction de sortie, elle doit, selon le communiqué de la Trafic Branch, passer son examen vendredi. «Ce n’est que ce matin que j’ai pu reprendre ma leçon de conduite. C’est vraiment un délai extrêmement court pour se remettre dans le bain. Le pire est que depuis deux semaines, je téléphone à la Trafic Branch pour confirmer si je dois être examinée le 4 ou 5 juin  et on se joue de moi. On me répète qu’aucune décision n’a été prise. Il m’a fallu attendre le samedi 30 mai pour être fixée. Cela ne me laisse que quatre jours de pratique. C’est vraiment cavalier de la part de la police d’agir ainsi», dit-elle exaspérée. Une situation qu’elle trouve frustrante également. «Il est vrai qu’on aurait dû être prêt pour prendre le volant à n’importe quel moment mais la police doit réaliser qu’il s’agit malgré tout d’un examen et que nous devons nous mettre en condition. Après un si long confinement, il nous aurait fallu un minimum de délai pour que nous nous préparions. Là, on nous met devant un fait accompli. Et je peux vous dire que reprendre le boulot après un confinement à 100 % signifie des tas de dossiers en souffrance à traiter.» Elle ajoute qu’il semblerait que ce sont des conditions imposées «pour bâcler cet exercice d’examen et favoriser l’échec des candidats».

C’est aussi le sentiment de ce cadre d’une trentaine d’années, qui est dans le marketing. Il en est à sa deuxième tentative à l’examen pratique de conduite. Il a commencé à prendre des leçons depuis l’année dernière. Il était censé passer l’examen le 20 mars. L’exercice a été reprogrammé pour samedi. Une situation qu’il trouve inique, d’autant plus qu’il ne peut prendre de leçons de conduite qu’en week-end car il travaille sur le littoral en semaine et termine tous les jours vers 17h30. Le temps de gagner Port-Louis, les moniteurs d’auto-école sont déjà partis. «C’est très injuste car après ce confinement de plus de deux mois et demi, je n’ai pu pratiquer la route et la marche arrière que le dimanche 31 mai

Il ne se sent pas du tout prêt pour l’examen. «Je ne comprends pas la logique derrière cette décision. Il aurait fallu nous donner au moins deux semaines  pour nous remettre à la pratique avant de nous examiner. Et il me faut absolument ce permis pour mon travail.» Pour lui, ce court délai entre la levée du confinement et les examens pratiques de conduite est un «fait exprès. Beaucoup d’élèves n’auront pas eu le temps de se préparer et échoueront leur test. C’est un moyen pour la police de remplir les caisses de l’Etat, exactement comme avec les radars…. »

L’incompréhension est de mise également chez les moniteurs d’auto-école, qui ont eu l’occasion de s’exprimer sur cette question voilà une dizaine de jours. «Rien n’était alors confirmé. La police a gardé le silence tout ce temps et a fait la sourde oreille face à nos doléances. Ce n’est que le dernier week-end de mai que nous avons obtenu la confirmation officielle que la Traffic Branch maintient sa position. Comme quoi, notre avis ne compte pas», déclare un moniteur d’auto-école chevronné. Un autre moniteur trouve que ceux qui ont pris cette décision auraient dû se mettre dans la peau des élèves. «Ceux qui ont siégé sur le comité et pris cette décision auraient-ils réagi de la même façon si c’était leur fils ou leur fille qui devait prendre part à cet examen ? Cela m’étonnerait fort», dit-il en ajoutant que la Traffic Branch n’a pas daigné consulter les moniteurs d’auto-école au préalable. «Les policiers de cette division auraient pu nous avoir sondés sur la question car quelque part, nous sommes leurs partenaires. Sans nous, il n’y a pas de tests, ni de paiements pour ces examens. C’est comme si que nous sommes des moins que rien.»

Un autre moniteur précise que contrairement aux chauffeurs de taxi, qui ont reçu des directives de la Traffic Branch par rapport au protocole sanitaire à être respecté à la levée du confinement, les moniteurs d’auto-école n’ont pas été avisés de quoi que ce soit. «Par nous-même, nous allons mettre en place nos mesures d’hygiène sanitaire et de sécurité mais il aurait fallu que nous sachions, par exemple, si nous sommes autorisés à mettre deux élèves dans une voiture, un au volant et l’autre derrière ou rien qu’un seul au volant. La police n’a pas jugé utile de nous en informer».

Il soutient que la police aurait dû laisser passer deux à trois semaines avant de reprogrammer les examens de conduite pour que les élèves puissent se préparer convenablement. Et comme, malgré la levée du confinement, plusieurs bureaux continuent à demander à leurs employés de faire du télétravail, il pense qu’il y aura moins de véhicule sur les routes. «La police ou le ministère concerné, aurait pu lever pendant deux à trois mois la restriction imposée il y a deux ans aux élèves de fréquenter deux routes spécifiques le matin entre 7h30 à 9h30 et l’après-midi de 15h30 à 17 heures, surtout qu’il y a moins de véhicules sur nos routes en ce moment. Ce qui aurait permis à un plus grand nombre d’avoir de la pratique.»

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