Prémices d’un nouveau monde?

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Nous connaissions l’effet papillon, cet enchaînement d’événements à partir d’un fait premier insignifiant. Le monde n’oubliera pas de sitôt l’effet Covid-19. Quand la Chine éternue à Wuhan, le monde entier tousse de façon atypique. Une définition apocalyptique de l’expression village planétaire ou village global forgée par le philosophe et sociologue Marshall McLuhan dans son ouvrage The Medium is the Message paru en 1967 et dans lequel il prédisait déjà les effets de la mondialisation, des médias et des technologies de l’informa- tion et de la communication.

Marshall McLuhan avait vu juste. En quelques années seulement, les différents modes d’échanges ont presque vaincu l’espace et la distance. Toutefois, ces échanges ont toujours été à buts commerciaux et lucratifs malgré des dehors parfois humanistes. A l’image de la nouvelle route de la soie dévoilée par le gouvernement chinois à l’automne 2013, ensemble de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine et l’Europe passant par le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, la Pologne, l’Allemagne, la France et le Royaume Uni. L’Italie est devenue le 23 mars 2019 le premier pays membre du G7 à intégrer ce projet pharaonique d’infrastructures maritimes et terrestres, pendant du collier de perles, l’installation par la marine de guerre chinoise de points d’appui le long de sa principale voie d’approvisionnement maritime vers le Moyen Orient. Cette stratégie chinoise consiste à construire, acheter ou louer pour de longues durées des installations portuaires et aériennes échelonnées jusqu’en Afrique pour protéger ses intérêts commerciaux en mer de Chine méridionale, dans le golfe du Bengale, en mer d’Arabie et dans la mer Rouge. La Chine élargit ainsi ses possibilités de s’approvisionner en matières premières et de se mettre en avant sur la scène internationale.

Pas étonnant que nombre d’observateurs voient de la part de la Chine une répartition de ses pions dans un jeu qu’il faut interpréter comme une colonisation subtile mais insidieuse. Cela se vérifie en Afrique notamment. Le Bénin, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Egypte, la Tanzanie, le Kenya, le Soudan, l’Algérie ou encore le Maroc font partie de ses principaux clients.

Un tel climat ne peut qu’accentuer la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine dans la course au leadership mondial. En pleine pandémie mondiale de Covid-19, Donald Trump a suspendu le 14 avril 2020 le financement des Etats-Unis à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lui reprochant d’avoir mal géré et dissimulé la propagation du coronavirus. Trump dénonçait par la même des prises de position de l’OMS trop favorables à Pékin dont elle vantait la «transparence» alors que les officiels chinois soutenaient du 14 au 20 janvier que le coronavirus était peu contagieux et préparaient dans le même temps, en secret, leur plan de lutte contre l’épidémie.

Dans la gestion mondiale de la pandémie, un constat s’impose : les Etats membres de l’Europe ont souvent privilégié leurs intérêts nationaux, avant de chercher un minimum de coordination. Les puissants optent pour le repli sur soi ou la rivalité alors que la vie de sept milliards d’individus est en jeu. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre quotidiennement les statistiques compilées par le Centre pour la science et l’ingénierie des systèmes de l’université Johns Hopkins (CSDSE).

Ce que révèle cette crise globale sans précé- dent depuis les guerres, c’est qu’il n’existe pas encore de réelle communauté internationale. L’humanité n’est pas préparée à faire face à une pandémie mondiale. Les leaders de ce monde sont incapables de parler d’une seule voix. Il faut plus qu’une «diplomatie du masque», parade trouvée par la Chine pour essayer de redorer son image aujourd’hui en envoyant en masse des masques et des équipes médicales aux Etats qui en font la demande. Il faut une gestion globale humaniste du monde, la capacité de repenser l’humanité et ses besoins en épurant cette réflexion de toutes considérations néocoloniales, géopolitiques, militaires et financières, dictées uniquement par le besoin de domination.

Face à la crise climatique qui s’annonce, face aux désordres et aux dégâts que cause déjà le changement climatique, face au défi que représentent les besoins nutritionnels de sept milliards d’humains, la priorité n’est pas le triomphe de l’ego et de l’égoïsme. La priorité est bien de voir le monde comme un village global et de veiller au bien-être de tous ses habitants. C’est le défi auquel devraient s’atteler tous les peuples de la Terre une fois la page cauchemardesque du Covid-19 tournée.

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