SBM: le «Board Credit Committee» a approuvé le prêt sans garantie à B.R. Shetty

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D’après le site de la SBM, Chelampet Puthukulangara Balachandran préside depuis avril 2019 le Board Credit Committee. Selon le bilan de la banque publié en 2019, Rishikesh Hurdoyal et Abdool Karrim Namdarkhan étaient les deux autres membres du comité. Tout porte à croire que ce sont ces trois-là qui ont donné le feu vert final au prêt de B.R. Shetty (de g. à dr.).

D’après le site de la SBM, Chelampet Puthukulangara Balachandran préside depuis avril 2019 le Board Credit Committee. Selon le bilan de la banque publié en 2019, Rishikesh Hurdoyal et Abdool Karrim Namdarkhan étaient les deux autres membres du comité. Tout porte à croire que ce sont ces trois-là qui ont donné le feu vert final au prêt de B.R. Shetty (de g. à dr.).

«Si d’autres banques privées locales et internationales ont aussi prêté ou levé des fonds pour NMC, cela veut dire que le problème n’est pas à notre niveau. Toutes ces banques n’ont pas pu commettre la même erreur par incompétence.» C’est l’état d’esprit qui prévaut à la State Bank of Mauritius (SBM) Tower, malgré les critiques. La SBM Holdings, rappelons-le, a publié des comptes 2019 catastrophiques avec des profits qui chutent lourdement de Rs 1,2 milliard à Rs 15 millions. La raison de cette plongée vertigineuse: des provisions de près de Rs 3 milliards pour des «impairments», soit des prêts dont les remboursements sont quasi incertains. Parmi ces prêts, il y en a un qui secoue la SBM et plusieurs autres banques: celui accordé à NMC Healthcare, un groupe a priori cinq-étoiles, créé à Abu Dhabi par Bavaguthu Raghuram (B. R.) Shetty et coté à la Bourse de Londres. Sauf que la success story de cet Indien qui a émigré et fait fortune aux Émirats, dans les années 70, est en train de tourner au vinaigre.

Introuvable

Une société d’enquête a révélé que le groupe NMC et les autres compagnies de B. R. Shetty ont sous-évalué leurs dettes d’environ $ 5 milliards, et surévalué leurs actifs tout en procédant à de dangereux related-party investments. Résultat : ce fleuron médical et ses compagnies sœurs (qui sont dans le service traiteur de luxe, transfert d’argent, etc.), ont été placés sous administration à Londres. «Mais c’est arrivé après qu’on a accordé les prêts. Même la banque commerciale d’Abu Dhabi n’a rien vu venir», explique un membre du conseil d’administration de la SBM, qui n’a pas souhaité être identifié. «Oui NMC c’est grave. Car ça plombe une année de travail, mais nous avons quand même prêté à une compagnie du Top 100 de la Bourse de Londres. Ce n’est pas comme-ci NMC était un bandit financier et que le monde le savait», ajoute-t-il.

Cette explication vaut ce qu’elle vaut, en attendant que la SBM se décide enfin à répondre à notre mèl officiel, envoyé mercredi dernier, notamment concernant le montant exact prêté – et perdu – à NMC. Ce chiffre varie, selon les sources, de 1 à Rs 2 milliards. Mais aux étages supérieurs de la SBM Tower, c’est la sérénité parce que d’autres banques locales et internationales sont aussi victimes de NMC. Au sujet des sanctions éventuelles, ce membre du board de lancer : «Vous voulez qu’on sanctionne un cadre pour n’avoir pas vu ce qui était introuvable et que d’autres experts-comptables du monde n’ont pas vu ?»

 Ce que ce défenseur de la citadelle SBM ne dit, cependant, pas, c’est que ce prêt est tellement important qu’il ne pouvait pas être approuvé par le comité classique de prêts, celui qui approuve votre personal loan ou votre home loan. Selon la politique de la banque (Bank’s Credit Policy), un tel prêt doit être approuvé par un comité supérieur baptisé «Board Credit Committee», soit des membres du board de la banque (au même titre que notre source) et qui ne sont pas des employés de l’institution.

 Selon les dispositions de la SBM, ce comité est constitué de trois personnes. Or, le rapport annuel de la banque publié jeudi dernier ne précise pas qui sont ces dernières (le rapport 2018 déclinait par contre minutieusement tous les membres de tous les comités). Selon le site officiel de la SBM, c’est Chelampet Puthukulangara Balachandran, ex nº 2 de la Bank One, qui préside depuis avril 2019 ce Board Credit Committee. Il rejoignait ainsi les deux avocats membres du comité version 2018 : Rishikesh Hurdoyal et Abdool Karrim Namdarkhan (eux aussi membres indépendants et non exécutifs du board). Tout porte à croire – à moins qu’il y ait eu des changements non communiqués sur la composition du board – que ce sont donc ces trois-là qui ont donné le feu vert final. Pour l’heure, ils ne risquent rien. Mais un détail peut tout faire basculer : la date précise de la validation de l’emprunt.

La SBM serait une des dernières banques à avoir accordé un emprunt à NMC avant son crash provoqué par les révélations de Muddy Waters. Le prêt aurait été validé en décembre 2019, soit quelques jours, voire quelques heures, avant que Muddy Waters ne publie son enquête. Or, depuis août 2019, soit quatre mois avant, il se chuchotait dans les milieux bien informés des brokers de Londres que NMC faisait l’objet d’une enquête de Muddy Waters. Ce qui, d’ailleurs, avait provoqué une chute de son cours sur la Bourse de Londres durant le mois d’août 2019. Était-ce suffisant pour une approche plus prudente ? Pas sûr que le board de la SBM, voire la holding, jugerait la question pertinente.

Mais il y a deux autres aspects qui pourraient mettre à mal les membres de ce Board Credit Committee : le montant du prêt et l’absence de garanties. La SBM s’est fiée à la santé financière apparente de NMC et a commis les mêmes erreurs que celles commises sur les dossiers Pabari (Kenya) et celui du courtier dubaïote (NdlR, deux prêts similaires en 2018 où la banque a encore perdu des milliards de roupies) en n’exigeant pas de garanties. Or, c’est aussi le rôle du Board Credit Committee de veiller à ce que, grâce à une diversification des emprunts accordés, la banque ne mette pas tous ses risques dans un seul ou trop peu de paniers, avait rappelé Ernst & Young (EY) –Mauritius, l’auditeur de la SBM en 2018 après les débâcles kényan et dubaïote.

 Ironie de la situation, la SBM pourrait bien s’appuyer sur les audits de EY International – l’auditeur de NMC – pour évoquer une «genuine mistake». En effet, EY international fait l’objet d’une enquête à Londres pour n’avoir pas vu – ou pas communiqué – les sous-évaluations des dettes de NMC.

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