Gino Antoine: «Ici, en Allemagne, on n’a pas attendu le Covid-19 pour respecter la distanciation sociale et l’hygiène»

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Gino Antoine a emmené le Celtic Diekirch en Champions League d’athlétisme au Luxembourg.

  Gino Antoine a emmené le Celtic Diekirch en Champions League d’athlétisme au Luxembourg.  

Le confinement a au moins ceci de bon qu’il permet de disposer d’un temps plus long et d’en disposer surtout autrement. Cela a été le temps des retrouvailles avec l’ancien décathlonien Gino Antoine, 48 ans, dont on n’avait plus entendu parler depuis la fin de sa formation à l’INSEP en 1996. D’Allemagne où il vit aujourd’hui, il jette un coup d’œil dans le rétroviseur, raconte quelques épisodes de sa vie que nous avons ratés et livre ses réflexions sur le Covid-19 et l’arrêt du monde.

Cela fait longtemps que nous n’avons pas entendu parler de l’ancien athlète Gino Antoine, touche-à-tout à qui tout réussissait, courses aussi bien que sauts, et qui s’était spécialisé dans les épreuves combinées. En quelle année avez-vous choisi de tenter votre chance sous d’autres cieux ?
Quand je regarde en arrière, que de chemin parcouru : trois Jeux des îles, deux Jeux olympiques, deux Championnats d’Afrique, deux Jeux d’Afrique. En janvier 1990, j’obtiens une bourse sport-études en compagnie de mes deux compères mauriciens, Kersley Gardenne et Khemraj Naiko. Je mets le cap sur l’INSEP à Paris. A la base, c’était pour faire du 400m haies.

Aux Jeux des îles de 1990 à Madagascar, je participe à mon premier décathlon. C’est Jacques Dudal qui m’a convaincu d’y participer vu que j’étais pas mal dans plusieurs épreuves. C’est comme ça que je suis devenu décathlonien.

De quoi a été composé votre parcours alors ? Racontez-nous ces épisodes que nous avons ratés…
Après l’INSEP, en 1996, je suis parti pour l’Allemagne car mon ex-femme y habitait. Le domaine du «Personal Training» m’a toujours intéressé. Je voulais en faire mon métier. J’ai passé une année aux Etats-Unis pour me former et acquérir aussi de l’expérience dans le métier. J’avais opté pour les Etats-Unis parce que c’est là que se trouvent les meilleurs. Je me suis rendu à San Diego, en Californie, au Paul Chek Institute. J’ai passé toute l’année 2000 à San Diego.

Vous vivez donc en Allemagne, vous travaillez au Luxembourg. Et vous avez fait du «Fitness Personal Trainer» votre métier ?
De retour en Europe, j’ai commencé à travailler dans plusieurs salles de fitness en Allemagne, en France et au Luxembourg. Fort de mon expérience, j’ai été démarché par le célèbre centre de Bien-être du Domaine Thermal au Luxembourg en 2011. Aujourd’hui, je suis devenu une référence dans la région. Je suis très sollicité vraiment de partout, en privé, dans les clubs de tennis etc.
 
Parvenez-vous à exercer votre métier en ce moment ? Etes-vous en confinement ?
En ce moment, tous les pays sont en confinement. Donc, pour pratiquer mon métier, c’est un peu dur. J’ai quelques clients que j’entraîne via Internet mais ce n’est pas pareil. Pour le moment, je suis au chômage partiel, heureusement.

Les statistiques compilées par le Center for Systems Science and Engineering (CSDSE), de la Johns Hopkins University, situent l’Allemagne en quatrième position dans le classement des pays touchés par le Covid-19 avec un total de 113 296 personnes infectées (NdlR : au 9 avril 2020). Quelle est la situation valeur du jour dans votre pays d’adoption ?
C’est vrai qu’en Allemagne, il y a beaucoup de personnes contaminées. Mais si vous regardez les statistiques de décès, c’est très, très faible par rapport à la France. Ici, en Allemagne, les gens sont très disciplinés et l’Allemagne possède un système de santé très, très avancé et efficace. En plus, les Allemands ont investi énormément dans la santé depuis des années déjà. L’Allemagne soigne même les patients français qui habitent près de la frontière.

La pandémie de Covid-19 se répand depuis le 27 janvier 2020 en Allemagne, à partir d'un premier cas constaté en Bavière chez un cadre de la compagnie Webasto ayant été en rapport indirectement avec la Chine. Comment se déroule le quotidien des Allemands ?
Le quotidien des Allemands ? Je trouve qu’ils respectent bien le confinement et les règles d’hygiène. Je vis en Allemagne depuis bien des années maintenant et depuis toujours, l’hygiène de vie dans ce pays m’a impressionné. Ici, on n’a pas attendu le Covid-19 pour respecter la distanciation sociale et l’hygiène. Ça a toujours existé ici. C’est dans les gènes. Exemple : on demande deux mètres de distance quand on fait la queue. Automatiquement, ici, ils laissent un minimum de trois mètres. Vous voyez cette différence !

Un bilan provisoire effectué le 8 avril totalisait 1 861 morts du Covid-19 en Allemagne et permettait de conclure, provisoirement là aussi, qu’elle résistait mieux pour l’instant à la vague épidémique que ses voisins européens. Des nouvelles rassurantes pour vous ?
Je suis rassuré, bien sûr, d’habiter ce pays. Le système médical est au top.

Les mesures de confinement mises en place le 22 mars seront-elles levées le 19 avril, comme l’a laissé entendre la chancelière Angela Merkel ?
Le confinement va sûrement être prolongé au-delà du 19 avril, comme prévu, peut-être jusqu’à début mai.

Suivez-vous également la situation à Maurice ? Etes-vous en contact régulier avec votre famille ?
Oui, j’ai un contact très proche avec l’île Maurice. Ma sœur, ma mère, beaucoup d’amis et toute ma famille y habitent. Quand cette épidémie a commencé ici en Europe, je disais déjà à ma mère et à ma sœur de prendre des précautions. Je ne comprenais pas pourquoi vous à Maurice, vous n’avez pas fermé l’aéroport et le port. Ce sont les points de passage pour entrer dans un pays.

Etes-vous inquiet face à la situation en Allemagne et face à ce que vivent les Mauriciens qui sont confinés depuis plus de vingt jours maintenant ?
Ici, en Allemagne, non, je ne suis pas très inquiet pour moi. Je me protège et quand je sors pour faire les courses, je sors couvert. Ici, c’est un pays très riche, très avant-gardiste, et les soins sont parmi les meilleurs au monde.

Par contre, pour Maurice, oui, j’ai de grosses craintes. Je connais trop bien la population mauricienne, à quel point l’indiscipline est partout. La différence sociale entre riches et pauvres est trop grande. C’est très compliqué au niveau mentalité à Maurice. Les habitats, les gens qui vivent en famille, mais c’est aussi la culture à Maurice qui veut ça. Le risque est très, très élevé dans ces conditions.

L’angoisse est-elle plus grande encore quand on est à l’étranger, loin de sa famille ?
Oui, ça m’angoisse un peu d’être loin de ceux que j’aime et de ne pas pouvoir aider.

Sinon, parvenez-vous à vous maintenir en forme physiquement ?
Physiquement, comme je suis dans le métier, c’est très simple pour moi de garder la forme. Je fais beaucoup d’exercices avec le poids du corps et une balle de gymnastique me suffit amplement. Je sors aussi faire du vélo dans le village où j’habite, dans les vignes. Croyez-moi, ça grimpe fort !

Et moralement ?
Moralement, par contre, il y a des hauts et des bas. Je vis seul, donc le confinement se fait tout seul.

Dans vos cauchemars les plus fous avez-vous pensé une fois seulement vivre une telle situation ?
Le contact humain me manque trop. Je ne parle pas beaucoup en journée, contrairement à d’habitude et ça fait très bizarre. Jamais, jamais de la vie, j’aurais pensé vivre une telle chose. Au début du confinement, c’était même marrant d’être à la maison, c’était nouveau. Aujourd’hui, je trouve que le temps tourne au ralenti. Je m’ennuie, ça fait un mois que je suis seul et il y a encore à attendre à mon avis.

Comment fêterez-vous la fin de ce cauchemar une fois que la vie normale aura repris son cours ?
La vie normale n’est pas près de recommencer ici en Europe. Le déconfinement va se faire tout doucement ici. Tout le monde ne va pas redémarrer ensemble. Ce sera du goutte à goutte. Mais c’est sûr, je fêterai tout ça avec mes amis quand tout sera derrière nous. J’espère pouvoir fêter mon anniversaire le 13 mai.

Et si ce cauchemar devait durer des mois encore y êtes-vous préparé ?
Si ça devrait durer encore un peu plus, si je suis préparé ? Non ! Mais je travaille déjà dessus, j’anticipe.

Exergue : «Je ne comprenais pas pourquoi vous à Maurice, vous n’avez pas fermé l’aéroport et le port. Ce sont les points de passage pour entrer dans un pays.»

Personal Trainer au Domaine Thermal au Luxembourg

Gino Antoine, 48 ans, est «Personal Trainer» au Domaine Thermal au Luxembourg. Plusieurs fois champion de Maurice dans les années 90, dans différentes spécialités de l’athlétisme, il finit par se spécialiser dans le décathlon. Il sera vice-champion d’Afrique dans les épreuves combinées en 1992.

Entraîneur d’athlétisme également, Gino Antoine travaille toujours de temps en temps avec ses amis entraîneurs au sein de NEAT. Il a entraîné le Celtic Diekirch au Luxembourg pendant quinze ans. Il a emmené le club en Champions League dans le secteur de l’athlétisme. Le Celtic Diekirch a été huit fois d’affilée champion du Luxembourg. Ne pouvant le propulser plus haut, Gino Antoine s’est retiré de l’athlétisme il y a quatre ans maintenant, estimant qu’il avait atteint l’objectif qu’il s’était fixé.

Gino Antoine est père d’une fille de 19 ans.

Carte de visite 

Devise fitness :

Un bien-être de compétition par un entraînement de haut niveau.

Fan de :

Training fonctionnel et minceur : améliorez vos performances cardio et votre condition physique générale par des mouvements du corps naturels et techniques, afin de renforcer la stabilité, la mobilité et la coordination naturelles de votre corps.

Toujours partant pour :

Privilégier un esprit ludique pour aider les gens à rester déterminés et centrés sur leurs objectifs.

Aventures professionnelles :

Coach fitness personnel spécialisé dans le conditionnement physique des athlètes de haut niveau (training individuel ou en équipes), entraîneur d’athlétisme (Celtic Diekirch et équipe nationale du Luxembourg) depuis 2001.

Histoires d’entraînements :

Études à l’INSEP (Institut national des sports et de l’éducation professionnelle) de 1989 à 1996 ; premier au Championnat national junior de courses de haies (1991) ; deuxième au décathlon lors des Championnats africains d’athlétisme (1992) ; deux participations aux Jeux olympiques (Barcelone en 1992 et Atlanta en 1996) pour le décathlon.

Diplômes :

BEE (Brevet d’État d’Entraîneur) d’athlétisme (Paris, France) ; certificat Paul Chek (San Diego, USA) ; certification d’entraîneur fitness personnel de la Fitness Academy (Bruxelles, Belgique) ; certification Nutrition Actiweight (Allemagne).

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