Dr Shyam Manraj: «Zéro nouveau cas détecté ne veut pas dire que la guerre anti-Covid est gagnée»

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Dr Shyam Manraj est le directeur du laboratoire central de Candos.

Dr Shyam Manraj est le directeur du laboratoire central de Candos.  

Le laboratoire central de Candos s’est transformé en véritable fourmilière depuis l’annonce des premiers cas confirmés du nouveau coronavirus à Maurice. En moyenne 600 dépistages sont effectués par des techniciens par jour. Ils demeurent la pièce maîtresse dans la lutte contre le virus mortel.

Les premiers cas confirmés ont été annoncés par le Premier ministre le 18 mars dernier. Quand les tests ont-ils démarré au pays ?
Les premiers cas du Covid-19 ont été déclarés en Chine à la fin de décembre. À partir de la mi-janvier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a validé le test Polymerase Chain Reaction (PCR) comme moyen de dépistage du virus. Nous avons commencé à préparer l’équipe et un microbiologiste a fait le déplacement en Afrique du Sud fin janvier pour prendre connaissance de la méthodologie. Les tests ont débuté à Maurice dès le début de février. Nous en avons fait tous les jours, jusqu’au 18 mars, où sur sept échantillons analysés, trois se sont révélés positifs.

Comment l’équipe s’est-elle organisée pour faire face à ce nouveau contexte ?
Le personnel a dû être redéployé. Nous nous sommes alignés sur les recommandations de l’OMS. Pour augmenter la capacité de dépistage, au moins huit laborantins qualifiés et formés effectuent deux à trois shifts par jour. Ils sont supervisés par des «clinical scientists» et deux microbiologistes.

Des cadres, des «support staff» et des employés d’autres départements d’analyse, qui, depuis, fonctionnent à une vitesse réduite, contribuent également à la bonne marche du service. Ensuite, nous gérons le personnel de sorte qu’il y ait des temps de repos. Nos employés sont également équipés de matériel de protection comme préconisé par l’OMS.

Nous avons établi une liste de laboratoires complémentaires au cas où celui de Candos serait débordé. Déjà, le ministère de la Santé a donné l’autorisation au laboratoire de Wellkin Hospital de faire des tests et des discussions sont en cours avec d’autres établissements pour finaliser les modalités de coopération en cette période d’état d’urgence sanitaire.

Un premier extracteur est arrivé dimanche. Quelle est son utilité ?
Effectivement, nous avons reçu un extracteur automatique de l’Afrique du Sud dimanche, un deuxième devrait arriver bientôt. Il faut comprendre que le test de référence pour détecter le Covid19 est le PCR. Des prélèvements sont effectués au niveau de la gorge ou du nez et les écouvillons (swabs) sont placés dans un flacon avec un liquide (Viral Transport Medium). La première étape consiste à y extraire le «Nucleic Acid». Jusqu’à présent, ce procédé était fait manuellement.

La deuxième étape consiste à amplifier ce matériel sur l’appareil PCR, pour ensuite finalement mettre en évidence des gènes spécifiques du virus SARS- CoV-2. Avec l’extracteur automatique, le premier volet du «testing» pourra se faire avec une intervention humaine minimum, ce qui non seulement soulagera le personnel, mais permettra également de gagner du temps. Cette machine peut effectuer 96 extractions à la fois. Là nous arrivons à faire entre 500 et 600 dépistages par jour mais avec l’apport de la technologie, nous pourrons passer à environ 1 000 tests au quotidien.

Lors de la conférence de presse lundi dernier, le ministre de la Santé, le Dr Kailesh Jagutpal, a indiqué que l’appareil n’était pas encore opérationnel. Est-ce toujours le cas ?
Oui car les consommables nécessaires à l’utilisation de l’extracteur ne sont arrivés qu’aujourd’hui (NDlR : jeudi), en provenance d’Amsterdam. Nous ferons l’installation et le «commissioning» dans les plus brefs délais et espérons pouvoir le mettre à contribution dès dimanche ou alors lundi matin.

Quid de la fiabilité des tests, quid des interrogations ?
Comme je l’ai dit plus haut, nous effectuons des dépistages depuis février. Les contrôles de qualité, internes et externes, se font tous les jours. Les premiers échantillons positifs ont été obtenus de l’Afrique du Sud et de l’Allemagne. Nous repassons régulièrement les «positive controls» et «negative controls» et cela, dès le début, pour s’assurer que la corrélation soit de 100 %.

Par rapport au Viral Transport Medium (VTM), il faut comprendre que cette solution peut être préparée localement mais les nouveaux «swabs» que nous avons reçus sont accompagnés d’un flacon avec du VTM. Par ailleurs, les réactifs fournis par Jack Ma sont fabriqués en Chine mais par une compagnie sous licence allemande, selon des normes internationales. Ce ne sont pas les seuls que nous utilisons, nous en avons reçu de l’Afrique du Sud aussi.

La prolifération d’un tel virus à Maurice, est-ce bien une situation inédite ?
Bien sûr. Auparavant le laboratoire a dû faire face aux chikungunya, dengue, Ebola/Zika et autres H1N1 et MERS–CoV. Mais une pandémie de la sorte reste une expérience unique pour nous tous.

En 34 années de carrière, je n’ai jamais connu une situation de confinement national, couplé d’un arrêt presque complet des activités économiques. Nous avons vécu une période difficile pour faire venir nos besoins en appareils et réactifs de laboratoires de divers pays d’origine. Finalement on a réussi à tout acheminer à temps grâce à des vols dédiés.

En tant qu’expert et étant au cœur même des analyses, que pouvez-vous nous dire au sujet de ce virus ?

Nous avons affaire à un virus très contagieux, avec un certain degré de sévérité et de mortalité. Il n’y qu’à faire un relevé des pays qui ont déclaré des cas confirmés – ils sont presque 200 – pour comprendre à quel point le Covid-19 se transmet facilement au niveau mondial. Il a sévèrement touché les pays d’Europe, maintenant les États-Unis. Nous sommes une petite île mais le gouvernement a pu prendre les bonnes mesures très tôt.

Zéro nouveau cas détecté durant les derniers jours ne veut pas dire que la guerre anti-Covid est gagnée. C’est une petite victoire. Il ne faut pas baisser les gardes. Le port du masque doit être obligatoire même après le confinement, dans les lieux et transports publics, comme à Hong-Kong et ailleurs. Et il faut absolument maintenir la distanciation sociale.

Comment interpréter ces 324 cas confirmés quand on sait que de nombreuses personnes ne présentent aucun symptôme ?
Ce chiffre a été obtenu sur plus de 9 000 tests PCR effectués à ce jour. On a ratissé large en termes de «contact tracing». Ces 324 cas représentent le sommet de l’iceberg et le prochain objectif est de tester les patients visitant les «Fever Clinics» car la fièvre reste un symptôme fréquent chez les individus contaminés par le SARS-CoV-2. Ensuite un échantillonnage au niveau de la population en général serait bienvenu en sachant que certaines personnes contaminées peuvent rester asymptomatiques.

À travers cette méthodologie, on aura une meilleure idée de l’ampleur de l’infection virale et de l’immunité nationale par la suite, en pratiquant d’autres tests rapides sérologiques fiables qui arrivent sur le marché prochainement. On a contrôlé la première vague de l’épidémie et la stratégie est maintenant de se tourner vers la communauté. 

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Quand prendra fin le lockdown ? A Maurice, le couvre-feu devait prendre fin le 2 avril mais il a été étendu jusqu’au 4 mai. Maurice a, entre-temps, enregistré pas moins de neuf décès. Voici notre deuxième série de dossier sur le Covid-19 pour cette deuxième période de confinement.

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