Vassen Kauppaymuthoo: «Ce que les scientifiques ont tenté de faire en matière de protection de la biodiversité marine se fait naturellement»

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Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement.

Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement.

Le ralentissement économique contribue à une atmosphère moins polluée et à la régénération des espèces marines. Ainsi, la diminution des activités humaines a un impact positif sur les océans.

C’est le «lockdown» dans plusieurs pays au monde. Quel impact notez-vous sur les océans ?

On remarque, à travers le monde, que les écosystèmes sont en train de se régénérer suivant le lockdown de plus de 3 milliards d’humains, un état lié à la pandémie du coronavirus. Jamais dans l’histoire de l’humanité autant d’humains n’avaient été privés de leur liberté de mouvement à cause d’un virus, et jamais la terre et les océans n’ont pu se reposer autant pour se régénérer. 

 Qu’est-ce qui aide à cette régénération ? 

Le fait qu’il n’y ait plus d’activités touristiques. Les bateaux de croisière sont à l’arrêt. Les avions cloués au sol. Les usines fermées. Les voitures sont au garage et, tout à coup, le monde s’est mis à l'arrêt. Les premiers signes ont été révélateurs. On a noté une brusque diminution des polluants atmosphériques. Dans les grandes villes, on a pu commencer à lever la tête et à observer l’éclat des étoiles, voir et écouter les oiseaux chanter, les animaux sauvages se promener librement dans les forêts et à la lisière des villes. 

 Quel est l’impact de la diminution des activités humaines sur les océans

Cette diminution a eu un impact extraordinaire. L’eau des lagunes de Venise est redevenue translucide. Les mammifères marins comme les dauphins ont commencé à reconquérir les mers, loin de la pollution sonore et de l’agression des humains, qui les prennent pour des animaux de foire. Les bancs de poissons sauvages sont soumis à moins de pression des bateaux de pêche. Il n’y a plus de piétinement des coraux et la nature reprend ses droits. 

Qu’en est-il de Maurice et de sa biodiversité marine ? 

L’impact est également important chez nous : plus d’activités touristiques, moins d’effluents, moins de pression sur les ressources marines, et nos lagons qui recommencent à respirer, nos coraux à repousser, les poissons foisonnent, la qualité de l’eau de la mer s’en trouve améliorée. Tout ce que les scientifiques essayaient de faire depuis tant d’années, à savoir créer des aires marines protégées, est en train de se faire naturellement sous nos yeux. La nature, la terre, les océans ont besoin de repos pour se régénérer, exactement comme nous avons besoin de dormir pour que nos cellules se régénèrent. De plus, nous avons créé un immense parc marin, de force, et jamais nous n’aurions pu imaginer l’aspect néfaste de ce projet. 

Que reprochez-vous à ce parc marin ? 

Pendant de nombreuses années, j’ai prôné le développement de l’économie bleue et de la biotechnologie, de la sauvegarde de la biodiversité marine alors que d’autres croyaient encore pouvoir reproduire des méthodes dépassées et destructives de l’élevage intensif de poissons à travers l’aquaculture, qui provoque l’apparition de maladies et détruit notre milieu marin sur île, qui possède une biodiversité marine unique. N’avons-nous pas assez de poissons sauvages dans nos océans si nous les protégeons ? Je crois aujourd’hui que notre salut viendra des océans, de ces organismes marins, qui produisent des molécules aux propriétés médicinales formidables. 

Nous faisons face à un défi sans précédent : comprendre qu’il nous faut agir différemment et maintenant. Selon vous, est-ce possible d’évoluer vers une économie décarbonée, respectueuse de l'environnement et protectrice de notre biodiversité ?

Ce sera notre vrai défi, car d’autres épreuves nous attendent dans les décennies à venir. Certains scientifiques tirent même la sonnette d’alarme sur des épidémies futures encore plus graves, liées à la destruction de la biosphère. La protection de notre environnement est directement liée à la protection de notre civilisation ! Le cri de tous les écologistes sur l’urgence climatique, l’urgence écologique, la destruction de la biodiversité terrestre a été vain, mais la peur de la pandémie du Covid-19 nous a forcés à stopper des activités destructrices à l’égard de l’environnement. Trop longtemps, nous avons fermé les yeux sur la nécessité de sauvegarder la diversité de la vie, la biodiversité, nos forêts, nos océans et ceci, pour notre futur. 

 Quelles leçons pourrait-on tirer de la situation actuelle ? 

Servons-nous de cette période de confinement pour réfléchir et créer un monde meilleur, pour nous préparer à la transition écologique, pour développer des valeurs humaines universelles, car il nous faut sortir de cette épreuve grandis et meilleurs.

 
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