Covid-19: «J’ai vu mes collègues être testés positifs l’un après l’autre»

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Le jeune homme qui témoigne fait partie des employés mauriciens d’un bateau de croisière, rentrés au pays le 17 mars et placés en confinement depuis.

Le jeune homme qui témoigne fait partie des employés mauriciens d’un bateau de croisière, rentrés au pays le 17 mars et placés en confinement depuis.

Âge : 25 ans. Quarantaine: J 11. Centre récréatif, Pointe-aux-Sables. J’habite au nord de l’île. Je suis arrivé à Maurice le mardi 17 mars, à midi et demi.

Oui, je fais partie de ce groupe d’employés de bateau de croisière qui vociféraient face aux policiers masqués à l’aéroport, dans une vidéo diffusée sur Facebook, ce jour-là. Vous savez pourquoi, vous qui nous critiquez ? Je vais vous le dire. Trois jours auparavant, le 15 mars, à Punta Cana, en République Dominicaine, quelque 90 employés comme moi ont embarqué à bord d’un avion spécialement affrété par notre employeur pour ses clients et son personnel. Juste avant, cela faisait une semaine que notre paquebot, avec à son bord une clientèle principalement française, naviguait sans pouvoir jeter l’ancre aux différents ports d’escale prévus. Différentes autorités, comme celles de la Jamaïque, nous ont refusé l’autorisation d’accoster leur île respective.

Le seul choix était donc de faire demi-tour et rentrer au port de départ, à Punta Cana. De là, un avion nous a transportés à Paris Charles de Gaulle dans la nuit du 15 au 16 mars. Notre vol à destination de Plaisance était programmé à 22 h 30, le 16 mars. Ce qui nous a fait une escale de... 16 heures. À Paris, l’aéroport grouille de monde. Tous les commerces sont fermés. Comme d’autres du groupe, j’en profite pour recharger la batterie de mon téléphone pour pouvoir garder contact avec la famille. Le ventre vide, affalé sur un banc dans le hall de départ, j’essaye de fermer l’œil.

Mardi 17 mars. Aéroport de Plaisance. Bientôt quatre heures depuis que notre avion a atterri et que je suis passé par le détecteur thermique et un autre dépistage manuel de température, qui n’ont rien signalé d’alarmant. On nous sert enfin une bouteille d’eau et un petit paquet de biscuits salés.

Ça, c’est après que le groupe a fait éclater son exaspération en direct sur Facebook. Une crispation occasionnée par l’interminable attente et l’incompréhension qui nous animait étant donné que nous ne présentions aucun symptôme de Covid-19. Rien n’y fait. La quarantaine s’impose.

Je tiens à peine sur mes genoux. Certains de mes collègues dorment à même le sol. Ma montre affiche 19 heures lorsqu’on nous demande enfin d’embarquer à bord d’un autobus. La majorité d’entre nous sera véhiculée au centre récréatif pour personnes âgées à Pointe-aux-Sables et une poignée dans un centre de quarantaine, à Belle-Mare.

La route pour Pointe-auxSables semble si longue. Il est 20 h 30 à notre arrivée. On nous montre notre chambre. Pas de salle de bain attenante. Nous serons trois à la partager. Tout comme la serviette.

Le premier soir, le dîner est servi à 21 h 15. Au menu, un plat qui revient souvent depuis : riz accompagné de dholl, patole et du poulet. On dîne dans la chambre.

Mercredi 18 mars. Chaque jour qui se lève se ressemble dans ce centre. La prise de température deux fois par jour est devenue un rituel. Je n’ose pas appeler la famille tous les jours pour qu’elle ne s’inquiète pas plus que ça.

Le matin, je range ma chambre avant de retrouver les autres à la cantine pour le petit déjeuner. Nous avons également reçu des masques. Comme c’est rationné, ce n’est pas avant trois jours qu’on en aura un autre.

Vendredi 20 mars. Un d’entre nous a été conduit à l’hôpital de Souillac. Quatre autres l’ont rejoint en début de semaine. Un seul est retourné au centre à Pointe-aux-Sables depuis. Un de mes amis à Souillac, avec lequel je suis en contact virtuel, se pose plein de questions. Il dit ne pas être fiévreux, voire qu’il pète la forme mais qu’il n’arrive toujours pas à expliquer comment ce satané virus a pu se retrouver dans son corps.

Mercredi 25 mars. Ce qu’on redoutait est arrivé. Tous au centre ont été appelés à se soumettre à un prélèvement de gorge. Les résultats devraient nous être communiqués dans les prochains jours.

Jeudi 26 mars. Il est 21 heures. Un véhicule est venu récupérer 14 d’entre nous. L’on nous affirme que ces derniers seront conduits dans un centre, à Pointe-aux-Piments. Plus tôt, à la télévision, le Premier ministre a annoncé que le nombre de cas positifs au nouveau coronavirus a franchi la barre de 81 malades et que parmi les nouveaux cas figurent des gens en quarantaine. L’on apprendra par la suite que les 14 de notre groupe ont été testés positifs au virus.

Après leur départ, un nouveau groupe de huit personnes a débarqué au centre, vers 23 h 30. Tous, masque sur le nez, nous avons quitté notre chambre pour nous y opposer, faisant valoir qu’on ne souhaite pas courir le risque d’accueillir ceux dont on ne connaît pas l’historique de voyage. Notre position est ferme. Au point où les huit nouvelles personnes et les officiels les accompagnant ont dû rebrousser chemin. Sauf que je ne sais pas de quoi sera fait les prochains jours.

Pas un seul instant sans que je ne me repasse ceci dans la tête : en janvier, en me lançant pour la première fois dans cette aventure tant rêvée à bord d’un bateau de croisière, qui aurait dit que cela se terminerait en cauchemar ? Moi, qui chéris le rêve d’ouvrir un restaurant dans mon pays natal un jour, me retrouve aujourd’hui confiné et chômeur. Tou dan lame laola. Je ne sais pas si je serai moi aussi dépisté positif...

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Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a mis le pays sous confinement à partir de vendredi 20 mars, 6 heures du matin. Pour finalement annoncer un couvre-feu, à compter de lundi 23 mars, 20 heures. Comment se protéger ? Comment la situation évolue-t-elle à travers le pays ? Comment réagissent les Mauriciens ?  Voici notre dossier sur lexpress.mu

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