Plantes envahissantes: des prédateurs qui tuent notre flore locale

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L’aloès est très envahissant sur les pentes de montagnes en milieu sec et ensoleillé. D’autres comme la ravenale prolifère dans la végétation basse à forte pluviométrie.

L’aloès est très envahissant sur les pentes de montagnes en milieu sec et ensoleillé. D’autres comme la ravenale prolifère dans la végétation basse à forte pluviométrie.

Les plantes exotiques envahissantes sont la plus importante menace qui pèse aujourd’hui sur notre flore locale. Elles poussent dans la forêt et empêchent les plantes indigènes de se régénérer en bloquant leur croissance, floraison, ou fructification. Ces plantes proviennent de différentes régions du monde et lorsqu’elles commencent à pousser à Maurice, elles se développent et font concurrence aux espèces locales. Il y a plusieurs facteurs pour l’expliquer: au niveau local, leurs prédateurs naturels ne sont pas présents. Nos forêts locales sont fortement perturbées par des années d’impacts humains et ces plantes envahissantes trouvent des conditions climatiques favorables où elles peuvent prospérer, explique Kevin Ruhomaun, directeur du National Parks and Conservation Service (NPCS).

Il cite certaines des espèces posant le plus problème comme la goyave de Chine, le troène, la liane cerf entre autres. «Nous avons un programme important avec le NPCS pour contrôler ces plantes envahissantes dans les parcs nationaux. Nous les enlevons manuellement dans des zones sélectionnées pour permettre à la forêt indigène de se reconstituer.» Il ajoute que les plantes envahissantes s’étendent sur plus de 500 hectares dans les parcs nationaux. Ce processus de déracinement est très coûteux et prend beaucoup de temps. De plus, les graines des plantes indigènes restantes sont multipliées dans les pépinières, puis replantées dans certaines zones où les espèces exotiques envahissantes ont été arrachées.

Un protocole a aussi été mis au point avec l’université de Maurice pour qu’un herbicide contenant une substance active, le triclopyr, connu sous différentes marques comme garlon entre autres, soit utilisé dans certaines zones du parc. «La méthode d’application garantit que l’effet sur les zones attenantes à la plante soit minime. L’herbicide n’est pas pulvérisé mais appliqué sur les souches fraîchement coupées à l’aide d’une peinture pour minimiser l’effet du produit sur les autres espèces», souligne-t-il. «Des études à court terme démontrent des effets minimes et le NPCS a obtenu un financement pour mener une étude à long terme afin de déterminer si le triclopyr a des effets secondaires sur la biodiversité environnante», a ajouté Kevin Ruhomaun.

Vincent Florens, écologue, explique que les plantes envahissantes ont la capacité de se propager dans un milieu et de modifier la structure, la composition et le fonctionnement de ce milieu de façon nuisible et irréversible s’il n’y a pas d’intervention pour la contrôler. Un autre problème est que certaines invasions favorisent les feux de brousse, qui, à leur tour, brûlent et tuent la végétation autour d’elle. «Prenons l’exemple de l’herbe polisson (Heteropogon contortus), une espèce introduite à Maurice, qui envahit les milieux plutôt secs comme les pentes de montagnes autour de Port-Louis. Elle entre en compétition racinaire avec les plantes indigènes, réduisant ainsi leur croissance, mais plus grave encore, pendant la saison sèche, ses nombreuses feuilles séchées prennent facilement feu.»

D’autres plantes comme, l’eucalyptus, assèchent les rivières affectant ainsi la vie aquatique. Elles peuvent aussi abriter des pathogènes, qui se transmettent ensuite aux plantes indigènes, entraînant de ce fait leur perte.

Parfois, les plantes envahissantes peuvent aussi s’hybrider avec des plantes indigènes proches au point de provoquer leur disparition. Il arrive aussi que les plantes envahissantes attirent les pollinisateurs ou frugivores des plantes indigènes, et de ce fait, affaiblissent la capacité des plantes indigènes à se reproduire à travers une production et une dissémination réduites de graines.

Ce ne sont pas des cas isolés. Les plantations de légumes sont également affectées par ces plantes envahissantes. Prakash Dowlut, planteur, confie que durant ces derniers jours qui ont été pluvieux, il n’était pas possible de contrôler la pousse des plantes sauvages. «Il faut attendre les jours ensoleillés pour les enlever manuellement ou avec les herbicides. Certaines sont même résistantes aux herbicides. Mais ce dernier peut être néfaste pour la plante adjacente. Elles sont aussi des réservoirs pour les pestes.» Ces lianes poussent sur les autres plantes et finissent par les étouffer.

Auparavant, certaines de ces plantes sauvages étaient données aux animaux comme des boucs, vaches, lapins. Au fil du temps, l’élevage a diminué et les plantes envahissantes ont continué à proliférer. «Autrefois, dans les années 70, presque tout le monde nourrissait des animaux. Or, de nos jours, on n’utilise plus ces lianes filantes. Elles poussent davantage en été en raison de la pluie», relate Lallchand Guckhool, ancien éleveur. Les plus embêtantes, dit-il, «sont l’herbe éléphant, l’herbe d’argent, l’herbe pop pop» entre autres.

Les plantes envahissantes ont contribué à la perte de nos forêts protégées

En général, une plante envahissante est souvent une espèce introduite délibérément ou accidentellement dans le milieu qu’elle envahit. N’étant pas dans son milieu d’origine, elle a peu ou pas d’ennemis naturels capables de réguler sa croissance. Pas d’insectes pour piquer ses graines, pas de chenilles pour manger ses feuilles etc. Du coup, elle pousse vite et se propage démesurément, surtout relativement aux plantes indigènes qui, elles, ont tout un cortège d’ennemis naturels et qui, au fil d’une longue évolution, se sont adaptées pour se nourrir de leurs feuilles, fleurs ou graines etc., limitant ainsi leur croissance et leur reproduction. Au final, les plantes exotiques envahissantes poussent et se reproduisent plus vite que les indigènes et prennent le dessus sur celles-ci, le plus souvent à travers la compétition (pour l’eau, les minéraux, la lumière, les pollinisateurs etc.). C’est principalement de cette façon que les plantes introduites envahissant nos forêts indigènes comme le goyavier, l’arbre du voyageur, ou la liane cerf, ont contribué, en 68 ans, à la perte de la moitié des arbres de nos forêts protégées dans le parc national de Rivière Noire.

Les espèces dominantes et à problème

Dans ce qu’il nous reste de forets humides, c’est surtout le goyavier de chine (qui vient du Brésil), qui domine parmi les ligneux envahissants, à hauteur d’environ 95 %, suivi du Privet à 1.5 %. Il a aussi des espèces moins répandues mais plus localement dominantes, comme la cannelle, qui envahit principalement les forêts du sud-est (Ferney, Mt Camizard etc.). La liane cerf pose particulièrement problème dans la mesure où elle envahit tout à la fois les forêts sèches comme à Trois Mamelles et les plus humides comme à Osterlog. Elle file à la cime des arbres et les étouffe sous un feuillage épais. L’arbre du voyageur ou la ravenale, qui nous vient de Madagascar, est une envahissante redoutable pour la végétation plus basse comme les fourrés à Pétrin, que le pin envahit aussi. L’aloès envahit surtout les zones plus sèches, rocheuses et ensoleillées comme les pentes de montagnes. Envahissant les écosystèmes aquatiques ou l’eau s’écoule lentement, il y a la jacinthe d’eau par exemple.

Les méthodes pour s’en débarrasser

Vincent Florens, favorise les ennemis naturels. Pour les écosystèmes naturels terrestres à Maurice, il plaide pour la lutte mécanique (coupe, arrachage, écorçage), associée à une utilisation ciblée d’herbicide. Une méthode qui marche bien avec l’arbre du voyageur ou la ravenale est de percer le tronc et d’y mettre un peu d’herbicide. Par contre, quoique relativement onéreuses, ces méthodes ne sont applicables que dans les zones accessibles. Pour les plantes situées loin des sentiers, dans les ravines, sur des pentes abruptes et sur des falaises peu accessibles, il y a le contrôle biologique, impliquant l’introduction d’ennemis naturels de la plante envahissante qu’on sera allé chercher dans son aire d’origine. Par exemple, l’arrivée accidentelle de la mouche bleue (Cibdela janthina) à Maurice, il y a quelques années, a pratiquement causé l’extermination du piquant loulou (Rubus alceifolius).

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