L’hôtellerie face au coronavirus: en quête de solutions avec le moins de répercussions

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Une alternative à la rareté et à l’absence de touristes sera un des plus grands défis auxquels les hôteliers seront confrontés.

Une alternative à la rareté et à l’absence de touristes sera un des plus grands défis auxquels les hôteliers seront confrontés.

Personne n’était prêt à relever les défis que le coronavirus pouvait poser, les opérateurs du secteur hôtelier mauricien encore moins. Ils ont été surpris et ont du mal non seulement à sortir la tête de l’eau mais surtout à faire la démonstration qu’ils ont une vision claire et nette de ce que leur réserve l’avenir. Cependant, face à la suspension de vols et l’annulation des réservations d’hébergement qui se traduiront par une réduction substantielle des recettes, les hôtels sont au pied du mur. Plusieurs groupes ont déjà annoncé la fermeture des établissements hôteliers ce mercredi 18 mars. 

Entre interrogations et incertitudes, les hôteliers sont résignés, voire condamnés à recourir à un plan visant à déceler les pistes pouvant potentiellement leur permettre d’atténuer l’impact de la pandémie du coronavirus sur leurs opérations et de rebondir dès que la situation s’éclaircira.

«Avec la décision des pays de l’Union européenne de fermer leurs frontières face au risque que constitue le coronavirus, il va sans dire que Maurice sera dans le même temps privé de sa principale source de recrutement de touristes. Si les hôtels se vident, il n’est pas interdit d’imaginer que certains opérateurs n’auront d’autre choix que de fermer leurs portes. Toutes les options sont à l’étude. Nous sommes en période de réflexion.»

L’auteur de cette déclaration n’est autre que Jean Michel Pitot, président du conseil d’administration de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) qui regroupe les opérateurs sans lesquels il manquerait un important maillon à la chaîne de service du secteur du tourisme.

Ajay Jhurry, président du conseil d’administration de l’Association of Tourist Operators, ne se fait plus d’illusion. «Comment voulez-vous que nous élaborions un plan lorsque le secteur hôtelier est au bout de la chaîne du tourisme international ?», concède-t-il. «Notre devenir dépend de la posture adoptée par les pays d’où nous puisons le gros de notre clientèle. Cependant, les circonstances exigent, que nous le voulions ou pas, de repérer un ensemble de facteurs susceptibles de nous aider à rebondir.»

Il estime que les pistes envisagées doivent être constamment revues en fonction de l’évolution de la situation sur le marché européen. «Il y a beaucoup de leçons à tirer des suites du coronavirus. Il ne faut plus parler de mondialisation mais de démondialisation. L’heure est à la recherche de l’autosuffisance dans autant de domaines que possible et à la mise en place d’un fonds pour parer à des imprévus comme le coronavirus.»

Il fait appel à la manifestation d’une forme de solidarité exceptionnelle. «Pourquoi ne pas recourir à un système de salaire qui déboucherait sur une réduction du salaire de ceux qui touchent beaucoup plus que le minimum envisagé ?»

Asso Khuttur, propriétaire de l’hôtel Asso Villa à Belle-Mare, se trouve parmi les premiers opérateurs à être affectés directement par le coronavirus. Asso Villa est à ce jour vide. Pour cause. L’Italie, qui a été durement touchée, est la principale pourvoyeuse de la clientèle de l’hôtel. «Quand on a fermé notre territoire aux Italiens j’ai perdu des clients et quand on a ouvert le centre de quarantaine de Belle-Mare, qui est à quelques pas de mon hôtel, ceux qui restaient sont tous partis. Les clients italiens qui avaient réservé demandent à être remboursés. Je ne sais pas comment je vais m’en sortir», déclare-t-il. Asso Khuttur dit espérer ne pas devoir fermer son hôtel.

La clientèle mauricienne

L’hôtel Intercontinental refuse de donner gain de cause au coronavirus en cédant à la fatalité et à la panique. L’optimisme repose sur le principe que toute situation dramatique impose la recherche de possibilités alternatives. 

«L’hôtel va continuer à opérer comme d’habitude car la clientèle ne va jamais baisser de 100 % à 0 %. Le recours à d’autres marchés prometteurs tels que ceux de l’Afrique du Sud et de l’Australie», affirme Jiri Benes, directeur Marketing et Sales de l’hôtel.

Dans les temps difficiles, la clientèle mauricienne pourrait constituer une alternative à portée de main. L’hôtel Intercontinental ne compte pas s’en priver. L’hôtel en a fait l’expérience lors du dernier week-end puisque 80 clients mauriciens n’ont pas hésité à s’y retrouver.

Un autre hôtelier du Nord compte aller plus loin dans le renforcement de sa capacité à attirer la clientèle mauricienne après l’impact désastreux des mesures restrictives à l’égard de la France et de La Réunion sur ses opérations. Il s’est confié à l’expertise de Marideal, société spécialisée dans le service de réservations dans les hôtels en ligne.

L’hôtelier se frotte déjà les mains. Mais cela n’a pas duré longtemps. Les Mauriciens hésitent à sauter sur l’occasion.

«La semaine dernière nous avions 18 chambres remplies avec des Mauriciens mais maintenant nous n’avons pas un seul client d’ici.» Le propriétaire envisage d’avoir recours à une mesure que lorgnent plusieurs autres opérateurs. Il s’agit d’inviter les employés à prendre les 22 jours de congé annuel auxquels ils ont droit et à ceux qui ne bénéficient pas encore de ce congé d’assurer le service.

François Venin, Chief Sales & Marketing Officer de Beachcomber, un des plus grands groupes hôteliers du pays, a du mal à cacher son inquiétude. «L’impact financier sur les opérations va être considérable pour les prochains mois. Des mesures draconiennes ont été prises afin de réduire les dépenses, de protéger la pérennité de l’emploi et d’assurer le flux de liquidité. Il n’y a pas de plan B. Le support financier des autorités est essentiel», explique-t-il.

Un hôtel de l’Est envisage, dans un premier temps, d’avoir recours à un plan de mise au chômage technique pour ensuite fermer carrément boutique. Un autre trois-étoiles de la même région explique qu’à partir d’aujourd’hui, 17 mars, seulement trois des 16 chambres disponibles seront occupées.

Le gérant n’envisage pas pour autant de fermer définitivement boutique même si à partir de la semaine prochaine, il n’y aura plus de clients. Il compte demander à ses employés de prendre leur congé annuel. Il en profitera pour faire de l’entretien.

La situation des relations industrielles dans les hôtels n’est pas pour plaire tant à Atma Shantoo, président du Front des travailleurs unis, qu’à Reaz Chuttoo, porte-parole de la Confédération des Travailleurs du secteur privé (CTSP). Les deux syndicalistes déplorent, dans les circonstances actuelles, que la direction de nombre d’hôtels et de grands groupes hôteliers tente de les exclure de toute consultation avec les travailleurs en vue de trouver des formules susceptibles d’aider à atténuer l’impact du coronavirus sur les opérations.

Atma Shanto est d’avis que cette situation requiert, pour une fois, que les mouvements syndicaux mettent de côté leurs divergences afin de constituer un front commun pour mieux défendre l’intérêt des travailleurs.

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