Dr Sunil Gunness: «Les maladies cardiaques toujours le number 1 killer à Maurice»

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Dr Sunil Gunness, directeur du Cardiac Centre et président de la Heart Foundation.

Dr Sunil Gunness, directeur du Cardiac Centre et président de la Heart Foundation.

Malgré toutes les campagnes de prévention, les maladies cardiaques tuent toujours autant de Mauriciens et les malades rajeunissent. Le Dr Sunil Gunness, directeur du Cardiac Centre et de la Cardiac Society explique pourquoi on en est là et évoque une avancée technologique en matière du diagnostic des maladies du cœur.

Les maladies cardiaques sont-elles en baisse ?
Pas du tout. Le nombre de malades cardiaques est resté quasi inchangé mais deux facteurs ont changé : les maladies cardiaques affectent aujourd’hui une population plus jeune, soit les 40 à 45 ans alors que dans le passé, c’était la tranche d’âge des 65 à 70 ans, qui était plus touchée. Ensuite, la gravité de ces maladies s’est accentuée. En Europe par exemple, les gens commencent à être malades avec une artère bouchée. Ici, les patients que je vois pour la première fois présentent trois à quatre artères bouchées et c’est d’emblée très grave. Et ces jeunes sont déjà économiquement actifs et lorsqu’ils doivent subir une chirurgie cardiaque, leur productivité est diminuée par la suite.

Sont-elles toujours le tueur no 1 à Maurice ?
Oui, c’est toujours le cas. Au Cardiac Centre, on pratique ces temps-ci cinq à six cas de chirurgie à cœur ouvert par jour, 15 angiographies dont cinq à six angioplasties avec pose de stents au quotidien alors qu’autrefois, on pratiquait une à deux chirurgies à cœur ouvert au quotidien. Et malgré ça, on n’arrive pas à écourter la liste d’attente. Mais le temps d’attente a diminué. Aujourd’hui, un malade attend six semaines à deux mois pour être opéré alors qu’autrefois, c’était trois à quatre mois qu’il lui fallait attendre. Les malades à qui l’on dit d’attendre six semaines à deux mois pensent qu’ils vont mourir entre-temps. Or, tel n’est pas le cas. Nous savons qui doit être opéré d’urgence et qui peut attendre. On donne ce temps d’attente pour que le malade fasse des efforts pour maigrir, pour qu’il change ses habitudes alimentaires et autres.

Cela signifie-t-il que toutes les campagnes de prévention orchestrées jusqu’ici ont été un coup d’épée dans l’eau ?
Il y a eu énormément de campagnes de prévention, c’est vrai. Avec la Heart Foundation, le ministère de la Santé a fait La Route du Cœur sur une page Facebook et sur cette page, en sus des vidéos, nous avons fait passer bon nombre de messages de prévention. Cette page a reçu 100 000 Followers et de très bons échos. Mais dans la pratique, il est très difficile pour les gens de modifier leurs habitudes. Et c’est pareil dans d’autres pays. Il y a 15 jours, la Cardiac Society a organisé un congrès international de cardiologie au Hilton et les cardiologues anglais présents l’ont aussi dit. Ce qui me rend le plus malheureux, c’est de voir qu’une personne que j’ai opérée et ‘stentée’ continue à fumer après quelques mois et ne contrôle pas son poids. Je peux comprendre qu’il y a des gens qui soient encore ignorants du mode de vie sain à adopter mais pas la personne qui a frôlé la mort, qui a été dilatée ou opérée et qui au bout de huit mois reprend ses mauvaises habitudes. C’est ainsi pour six patients sur dix qui passent au Cardiac Centre. Ils ne réalisent pas que la médecine de pointe a un coût, même si pour eux, elle est gratuite. Une angioplastie avec pose de stent coûte à l’État mauricien Rs 250 000 alors qu’il faut compter Rs 450 000 à Rs 500 000 pour une chirurgie cardiaque. J’ai dû réopérer beaucoup de patients qui avaient déjà été traités et qui n’ont pas suivi les recommandations. L’information que l’on veut passer avec La Route du Cœur est que l’on peut éviter la maladie cardiaque par des choses très simples : savoir manger, savoir bouger et ne pas se stresser. Il faut s’alimenter en diminuant sa consommation de sucre, de sel, en mangeant des fruits, des légumes, en évitant les fast-foods comme le poulet frit, le dholl puri, le riz frit, le briyani, les gajacks comme les gâteaux piments et autres samoussas, en évitant l’alcool si possible ou en en buvant très peu, en stoppant la cigarette. Et si un jour, on a exagéré sur une de ces choses, on se rattrape le lendemain. Nous ne demandons pas aux gens de changer leurs habitudes d’un coup mais d’être responsable et de diminuer tout ce qui doit l’être et progressivement d’introduire dans leur alimentation le pain brun qui est subventionné par l’État au lieu du pain blanc, du riz complet au lieu du riz blanc, de manger du couscous et du kinoa deux fois la semaine et beaucoup de grains secs. Il faut inculquer cette nouvelle façon de manger et de vivre dans chaque famille. Il faut aussi pratiquer une activité physique, que ce soit le brisk walking, le jog walkingou la marche pendant 30 minutes au rythme de tout un chacun, l’essentiel étant de mouiller son t-shirt. Et contrôler son stress.

Le stress est-il l’élément le plus difficile à contrôler ?
J’attache beaucoup d’importance au stress car nous sommes un peuple angoissé. Les gens ont du mal à joindre les deux bouts, la vie est difficile. Mais au travail, il faut faire des pauses, savoir tourner la page et relativiser les événements et ne pas se mettre en colère à tout bout de champ. Il faut dormir huit heures par jour car le corps doit récupérer. Il faut faire une coupure dans la journée et ne pas manger devant son ordinateur ou le faire en répondant au téléphone. Tout le monde a une heure de déjeuner et il faut sortir un peu et aller marcher. Si vous travaillez à Port-Louis, sortez, allez au marché ou allez faire du lèche-vitrines dans votre heure de déjeuner. Et lorsque vous savez que vous avez une réunion difficile, il faut vous préparer mentalement au préalable pour ne pas être pris de court par les impondérables. Il faut éviter de se faire engueuler par son patron, éviter d’être pressé toute la journée, arrêter de courir derrière le monde car si vous ne faites pas attention, vous serez cardiaque. Un autre facteur inquiétant est l’isolation. Autrefois, lorsqu’une personne avait un problème, elle en parlait à un membre de sa famille, à un proche, un ami, à un prêtre. En Europe, le prêtre a été remplacé par le médecin de famille. Mais à Maurice, les gens ont honte de s’épancher et n’ont pas d’exutoire. Ils vont dormir avec une tonne de soucis en tête et ça, ça finit par les tuer.

Il n’est pas rare aujourd’hui d’entendre dire qu’une personne prise de malaise s’est rendue à l’hôpital où on lui a fait un électrocardiogramme dont le résultat était clair et deux heures après qu’elle soit rentrée chez elle, cette personne est morte. Comment l’expliquez-vous ?
Cela se produit parce que les méthodes d’investigation ne sont pas fiables à 100 %. Un électrocardiogramme est fiable à 25 % et un stress test à 40 %. Le seul test fiable à 100 % est l’angiographie, qui est la Rolls Royce des tests mais qu’on ne peut pratiquer à tout bout de champ. Au cours du congrès sur la cardiologie il y a 15 jours, j’ai présenté un article sur l’intelligence artificielle et son apport dans la fiabilité du diagnostic de l’électrocardiogramme. Avec l’IA, on peut améliorer un diagnostic de 25 % à 97 %.

Comment cette technologie se présente-t-elle ?
C’est un équipement d’électrocardiogramme sophistiqué relié par Bluetooth à un ordinateur qui se connecte au Cloud. Lorsqu’un médecin lit un électrocardiogramme classique, celui-ci n’utilise que 25 paramètres. Avec l’apport du Cloud, c’est 3.2 millions de paramètres qu’il peut consulter. Et le génie derrière l’électrocardiogramme relié à l’IA est qu’il peut enregistrer l’activité électrique du cœur en trois dimensions alors qu’un électrocardiogramme classique ne peut le faire qu’en deux dimensions. De ce fait, avec l’IA, l’électrocardiogramme devient précis à 97 %. Cette technologie date de 2016/2017 et a été mise au point par un chercheur allemand. L’appareil s’appelle un cardisiography.

Quand sera-t-il disponible à Maurice ?
Ça va venir et très bientôt je l’espère et dans tous les départements des urgences. Ce sera une avancée extraordinaire pour dépister les maladies cardiovasculaires. Cet appareil peut déceler les maladies même lorsqu’elles sont au stade précoce. Comme il y a beaucoup de patients diabétiques, qui n’ont pas de symptômes même si la maladie est très avancée chez eux, cet appareil pourra la diagnostiquer. Cet équipement est déjà utilisé en Afrique du Sud, en Allemagne, en Suisse, au Royaume Uni, au Brésil et dans beaucoup d’autres pays européens. Pour notre population si atteinte, il faut ce genre d’appareils de diagnostic pour ne pas passer à côté de malades cardiaques.

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