Emplois: ces spécialisations en mal de compétences locales

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Les postes liés à la technologie et l’informatique peinent à être comblés par la main-d’œuvre mauricienne.

Les postes liés à la technologie et l’informatique peinent à être comblés par la main-d’œuvre mauricienne.

«Aujourd’hui, Maurice fait face à un manque d’expertises considérable. Par exemple, dans l’informatique, des compétences très pointues sont exigées comme les développeurs de logiciels, ceux spécialisés en langage de programmation comme le Hypertext Preprocessor (PHP) et en back end et front end, entre autres. En somme, tout ce qui est lié à la technologie constitue un casse-tête pour les employeurs qui n’arrivent pas à trouver les compétences voulues», affirme Thierry Goder. D’ailleurs, plusieurs entreprises les sollicitent, ayant épuisé toutes les ressources, précise le Chief Executive Officer (CEO) d’Alentaris.

En sus de l’informatique, les secteurs du numérique et de l’hospitalité sont en déficit de main-d’œuvre locale. «La liste des filières s’allonge. À part le textile et la manufacture, l’agriculture, le transport, les services à la personne et la médecine manquent de compétences», déclare Pradeep Dursun, Chief Operating Officer (COO) de Business Mauritius.

Par exemple, il constate un délaissement des opérations agricoles tant pour les fermes que l’élevage des animaux. «Le Mauricien ordinaire ne veut plus travailler la terre», indique-t-il. Il ajoute que le transport fait également face à une pénurie de chauffeurs qualifiés. Tout comme le «road haulage», soit de camionneurs pour le transport routier. Les logistiques requièrent également des compétences spécialisées mais aussi des normes spécifiques en termes de sécurité, entre autres, estime le COO de Business Mauritius.

Idem pour la filière médicale où une lacune est constatée dans le «nursing», le paramédical et les services à la personne ainsi bien que les services financiers. «Nous avons besoin de personnel qualifié pour prendre en charge les personnes âgées, handicapées et malades dans les homes, entre autres», poursuit-il.

Et à l’ère du «global business», des spécialisations en finances sont plus que jamais requises. L’hospitalité demeure une autre filière déficitaire en main-d’œuvre locale. Cependant, soutient Azad Jeetun, économiste et ancien directeur de la Mauritius Employers’ Federation, avec un brin d’optimisme, dans le tourisme, les gens sont toujours intéressés et se forment rapidement.

Nos ressources humaines locales laissent-elles aussi à désirer en qualité ? Pas forcément, estiment nos interlocuteurs. «Il est vrai que certaines futures recrues locales n’ont pas le niveau requis. Déjà, ils ne passent pas les tests d’aptitude et les épreuves techniques. Ce qui fait qu’ils ne sont pas convoqués en entrevue», dit le CEO d’Alentaris. D’après lui, cette faille vient du fait que le cursus universitaire n’est pas adapté aux réalités du marché. D’ailleurs, l’économiste évoque les efforts faits au niveau des instituts techniques et poly- techniques. «La main-d’œuvre en sortira qualifiée dans deux à trois ans. On est sur la bonne voie, mais il faut continuer les efforts en formation et éducation», suggère Azad Jeetun.

En mal de compétences, les acteurs de ces filières se dirigent vers des «sourcing countries», souligne Pradeep Dursun. Le recrutement international est particulièrement récurrent en production alimentaire et de meubles, la restauration d’hôtellerie, l’ingénierie et le développement durable, confie Aurélie Marie, Head of Recruitment and Communication à myjob.mu. Déjà, les jeunes Mauriciens boudent divers postes, surtout ceux d’ordre technique. «Nous avons aussi des postes clés de high management qui nécessitent des profils précis dans un domaine ou un type de projet. Ainsi, les étrangers auront un contrat à durée déterminée sur une mission ou le pilotage d’un nouveau projet», explique-t-elle.

De quels pays proviennent ces expertises que Maurice ne possède pas ? Azad Jeetun évoque des recrutements du côté de l’Afrique, l’Europe et l’Asie, entre autres, pour l’ensemble des secteurs. «Les Philippines aident surtout pour la filière médicale. Mais cette destination se prépare aussi pour les emplois dans les centres d’appels», déclare Pradeep Dursun. Le recours à l’international s’aligne davantage comme un créneau avec notamment des recrutements à Madagascar pour des spécialisations en in- formatique. «S’ils peuvent être au chômage dans leur pays, à Maurice, les Malgaches peuvent être embauchés par des multinationales implantées ici ou des structures locales», souligne Thierry Goder.

D’après lui, Maurice recrute également du Kenya qui dispose de très bonnes universités en ingénierie informatique ainsi que de La Réunion. Maintenant, prévient-il, tout est une question de salaire. Le montant pour des experts a largement augmenté puisque les employeurs veulent conserver les compétences à tout prix.

Jeunes recrues : leurs attentes et domaines de prédilection

«Il n’avait pas le School Certificate, ne possédait aucune expérience et voulait déjà avoir un salaire de Rs 35 000 pour un poste de manager en hôtellerie exigé en plus», raconte une responsable de recrutement. En faisant l’entrevue d’embauche d’un jeune candidat, elle était toute retournée par de telles exigences. En effet, plusieurs ne veulent pas commencer au bas de l’échelle et travailler pendant de longues heures, constate Azad Jeetun. Un manque d’humilité en entrevue est aussi constaté par Thierry Goder. «Beaucoup de candidats sont frustrés. Ils se comportent comme donneurs de leçon et se grillent en entretien. D’autres savent faire montre de leurs aptitudes simplement», précise-t-il. Mais à quoi aspirent ces jeunes Mauriciens professionnellement ?

«Pour le jeune, c’est simple, il a un cahier des charges à exécuter. Et qu’on le récompense pour cela. Il a besoin de stabilité et adore faire du sport, prendre du temps socialement», poursuit le CEO d’Alentaris. Le jeune ne vise pas des sommets hiérarchiques mais plutôt un «work life balance». D’où le fait qu’ils puissent aussi travailler de chez eux occasionnellement.

De son côté, Pradeep Dursun soutient que cette génération ne veut pas d’un environnement de travail figé. Quant à Azad Jeetun, il observe une motivation à être plus qualifié, notamment à travers la formation universitaire. L’entrepreneuriat en technologie attire les jeunes particulièrement comme tout autre emploi où ils peuvent s’amuser, tout en apprenant à maîtriser les ficelles d’un métier avec un mentor. «Certains cherchent une affinité sociale, dont avec un chef d’entreprise qui le forme, lui fait confiance et lui donne des responsabilités», précise Thierry Goder. Définitivement, les métiers manuels suscitent moins d’intérêt, indique Pradeep Dursun.

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