Omerta de l’Independent Police Complaints Commission sur les cas de brutalité policière

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Le 6 mai 2016, des rastas avaient manifesté devant les Casernes centrales et certains avaient été arrêtés par la police.

Le 6 mai 2016, des rastas avaient manifesté devant les Casernes centrales et certains avaient été arrêtés par la police.

Ceux s’estimant victimes de brutalité aux mains de la police peuvent déposer plainte à l’Independent Police Complaints Commission (IPCC). Sauf qu’ils ne verraient pas de solutions à leurs problèmes, auprès de cette instance. D’où une perte de confiance et des recours à la justice.

«On a certes porté plainte devant les instances, telles la Commission des droits de l’homme ou l’Independent Police Complaints Commission, mais rien de concret n’a été fait. Ce n’est rien de plus qu’un bout de papier qui a été rempli pour des exercices de formalité !» C’est le sentiment qui prévaut parmi des victimes qui ont porté plainte devant la Commission d’examen des plaintes, pour brutalité policière. Elles déplorent l’inaction de ladite commission.

Quel est le rôle de l’IPCC ? Y a-t-il vraiment des suivis ? L’express a tenté de savoir le nombre de cas traités ou ayant abouti, mais Me Viren Ramchurn, nommé, le 20 février, assesseur de cette commission, n’a pas été en mesure de nous fournir des statistiques.

Arrêté le 6 mai 2016, à la suite d’un rassemblement au jardin de la Compagnie, Pascal Sérieuse, un rasta, avait porté plainte pour torture, contre la police. Selon lui, aucun suivi n’a été fait. «Sa zour-la, mo ti al Casernes pou koné kinn ariv mo bann kamarad ki lapolis ti pran ti alé. Zot ti aret mwa letan monn al Casernes. Bannla ti mem pous mwa a ter.» D’ajouter «toulezour mo mazinn sa zour kot mo zanfan ti gagn kout gaz lakromo- zenn ek sa britalité monn sibir-la». Pour lui, depuis l’enregistrement de sa doléance, il n’y a eu aucune retombée de la part des autorités.

Silence radio

Même son de cloche du côté de Kenny Seenien. Artiste placé en détention le 30 décembre 2016, dans le cadre d’une bagarre à Port-Louis résultant de la vente de CD piratés, il a allégué avoir été brutalisé par des policiers, enchaîné et privé de son droit d’aller aux toilettes. «Des personnes de la Human Rights Commission m’ont appelé pour me dire qu’elles avaient déjà pris les dépositions de ceux concernés. Elles voulaient savoir si ça me convenait. Depuis, silence radio !»

Sollicité à maintes reprises, Me Viren Ramchurn, assesseur à temps partiel de l’IPCC, nous a tout simplement expliqué que des actions sont initiées par la commission deux semaines suivant les plaintes déposées. «On convoque les parties concernées», dit-il, tout en se montrant incapable de nous fournir les chiffres requis. Quid des cas avérés et des cas déjà traités depuis la mise sur pied de la Commission, en avril 2018 ? Là encore, pas de réponse.

Rien sur l’accident de Wooton

Me Erickson Mooneapillay, de l’Association Dis-MOI, montre du doigt l’IPCC pour sa lenteur. «Je trouve déplorable le temps que prend cette commission pour passer à l’action lorsqu’il s’agit de mort d’homme. À titre d’exemple, l’accident survenu à Wooton, le 26 novembre, où un véhicule de police avait fait une sortie de route et avait violemment heurté les deux pompistes sur place. Est-ce que l’IPPC a pris en charge cette enquête comme le veulent les procédures légales, vu qu’un policier ne peut enquêter sur ses confrères ou collègues ?»

L’homme de loi va plus loin, en citant un cas où la police s’était trompée d’adresse lors d’une fouille, à Plaine-Magnien et s’était rendue chez une famille innocente. «La police tarde également pour recueillir des preuves. Vu que les images des caméras de surveillance ne sont disponibles que pendant 15 jours, il sera impossible, vu la lenteur de ceux concernés, d’avoir des images qui pourront intéresser une enquête», fustige l’avocat.

Alors que l’une des dernières plaintes auprès de l’IPCC date du début de février, quand les parents de Krishna Seetul avaient saisi l’instance pour torture et traitement inhumain de la part de la police, un proche de la famille se désespère de la transparence. «On nous a demandé les images CCTV mais on ne sait toujours pas où en est l’enquête. On veut des résultats.» Krishna Seetul avait été arrêté pour vol sur une dame, à Arsenal.

Certaines des présumées victimes, lasses d’attendre l’IPCC, se tournent même vers la justice, réclamant des dommages. «On sait que rien de positif ne viendra des responsables de cette instance. Du coup, on n’a d’autre choix que de nous tourner vers les hautes instances du judiciaire.» La dernière plainte en justice date de vendredi. La famille d’un homme mort en détention policière réclame des dommages de Rs 75 millions à l’État.

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