Assises du patrimoine: sortir les vieilles pierres du trou

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Les ruines de Balaclava, transformées en brasserie et musée. Ceux-ci ont été inaugurés le 19 décembre dernier.

Les ruines de Balaclava, transformées en brasserie et musée. Ceux-ci ont été inaugurés le 19 décembre dernier.

L’idée est lancée. Celle de l’architecte Gaëtan Siew. «Dans tout développement durable, on parle de recyclage. La préservation du patrimoine, c’est le recyclage du passé.» Rentré du Forum mondial des villes à Abu Dhabi (qui s’est tenu du 8 au 13 février), où l’on a discuté de la culture comme un moteur du développement, Gaëtan Siew souligne que, chez nous, «on a encore une vision dépassée du patrimoine. On pense qu’il faut remplacer un clou par un clou».

Philippe La Hausse de La Louvière déplore, pour sa part, la tendance de «trouver que le neuf c’est mieux que l’ancien. On a beaucoup démoli et bétonné. Les industries créatives, ce ne sont pas que les films, le théâtre ou la musique. Nous avons besoin d’un système qui valorise les vielles pierres». Il cite l’exemple des ruines de Balaclava, transformées en brasserie et musée.

Philippe La Hausse de La Louvière accueille positivement l’annonce de la tenue prochaine d’assises du patrimoine «si c’est bien structuré et en bonne intelligence avec tous les partenaires». Défenseur du patrimoine, il est aussi l’un des responsables de l’ONG Friends of the Environment. Il plaide pour une «meilleure prise en compte du patrimoine naturel. Le patrimoine, ce n’est pas que des bâtiments et des trottoirs. Plus largement, cela concerne l’impact de l’homme. On peut imaginer que l’on protège une allée d’arbres centenaires».

Si Thierry Le Breton, de SOS Patrimoine en Péril, trouve «fabuleux» qu’il y ait des consultations, il estime que le résultat «dépendra du sérieux avec lequel ces assises sont organisées. Si c’est pour entendre des platitudes, cela n’en vaut pas la peine». Pour lui, le «grand danger» serait de créer des attentes et de ne pas les satisfaire. Il tient par exemple à voir si après les assises, le nouveau projet de loi, «attendu depuis cinq ans», se concrétisera. L’un des changements majeurs proposés par le projet de loi : «Le National Heritage Fund (NHF) pourra agir comme une autorité et pas uniquement comme un fundAutre proposition: que cette instance qui ne s’occupe pour l’heure que du patrimoine national s’intéresse aussi au sort des sites et édifices ayant une valeur patrimoniale. «Il faudrait aussi que le NHF ait un vrai directeur à la tête.»

Annonce ministérielle: entre nouveau projet de loi et plan stratégique

Le vendredi 14 février, Avinash Teeluck, ministre des Arts et du patrimoine culturel, a annoncé la tenue prochaine d’assises du patrimoine, lors de son intervention sur le discours-programme, à l’Assemblée nationale. Il a aussi déclaré qu’un projet de loi sur la préservation du patrimoine est en voie de finalisation. Avant d’affirmer qu’il a demandé au NHF d’élaborer un plan stratégique. Il a aussi évoqué le «patrimoine digital» et des thèmes de discussion tels l’intégration du patrimoine dans le développement et la planification ; le patrimoine en lien avec l’économie et la communauté.

Il y a 23 ans: les assises des arts et de la culture de 1996 ont «redéfini le paysage» 

Les dernières assises des arts et de la culture ont eu lieu en 1996. Le ministre des Arts et de la culture était Joseph Tsang Man Kin. Quels effets concrets ont eu ces assises ? Selon l’historien Jocelyn Chan Low, qui était rapporteur du comité patrimoine lors des dernières assises, cela a débouché sur un «plan stratégique et de grandes réformes institutionnelles». Exemple: «On a jeté les bases» du National Heritage Trust Fund (devenu par la suite le National Heritage Fund). Le Mauritius Institute et le Museums Board ont été transformés en Mauritius Museums Council. «Avant les assises, l’esclavage n’était pas présent dans les musées», affirme l’historien. «Même si ce n’est pas directement connecté, il y a eu ensuite une réévaluation du patrimoine lié à l’esclavage et à l’engagisme.» Par la suite, l’Aapravasi Ghat et Le Morne ont été classés patrimoines mondiaux.

Jocelyn Chan Low explique que les consultations ont plus tard abouti à «la création de la National Art Gallery». S’il est «grand temps», pour l’historien, de tenir de nouvelles assises, il met en garde contre le tourisme culturel qui est devenu «un terme galvaudé. Le danger est de détourner l’authentique à des fins touristiques, en présentant une version tronquée de l’histoire».

Jocelyn Chan Low maintient qu’il faut «faire attention» au patrimoine, «perçu comme identitaire et appartenant à un groupe. Une perception qui est entretenue par les discours politiques. Il faut éviter le crime qui a été commis envers la langue créole et consolider le mauricianisme. Il faudrait aussi voir où en est l’interculturel».

Autre volet crucial : revoir les financements pour donner les moyens aux institutions de fonctionner. «La coopération entre secteur privé et public a déjà été évoquée, il faudrait l’encourager.»

Environnement: en attente de concret

Suivant les assises de l’environnement qui ont eu lieu les 16 et le 17 décembre 2019 au Caudan Arts Centre, on s’attend que cet événement débouche sur des actions concrètes. Pas seulement la finalisation d’un simple rapport, le «National Environnemental Strategy» pour les dix prochaines années, ou des mesures dans le prochain Budget. Il a été annoncé le mois dernier qu’un premier rapport préliminaire du plan directeur est prévu début avril et que, ce mois-ci, 12 mesures pour le court terme seront annoncées.

Adi Teelock, membre de Platform Moris Lanvironman, trouve que les assises de l’environnement et les réunions qui y font suite, depuis fin janvier, avec différentes parties prenantes sur divers thèmes environnementaux pour alimenter le master plan, sont des exercices positifs. «Maintenant, tout va dépendre de ce qui sera accepté par le Conseil des ministres.» Or, Adi Teelock se demande «s’il existe une réelle volonté positive pour mettre en œuvre des politiques et stratégies cohérentes, holistiques et audacieuses qui sont à la hauteur des enjeux auxquels nous avons à faire face, notamment le changement climatique et la gestion des déchets».

L’écologiste Vincent Florens abonde dans le même sens. Selon lui, c’est un pas dans la bonne direction, mais il faudra voir dans le concret ce qui se passe. «Car nous avons vu plusieurs rapports dans le passé qui ont été mis dans les tiroirs. Pour vraiment croire dans l’engagement, il faut davantage qu’un rapport. En tenant compte de la situation de la biodiversité mauricienne, on est loin du compte.»

Pour rappel, les assises étaient axées sur huit thèmes : les zones côtières et l’environnement marin ; la biodiversité et les ressources naturelles ; la lutte contre la pollution ; la culture environnementale ; la gestion des déchets ; l’urbanisme et la politique environnementale ; le changement climatique ; et le contrôle des déchets plastiques. Le ministre Kavy Ramano avait fait appel à des propositions réalisables dans les court, moyen ou long termes aux différentes parties prenantes.

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