Anse-La-Raie: entre détente des uns et angoisse des autres

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À Anse-La-Raie, certains font leur jogging, probablement un policier de la SMF.

À Anse-La-Raie, certains font leur jogging, probablement un policier de la SMF.

Il est 16 heures en ce samedi après-midi. Ils sont trois cleaners, dont deux femmes, sur la plage, qui jouxte le centre de quarantaine à Anse- La-Raie. Peu bavards, ayant eu des directives de leur foreman de ne parler à quiconque, ils ont pris les précautions nécessaires pour se protéger, comme ils le peuvent. Masque sur le visage, ils s’adonnent à leurs tâches habituelles. «Nou per bé ki pou fer bizin travail», lâchent-ils, visiblement agacés par nos nombreuses questions. D’ajouter : «Péna mem boucou dimounn ki vini aster. Certains qui y viennent, en nous voyant avec nos masques, s’enfuient. Zot fini gagn per zot ousi.»

Pour ce qui est du centre, difficile d’approcher de trop près. Devant les grilles, deux policiers en uniforme font le guet. «Les forces de l’ordre sont postées en permanence en ce lieu pour éviter tout dérapage mais aussi pour que des personnes non-autorisées n’aient accès de trop près.» Ils observent les moindres faits et gestes de tous ceux qui sont sur la plage.

Dans le jardin du centre, pieds dans l’eau, des gens, avec leur masque. Ils prennent l’air sous les arbres, profitant sans doute du beau temps. Plus loin, d’autres personnes se trouvent sous une varangue. Même les infirmiers en uniforme, peut-être en pause, sont dehors, contemplant la mer. Interrogé, l’un d’eux soutient qu’il n’y a pas lieu que les personnes soient en isolement. «Elles ne sont pas des gens contaminés, elles sont juste sous observation.» D’ailleurs un préposé du ministère de la Santé affirme que tous ceux ayant des symptômes, tels que fièvre ou autre, ne sont pas envoyés à Anse-La-Raie mais sont gardés en observation à Souillac. Sur place, certains profitent même pour faire leur jogging dans l’enceinte du centre. Probablement, des éléments de la Special Mobile Force, placés en quarantaine, diront des habitués des lieux.

Ceux qui pique-niquent ou passent un moment de détente sur la plage, réputée pour son calme, expliquent que cela ne les dérange pas plus que ça qu’il y ait un centre de quarantaine à proximité. «Il n’y a pas eu de cas du coronavirus à Maurice, pas vrai ? Pourquoi avoir peur ?» Un jeune de Camp-Fouquereaux, qui y était avec des amis, indique qu’il n’était même pas au courant que des gens étaient placés à cet endroit. «Aster la ki mo pé konn sa la ! pa fer oken différens», poursuit-il. Les touristes sont aussi au rendez-vous ; ils profitent de la mer et du soleil. Qui plus est, l’hôtel Sensimar n’est qu’à quelques mètres de là…

La cohabitation n’est pas facile

La vie n’est pas toujours paisible pour les personnes en quarantaine. Alors qu’on parle de confort adéquat mis à disposition, l’envers du décor est différent. Isabelle (prénom fictif) est arrivée à Maurice le 4 février d’un voyage de Chine où elle avait rendu visite à sa famille. Elle savait déjà qu’elle serait en quarantaine contrairement aux autres passagers du dernier vol de Hong Kong. Isabelle avoue que malgré sa préparation psychologique, une fois à Maurice, elle a été surprise et un peu déboussolée par l’accueil reçu.

Une fois qu’elle a foulé le sol mauricien, elle a été conduite en isolement au centre de Souillac. Contrainte de porter un masque en permanence, elle s’est retrouvée dans une chambre aux fenêtres fermées et donc sans aération pour un bon moment. Les autres chambres étaient dotées d’un climatiseur portable. «Nous sommes des cobayes car le pays n’a jamais connu ce genre de situation. Du coup ceux qui vont venir après nous auront un meilleur traitement car nous avons servi de test.»

Son groupe a ensuite été transféré à Anse-la-Raie pour des raisons de proximité à son domicile. Elle devrait rentrer chez elle demain et elle a hâte d’y être. «Nous avions des éléments basiques à notre arrivée dans le centre mais nous avons lutté pour avoir d’autres moyens de confort…» Elle revient à l’incident du jeudi où les esprits se sont échauffés. Tout aurait démarré avec un désaccord concernant des nouvelles personnes qui venaient d’arriver pour être mises en isolement. «Ces personnes menaçaient notre cohabitation et on voulait mettre un couple dans la même pièce que nous.» Elle allègue que c’est plus un rasle-bol qu’autre chose car mis à part l’arrivée du nouveau groupe, certaines personnes avaient fait des demandes un peu exagérées comme du fastfood. À hier, le centre accueillait 36 personnes.

Une source officielle du ministère confirme que la situation est sous contrôle. Les demandes des personnes en quarantaine ont été respectées et les personnes en isolement bénéficient de l’accompagnement d’un psychologue dans les deux centres.

Machinerie énorme en marche…

Jour-J pour les 12 Mauriciens, qui se trouvaient en France. Ils rentrent au pays, aujourd’hui, à 6 h 30. Évacués de Wuhan le 2 février, ils avaient été placés en quarantaine dans le sud de la France. Ayant déjà effectué des tests, qui se sont révélés négatifs et étant en bonne santé, il n’y aura pas lieu pour une deuxième quarantaine à Maurice. «Ils pourront, de ce fait, rentrer chez eux», explique le Dr Vasantrao Gujadhur, directeur des services de santé.

Par ailleurs, le paquebot AidaBlu, en provenance de Nosy Be, Madagascar, devrait accoster au Cruise Terminal des Salines, ce matin à 8 heures pour quitter l’île mercredi à 18 heures, pour La Réunion. Le Dr Vasantrao Gujadhur, contacté hier, soutient que le protocole est le même que pour l’aéroport. «D’ailleurs, il y a deux jours, nous avons fait le screening sur un navire de 3 200 personnes et samedi sur un bateau de 800 personnes.» Toutes les informations des passagers doivent être divulguées par les responsables avant que le navire n’accoste. «Il faut que l’on sache s’il y a des personnes souffrantes à bord, d’où elles viennent, où elles étaient pendant les 14 jours précédents, et si tout est normal à bord, entre autres», soutient-il.

Chaque personne est alors soumise à des tests, comme la prise de température. «Une fois que tout est vérifié, ce n’est qu’à ce moment-là, qu’elles pourront descendre du bateau de croisière.» Cet exercice, qui prend dans les cinq heures, se fait dès que le navire jette l’ancre. «Le personnel sera sur place au quai. Il aura aussi la tâche de vérifier chaque passeport. Cela dans le but de s’assurer que personne n’a été en Chine récemment.» Le nombre exact de personnes se trouvant à bord, à hier, n’avait pas encore été dévoilé, a soutenu le Dr Gujadhur. Cependant, sur son site, il est précisé que l’AidaBlu peut transporter jusqu’à 2 192 passagers et quelque 607 membres d’équipage à son bord.

Gilbert roland est rentré au pays

Il est rentré au pays, en compagnie de deux autres étudiants mauriciens en Chine, hier matin, par un vol d’Emirates en provenance de Dubaï. Il est depuis en quarantaine à l’hôpital de Souillac. Contacté par téléphone, Gilbert Roland n’a pas voulu donner plus de détails sur son rapatriement. «Je suis complètement épuisé avec ce long voyage», a-t-il fait comprendre. Pour appel, ce Mauricien était étudiant en Chine depuis 2018. Depuis la propagation du coronavirus, il était confiné sur le campus d’une université, coupé du monde et avait signalé son intention de rentrer à Maurice. Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères, dans un communiqué émis le 14 février, explique que tous ceux qui veulent être rapatriés, doivent impérativement contacter l’Ambassade de Maurice à Beijing ou la cellule de crise du ministère au plus tard, le 20 février.

Centres de jeunesse convertis en zones de quarantaine, est-ce approprié ?

Reconvertir le centre de jeunesse d’Anse-La-Raie et, bientôt celui de Pointe-Jérôme, en centres de quarantaine est-il inadapté ? Non, indique le Dr Gujadhur. Car il faut avant tout comprendre que ce ne sont pas des personnes malades qui y sont dirigées. «N’ayant aucun problème de santé, il n’est pas nécessaire que les lieux soient spécialisés. Il y a des pays où la quarantaine se fait à la maison.» De poursuivre qu’en France, cela se fait dans des centres militaires. «Dimounn la bien li, zis bizin fer enn suivi. Si li malad, nou met li dan bann plas medikalisé ek spesialisé.»

Le docteur Deoraj Caussy, épidémiologiste, indique qu’il est clair que Maurice n’était pas préparé. «Les ressources ont été assez limitées. Toutefois, même en Chine, il y a des stades qui ont été reconvertis en centres de quarantaine. Laissons le ministère de la Santé faire son travail, nous verrons bien !»

Presque 70 000 cas

69 270 cas confirmés de Covid-19 à hier, 20 h 30. Le premier patient atteint du Covid-19 à décéder en Europe est un touriste chinois de 80 ans, mort en France. Le nombre total de décès atteint 1 670. Mais il faut relativiser, 9 871 patients ont été guéris dans le monde, toujours à hier soir.

Frein à l’import de Chine: pourquoi ne pas en profiter pour transférer le savoir-faire à Maurice ?

La place que la Chine occupe aux yeux des petits commerçants mauriciens est telle qu’elle résiste à la pression exercée par le coronavirus rebaptisé Covid-19 par l’Organisation Mondiale de la Santé pour isoler ce pays. Raj Appadu, président du Front commun des petits commerçants, pense qu’il est difficile de trouver une alternative à la Chine comme source d’approvisionnement.

Le lien a semble-t-il dépassé le cadre purement commercial ? Un sentiment d’attachement s’est graduellement greffé sur les relations commerciales avec la Chine. Il en donne les raisons. «La Chine est un pays fournisseur de produits pour toutes les bourses. Vous pouvez trouver tout ce que vous voulez en Chine et à un prix qui défie la compétitivité. C’est un pays irremplaçable. Vous voulez faire fabriquer un projet dont vous seul avez le modèle. Pas de problème, la Chine a les moyens de satisfaire vos attentes. Avec la Chine, il est possible d’envisager des échanges sur la notion que les deux parties engagées dans une telle activité sortiront gagnantes. Le plus tôt que les risques du coronavirus s’éloignent de la Chine, mieux ce sera pour les petits commerçants que nous sommes», poursuit Raj Appadu.

Alors à défaut d’une source d’approvisionnement alternative que suggère le président du Front commun des petits commerçants comme moyen susceptible d’atténuer l’impact du coronavirus sur les échanges commerciaux entre la Chine et Maurice ? «La solution aurait été d’encourager les fabricants chinois à s’implanter à Maurice. Notre pays pourra alors s’appuyer sur cet apport pour créer une zone d’échange commerciale spéciale dans la région du Bassin de l’océan Indien.»

Bref un transfert sélectif dans le pays du savoir-faire chinois et qui a un potentiel pouvant permettre aux Mauriciens d’y ajouter de la valeur. Il ira jusqu’à préconiser que cette posture puisse éventuellement susciter Maurice de devenir le partenaire privilégié de la Chine dans la région.

Par ailleurs Raj Appadu estime que c’est à partir du mois d’octobre que l’impact du coronavirus sur les échanges commerciaux entre Maurice et la Chine va se faire sentir. Il soutient qu’arrivé à cette date, tout le stock de produits commandés avant l’éclatement du Covid-19 aura été épuisé. Il avance que si aucun déplacement n’a été possible d’ici octobre, il va y avoir un problème dans l’approvisionnement du marché local avec les produits en provenance de la Chine. «Je crains que ce soit le secteur de la restauration dépendant lourdement des produits d’assaisonnement de la Chine qui va faire les frais de l’éclatement du Covid-19.»

Cependant, selon Raj Appadu, le gouvernement devrait déjà concevoir une stratégie qui va entrer en vigueur si l’évolution de la propagation du coronavirus en Chine prend des proportions désastreuses. «Il faut peut-être dans le pire des cas tâter le terrain d’une possible source d’approvisionnement en Afrique du Sud, en Turquie, voire au Vietnam. Des commerçants mauriciens ont déjà commencé à en exploiter les opportunités d’affaires. Nous devrions travailler en étroite collaboration avec le gouvernement qui pourra user de ses contacts pour signer des accords capables d’atténuer le poids de certains éléments associés aux échanges commerciaux».

S’il y a un facteur pouvant permettre de mesurer l’importance de la Chine sur le plan commercial à Maurice, ce sont bien les données publiées régulièrement par Statistics Mauritius. Le montant des importations en provenance de la Chine en 2018 est passé de Rs 29,7 Mds en 2017 à Rs 31,8 Mds, soit une hausse de 7,22 %. Pour les neuf premiers mois de 2019 (de janvier à septembre), Maurice a importé pour environ Rs 24 Mds, soit une différence de seulement Rs 7,8 Mds pour atteindre le montant des exportations en 2018.

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