Relogement: les familles des Cités Tôle et Longères crient aux «fausses promesses»

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Des ‘maisons’ encore habitées par 56 familles à Cité Tôle. Cecilia Samoisi de Caritas.

Des ‘maisons’ encore habitées par 56 familles à Cité Tôle. Cecilia Samoisi de Caritas.

Entre Rs 80 000 et Rs 200 000. Ce sont les sommes que les préposés de la NHDC ont indiqué aux habitants des Cités Tôle et Longères temporaires (ex-Longères blanc) comme dépôt pour pouvoir prétendre à une maison parmi les 150 à la Résidence Nouvelle Ville à Baie-du-Tombeau. Ces derniers sont sortis de l’entretien «abasourdis» car presque la totalité de ces 156 familles sont dans l’incapacité de fournir un tel dépôt. Un accablement qui est venu s’ajouter à la misère qu’ils traînent depuis des années et, pour certaines familles, c’est depuis 26 ans.

Tout est parti du cyclone Hollanda en 1994, cyclone le plus violent que Maurice avait connu en 19 ans et qui avait ravagé les plantations, tué deux personnes, détruit des maisons et fait des milliers de sans-abri. Par rapport à ceux des régions périphériques de Port-Louis, le gouvernement d’alors a octroyé des terrains. Une dizaine de familles sans-abri ont obtenu un terrain à Baie-du-Tombeau. C’est sur ledit terrain que la Cité Tôle a pris naissance. Une habitante qui vit là depuis cette époque raconte que d’autres familles ont eu un terrain à Bois-Marchand et d’autres encore à Cité La Cure.

«Dix familles se sont installées sur ce terrain de Baie-du-Tombeau. J’en faisais partie. Au fur et à mesure, d’autres sans logis sont venus s’installer sur le terrain en érigeant des cases en tôle, si bien qu’on a appelé l’endroit Cité Tôle», raconte la quinquagénaire.

La National Empowerment Foundation payait pour l’électricité et le gouvernement leur offrait l’eau. Mais à chaque grosse averse, les maisons en tôle étaient inondées par l’eau descendant de Riche-Terre et, à chaque cyclone, il leur fallait gagner les centres de refuge. C’est en 2002 après le passage du cyclone Dina, ajoute-t-elle, que le gouvernement a relogé certaines des familles sans-abri dans des logements sociaux portant le nom de Résidence St Malo.

Une centaine d’autres familles ont été mises dans les Longères blancs. Cinquante-six familles sont restées à Cité Tôle dont notre interlocutrice, qui préfère rester anonyme de peur de subir des représailles.

En août 2017, le ministre du Logement d’alors, Showkutally Soodhun, a présenté les plans de la future Résidence Nouvelle Ville à l’avenue des Pingouins, à Baie-du-Tombeau, aux habitants de Cité Tôle et de Longères blanc. Une présentation de 150 logements individuels à être construites en deux phases. Un dévoilement de plans chaudement accueilli par les habitants. «Nous avons eu de l’espoir. Il était question que la première phase se termine dans six mois mais le projet a accusé du retard, notamment en raison des grosses pluies.»

Ces familles ont été accompagnées par un collectif regroupant Caritas de Baie-du-Tombeau, Nouvelle Ville, CUT et le Mouvement Civique de Baie-du-Tombeau, qui faisait le lien entre la NHDC et les habitants. Cécilia Samoisi de Caritas Baie-du-Tombeau explique que le collectif a fait de la sensibilisation auprès des habitants pour leur faire comprendre qu’ils devaient économiser pour payer un dépôt, pour régler la fourniture électrique et l’eau.

À la fin de 2018, les familles vivant dans les Longères blancs ont été relogées dans des Longères temporaires, en attendant la fin de la construction des maisons à la Résidence Nouvelle Ville. Les habitants des Longères temporaires et les 56 familles restantes à Cité Tôle ont continué à prendre leur mal en patience. Et ils étaient enchantés lorsqu’ils ont reçu une lettre de la NHDC en janvier dernier leur demandant de venir passer un entretien quelques jours plus tard avec les préposés de la NHDC à Rose-Hill.

Une habitante était même très excitée de pouvoir prendre le métro pour gagner Rose-Hill. Cette joie a été de courte durée lorsqu’ils se sont entendus dire par les préposés que le dépôt qu’ils devraient verser pour un seul type de maison variait entre Rs 80 000 et Rs 200 000. «Nou ti koné nou pa ti pou gagn lakaz-la kado. Ek M. Gilles l’Entêté, ancien Chief Executive Officer NHDC, ek so bann dimounn ti vinn souvan lor térin ar nou pou enkouraz nou ek inn fer nou konpran ki nou ti pou bizin eparnié pou pey dépo bann lakaz-la mé pa sa bann som-la. Bann som ki zot pé dimandé la sé bann kriter ki utilizé an tan normal pou dimounn gagn lakaz NHDC. Nou nou bann bénéfisier NEF ek nou dimounn mizer.»

La quinquagénaire fait ressortir que presque tous les habitants travaillent mais que ces emplois ne leur apportent pas des revenus fixes. «Zot travay wi mé kouma helper, employée de maison, maçon, petit entrepreneur, marchand ambulant mé zot pa gagn sa kantité kas pou kapav pey enn depo sa montan-la.» Elle fait ressortir que, parmi les habitants de Cité Tôle et Longères temporaires, il y a des mères célibataires vivant sur leur allocation sociale de Rs 2 000. Elle estime aussi que, dès la présentation du projet de Résidences Nouvelle Ville, on aurait dû leur avoir signalé quel serait le montant du dépôt à être versé. «Inn fer nou bann fos promes. Zordi ninport ki pou vinn dir nou enn zafer par rapor a sa bann lakaz-la, nou pa pou krwar zot.»

Elle souligne aussi que les préposés de la NHDC avec qui les habitants ont eu affaire n’ont pas pris de gants avec eux. «Enn offisié inn dir enn dimounn ki ti pé dir li ki li kapav vers zis Rs 10 000 kouma depo: ‘Pa kapav ar sa som-la. Salakaz-la pa finn fer pou zot sa. Enn lot dir enn mama selibater : ' Ou pa pou gagn lakaz.’ Nou’nn dékourazé.»

Elle craint pour les habitants des Longères temporaires car la NHDC leur avait signifié qu’une fois que les maisons de la Résidence Nouvelle Vie seraient prêtes, cette instance viendrait reprendre les tôles et fers des Longères temporaires fournis par elle. «Longères blan népli existé parski inn kraz zot. Si NHDC vinn répran so materyo dépi Longères tanporer, bann dimounn riské rétrouv zot a zero. Nou dan flou net. Pa koné ki pou ariv nou.»

Dans l’optique d’y voir plus clair, les habitants de Cité Tôle font circuler une pétition à laquelle ils adjoindront une lettre qu’ils expédieront à Steve Obeegadoo, ministre du Logement et des terres. Cécilia Samoisi de Caritas Baie-du-Tombeau, qui encadre les habitants de Cité Tôle et Longères temporaires, estime que la NHDC devrait examiner le recensement qu’elle a demandé à Caritas Baie-du-Tombeau d’effectuer en 2017 afin de s’assurer que les familles qui occupent ces terrains dès le début aient la priorité sur celles venues s’y installer par la suite. Elle pense aussi qu’il faudrait séparer les familles afin qu’elles ne répliquent pas les mêmes travers à la Résidence Nouvelle Ville.

«Nou pa dir nou pa pou péyé. Nou dir met enn dépo ki aksésib tou dimounn. Ler ti fer relozman Tranquebar, tou dimounn ti pey mem som. Mem bann dimounn ki finn gagn lakaz Résidence St Malo, zot tou ti vers Rs 5 000. Mé pa Rs 200 000. Dan léta aktuel sitiasion, li pa fézab. Nou lé peyé mé lor lot kriter.»

Mercredi, l’express-dimanche a tenté de joindre Steve Obeegadoo mais le ministre du Logement est actuellement absent du pays. Le même jour, nous avons tenté notre chance auprès du Chief Housing Development Officer, qui s’occupe du dossier à ce ministère mais il prenait son déjeuner et n’a pas trouvé le temps de rappeler. À 15h 30 vendredi, nous l'avons recontacté mais une préposée a déclaré qu’il était déjà parti. À la même heure, nous avons tenté de parler à Sunil Unuth, Officer in Charge à la NHDC Ltd, mais il venait de rentrer au bureau après avoir assisté à une conférence. Sa secrétaire nous a gentiment conseillé de lui mettre un mél. Cela a été fait. Nous attendons toujours sa réponse.

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