Des marchés alternatifs s’imposent pour se substituer à la Chine

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La Chine propose des produits pour toutes les bourses et à des prix défiants toute concurrence.

La Chine propose des produits pour toutes les bourses et à des prix défiant toute concurrence. 

Si le coronavirus a mis quelque chose en lumière, c’est bien notre dépendance commerciale de la Chine. Que ce soit pour des matériaux de construction, des produits alimentaires, des appareils technologiques et des articles en tout genre, on ne saurait se passer du «Made in China». Pourtant, le blocus en Chine étant d’une durée indéterminée, Maurice sera contraint de trouver des alternatives à ce marché ami pour ne pas se retrouver paralysé.

Si le malheur de la Chine peut faire le bonheur des entrepreneurs locaux, avec des Mauriciens optant pour des produits «Made in Moris», tel ne serait pas le cas pour d’autres commerces. À l’instar des propriétaires de magasins qui éprouvent des difficultés pour s’approvisionner auprès du marché chinois. Parallèlement, des contracteurs mauriciens employant de la main-d’œuvre chinoise ne savent pas à quelle porte frapper. Du coup, la question de trouver des marchés alternatifs s’impose. Notamment pour poursuivre la croissance dans un ensemble de secteurs économiques.

Si le coronavirus est susceptible d’affecter la performance financière du secteur manufacturier mauricien, il existe en revanche une sérieuse réflexion au sein des entrepreneurs locaux pour sensibiliser les consommateurs à acheter mauricien. «Aujourd’hui, le virus est en Chine ; demain il pourrait éclater dans un autre pays, il nous faut nous repositionner et parer à ces risques au niveau international. Il n’y a pas mille solutions. C’est pouvoir offrir l’alternative aux consommateurs mauriciens en proposant les produits confectionnés ici, d’autant plus que ceux-ci répondent aux normes de qualité européennes», explique le président de l’Association of Mauritius Manufacturers (AMM), Yannis Fayd’herbe. L’AMM regroupe une centaine de membres, dont 85 portent le brand «Made in Moris».

Aujourd’hui, les entreprises locales sont conscientes de leur rôle de se substituer aux importations de produits de consommation courante. Et ce, en vue de répondre aux attentes des consommateurs qui ne savent pas à quel saint se vouer, trop dépendants des produits chinois qui ont envahi les rayons des magasins. «L’entreprise mauricienne s’est déjà réinventée et dispose d’une stratégie privilégiant l’exportation et la vente de produits locaux sur le marché domestique», insiste le président de l’AMM. Et de se réjouir au passage de l’annonce budgétaire, l’année dernière, d’un Food & Safety Office pour mieux contrôler les normes sanitaires des produits importés.

D’autres opérateurs s’interrogent sur le rapport qualité-prix des produits fabriqués à Maurice. «Il est évident que les produits mauriciens, même s’ils répondent aux normes de qualité internationales, seront moins compétitifs et ne pourront pas battre les prix de vente des articles chinois.» D’où la nécessité de trouver des marchés alternatifs dont les prix sont comparables. Une situation qui n’est pas sans conséquences pour les commerçants qui ont développé une longue tradition d’achats avec ce pays.

Échange commercial

Raj Appadoo, président du Front commun des petits commerçants (FCPC), est catégorique. Il ne pense pas qu’on puisse trouver une alternative à la Chine comme source d’approvisionnement. Le lien a, semble-t-il, dépassé le cadre purement commercial. «La Chine est un pays fournisseur de produits pour toutes les bourses. Vous pouvez trouver tout ce que vous voulez en Chine et à un prix qui défie toute concurrence. Ce pays a la capacité de produire à grande échelle. Ce qui lui permet de réaliser des économies d’échelle dont les effets profitent aux petits commerces. La Chine est irremplaçable. Le plus tôt les risques du coronavirus s’éloignent de la Chine, le mieux ce sera pour les petits commerçants.»

Alors, à défaut d’une source d’approvisionnement alternative, Raj Appadoo se demande pourquoi ne pas encourager les fabricants chinois à s’implanter à Maurice. Ce qui permettra au pays, dit-il, de s’appuyer sur cet apport pour créer une zone d’échange commerciale spéciale dans la région du bassin de l’océan Indien. «Ce transfert du savoir-faire chinois sur le sol mauricien a l’avantage de permettre aux Mauriciens d’y ajouter de la valeur. Maurice pourrait éventuellement devenir le partenaire privilégié de la Chine dans la région», explique le président du FCPC.

Raj Appadoo estime que l’impact du coronavirus sur les échanges commerciaux entre Maurice et la Chine va se faire sentir à partir du mois d’octobre. Et ce en raison de l’épuisement des produits commandés avant l’éclatement du coronavirus. «Si l’interdiction de se déplacer en Chine à cette période se poursuit, de sérieux problèmes se poseront dans l’approvisionnement du marché local en produits chinois», soutient-il.

Dans de telles conditions, il faudra tâter le terrain d’une possible source d’approvisionnement en Afrique du Sud ou en Turquie, voire au Vietnam, où des commerçants mauriciens ont déjà commencé à exploiter les opportunités d’affaires. «Nous devrions travailler en étroite collaboration avec le gouvernement, qui pourra s’appuyer sur ses contacts pour signer des accords commerciaux

Baisse de 15 % à 20 % des opérations de change chez Thomas Cook

L’absence de touristes chinois inquiète les opérateurs du forex. Shakeel Dyall, «Chief Executive Officer» de Thomas Cook (Mauritius), concède que depuis l’éclatement de cette pandémie il y a trois semaines, ses opérations de change ont été négativement impactées. «Les touristes chinois représentent une proportion non négligeable de notre portefeuille de clients. Ils viennent généralement pour échanger des devises. Or, nous constatons qu’il y a une baisse d'au moins15 % à 20 % au niveau de nos opérations du forex.»

Il indique que la même tendance est notée au niveau des commerçants et autres individus qui viennent s’approvisionner en yuan chinois pour faire du business en Chine. À savoir l’achat de prêt-à-porter, de matières premières ou de produits de construction et de décoration. «Il est difficile à ce stade de chiffrer le manque à gagner. Il faudra attendre les résultats du prochain trimestre pour analyser l’impact du coronavirus sur notre chiffre d’affaires», ajoute Shakeel Dyall.

Du côté des banques commerciales, le CEO de la Mauritius Bankers Association, Daniel Essoo, estime qu’il est trop tôt pour cerner l’impact du coronavirus sur les opérations du forex. Selon les statistiques, il y a actuellement 11 000 touristes chinois qui foulent le sol mauricien chaque mois, dépensant individuellement et en moyenne Rs 56 000 par semaine. «Il faudra savoir comment les transactions de forex sont réparties entre les banques et d’autres opérateurs pour bien saisir l’impact»

Par ailleurs, il est d’avis qu’avec le ralentissement des importations, il y aura forcément une baisse au niveau des activités de «Trade Finance» dans les banques commerciales.

Pas de nouvelle quarantaine pour les 12 Mauriciens évacués de Wuhan

Ils approchent la fin de leur quarantaine. Les 12 Mauriciens évacués de Wuhan le 2 février et qui, à leur arrivée dans le sud de la France le même jour, ont été placés en quarantaine, doivent passer un dernier test ce week-end. Selon un préposé du ministère de la Santé, ce troisième et dernier examen médical déterminera s’ils peuvent prendre l’avion pour Maurice en début de semaine prochaine pour enfin retrouver leurs proches. Il nous revient que les autorités mauriciennes ont déjà fait les arrangements nécessaires pour leur rapatriement.

 Comme l’a déclaré le ministre Kailesh Jagutpal en conférence de presse mardi, une fois ici, ils ne seront pas mis en quarantaine puisqu’ils ont déjà été soumis à un protocole strict en France. Nos compatriotes ont été auscultés une première fois à Wuhan par les autorités sanitaires chinoises et une équipe médicale française juste avant d’embarquer à bord de l’avion dépêché par la France. Une fois sur le sol français, ils ont été soumis à un deuxième test avant la quarantaine.

Pendant ce temps, deux de nos compatriotes sont toujours en quarantaine sur le bateau de croisière «Diamond Princess» bloqué au large de Yokohama, au Japon. Hier, 44 nouveaux cas positifs du Covid-19 ont été détectés à bord de ce paquebot de la compagnie «Princess Cruises». Cela ramène à 168 le nombre total de personnes infectées sur les 3 700 passagers et membres d’équipage.

Le secteur de la construction pas épargné

Le coronavirus fait aussi trembler le secteur de la construction à Maurice. Il est fort probable que plusieurs projets nationaux et privés prennent du retard. Premièrement, depuis plusieurs semaines, le ministère du Travail ne délivre plus de permis de travail aux ouvriers chinois et tous ceux qui rentrent de ce pays sont mis en quarantaine sans exception. Or, plusieurs compagnies chinoises basées à Maurice ou encore des consortiums mauriciens comptent dans leur personnel des Chinois. Un des projets nationaux qui pourrait faire les frais de ce virus est la construction du quai de croisière de la Mauritius Ports Authorty (MPA). Le contrat a été alloué au consortium PADco/China Road and Bridge Corporation.

Il s’avère que plusieurs cadres et des ingénieurs du groupe chinois travaillant sur ce projet avaient regagné leur pays pour des vacances à l’occasion la fête du Printemps. Mais pour des raisons sanitaires, ils ne sont plus en mesure de rentrer à Maurice. Mais pas que. Un autre élément est venu s’ajouter aux dilemmes. Le bâtiment sera construit en grande partie en métal. Le consultant pour ce projet ainsi que des cadres de la MPA devaient se rendre en Chine en ce début d’année pour inspecter la qualité des matériaux avant qu’ils ne soient embarqués pour Port-Louis, mais le voyage a été annulé. Personne ne sait quand les matériaux feront route vers Maurice.

 Alain Hao Thyn Voon, le Managing Director de PADco, craint que les travaux prennent du retard. «Nous avons déjà discuté avec la MPA. Il est fort probable qu’il faille demander une extension pour compléter ce projet. Heureusement que la MPA est sur la même longueur d’onde que nous. La sécurité des citoyens mauriciens est primordiale», explique-t-il. Selon les termes du contrat de ce projet valant Rs 680 millions, le quai de croisière devra être prêt au début de l’année prochaine.

Par ailleurs, du côté de la Beijing Construction Engineering Co Ltd, une compagnie chinoise basée à Maurice, on emploie principalement des Mauriciens et Bangladais. D’ailleurs, elle recrute en ce moment même quelque 500 ouvriers et des professionnels. La société avait aussi l’intention d’engager des ingénieurs chinois et autres professionnels de la même nationalité qui ne sont pas disponibles sur le marché mauricien, mais elle est obligée de revoir son plan. Un cadre de cette entreprise admet que la situation devient très compliquée. «Pour les étrangers, on ne sait pas comment faire», dit-il.

 Stock épuisé

 Les projets particuliers ou des promoteurs des villas luxueuses pourraient également subir les conséquences du coronavirus. Joseph Chung, entrepreneur et qui dirige une société spécialisée dans la construction des villas privées destinées à la clientèle haut de gamme, craint que si la situation per- dure, plusieurs projets dans le secteur ne seront pas livrés à temps. «Beaucoup de composants nécessaires pour achever une villa proviennent de la Chine. Même les appareils fabriqués ailleurs ont un élément chinois. Je vous donne un exemple. L’inox présent dans tous les produits provient de ce pays», dit-il. Si actuellement sa compagnie a un stock commandé avant l’éclatement de l’épidémie, il redoute que celui-ci soit vite épuisé. De plus, indique-t-il, beaucoup d’usines ont prolongé les vacances de leurs employés et sont donc fermées.

Simon Pierre Roussety rassure la population rodriguaise

Il n’y a aucun cas de coronavirus à Rodrigues. C’est ce qu’a insisté Simon Pierre Roussety suivant des rumeurs qui indiqueraient le contraire. Face à l’inquiétude des habitants, le commissaire de Santé assure que le protocole adéquat a été mis en place à l’aéroport et au port afin d’empêcher l’entrée du virus dans l’île. Ne pas céder à la panique ni à la psychose, tels sont ses conseils à la population. Tout est sous contrôle, soutient-il.

Si aucun cas n’a été détecté - les résultats des tests sanguins effectués sur un touriste français s’étant révélés négatifs – un bâtiment a néanmoins été identifié pour faire office de centre de quarantaine. Celui-ci se situe à Baladirou, dans le nord de l’île.

À l’aéroport, un médecin ainsi qu’un nursing officer sont présents à chaque arrivée. «Si une personne présente des symptômes, elle sera immédiatement prise en charge. Je demande à la population de ne pas s’alarmer mais de rester quand même vigilante», explique Simon Pierre Roussety. Il n’empêche que certaines personnes, toujours pas rassurées, estiment que les vols internationaux en provenance directe de l’île de La Réunion devraient être suspendus «until further notice», afin de protéger la population locale. «Fodré pa ki dan Rodrig toukou apré lamor latizann», nous déclare un interlocuteur.

Pour rappel, un ressortissant français, Philippe Henrisson Lemaire, âgé de 78 ans, est arrivé dans l’île pour un séjour de trois mois, le samedi 8 février, par un vol international en provenance de l’île de La Réunion. Il se trouvait auparavant à Madagascar. Il souffrait, semble-t-il, d’une forte fièvre à son arrivée à l’aéroport de Plaine-Corail. Les procédures d’usage ont donc été suivies. Il a été emmené au centre de santé Zita Jean Louis, à Mont-Lubin, où il a été placé en isolement. Il a pu se rendre à son logement, à Songes, après que les tests sanguins effectués sur lui se sont révélés négatifs au coronavirus. Du reste, le touriste n’est pas à sa première visite à Rodrigues.

Substitution des produits chinois : «financièrement, ce n’est pas viable», estime Jacques Li Wan Po

Les produits alimentaires chinois peuvent-ils être répliqués à Maurice pour ne pas pénaliser les consommateurs habitués ? Oui et non, soutient le «Chairman» Jacques Li Wan Po du groupe éponyme, estimant que tout dépendra de la durée du coronavirus en Chine. «Si c’est pour fabriquer des produits pour une courte période, ce n’est pas un business qui peut durer financièrement dans le temps. Ensuite, il faut qu’il ait du volume. Par ailleurs, tous les produits alimentaires qu’on importe de la Chine sont des ‘processed foods’» et doivent être cuits. Ce qui élimine tous les risques de maladies.» Ce qui fait dire à Jacques Li Wan Po que, pour le moment, il n’a aucune stratégie de substitution d’autant plus qu’officiellement, ce sont essentiellement des viandes fraîches qui sont frappées d’une interdiction provisoire.

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