Carré d’as à Rivière-Noire : Jamel Debbouze fait sensation auprès des villageois

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Jamel Debbouze a beau être l’humoriste préféré des Français et des Francophones, sa popularité ne lui est jamais montée à la tête.  Il est resté cet homme au grand coeur, qui depuis 2006, offre notamment sur Canal + une plateforme aux humoristes débutants. Il a une fois de plus montré sa grandeur d’âme le 4 janvier dernier, cette fois auprès des habitants du village du Carré d’As à Rivière Noire, à qui il a rendu une visite impromptue, décidée la veille. 

Il y avait fête au village du Carré d’As en cette matinée du 4 janvier lorsque Jamel Debbouze a débarqué. C’est au son du séga que lui et ses enfants de 11 et sept ans ont été accueillis. L’humoriste a fait le tour des lieux, serrant les mains, donnant des accolades, embrassant à la ronde, bavardant et allant à la rencontre de tous les habitants, y compris ceux restés en retrait sur leur fauteuil roulant.  

Il faut dire qu’il était en terrain conquis puisque bon nombre de villageois le connaissaient pour avoir vu ses sketchs et ses films à la télévision et plusieurs n’ont pas manqué de faire des selfies avec lui, y compris Edna, la doyenne des lieux. Jamel Debbouze s’est même fait photographier avec ceux qui, encore intimidés, n’osaient pas le lui demander. 

Wayensley, 12 ans, qui lui voue une admiration sans bornes, lui a fait faire le tour du village et lui a fait visiter sa maison. L’adolescent lui a avoué qu’il était son plus grand fan, qu’il n’avait pas manqué un seul de ses films et que pour lui, cette visite improvisée était non seulement le plus beau jour de sa vie mais aussi un signe que Dieu l’aimait. La soeur de l’adolescent s’est également mise de la partie, disant à l’humoriste qu’à Noël, elle avait demandé au Père Noël de pouvoir le voir en vrai et que son voeu avait été exaucé. «Jamel Debbouze a été émerveillé par la joie de vivre des habitants du Carré d’As. C’était un moment béni», raconte la psychothérapeute Valérie de Fombelle, qui fait du bénévolat depuis plus d’un an auprès de l’organisation non gouvernementale Le Pont du Tamarinier. C’est à elle que les villageois du Carré d’As doivent cette visite improvisée de Jamel Debbouze car elle est l’épouse de Jérémie de Fombelle, directeur du Lux Le Morne où Jamel Debbouze a séjourné à deux reprises. L’humoriste et sa famille ont sympathisé avec les de Fombelle. 

«Ils ont été touchés par la gentillesse, l’authenticité de l’humoriste, qui n’a pas oublié qu’avant d’être célèbre, il a grandi dans les bidonvilles du maroc…»

Sachant dans quelle précarité vivent les habitants du village du Carré d’As, le 3 janvier, Valérie de Fombelle, qui connaît l’engagement de Jamel Debbouze auprès d’organisations venant en aide aux démunis en France, lui a parlé du soutien qu’apporte Le Pont du Tamarinier aux 46 familles vivant au Carré d’As. Elle lui a proposé de l’emmener visiter l’endroit lors d’un de ses prochains séjours à Maurice. L’humoriste l’a prise au mot et a insisté pour que cette visite se fasse le lendemain, même si c’était à quelques heures de son départ. C’est ainsi que les choses se sont mises en place.

On a beau l’appeler le village du Carré d’As mais ce n’est pas un village à proprement parler. C’est une bande de terre jouxtant le supermarché London Way et sur laquelle 46 familles ont construit des baraques en tôle branlantes et dans lesquelles elles vivent entassées et dans le dénuement le plus complet. Elles n’ont ni eau courante, ni électricité. Après sollicitation du Pont du Tamarinier, le Rotary Club de Tamarin Les Salines a fait don de deux citernes d’eau et la société La Plantation Marguery en a offert une troisième. Deux des trois réservoirs ont été gratuitement raccordés par la Central Water Authority (CWA) à une arrivée d’eau et cela les a soulagés. Mais pour une raison inconnue, ce conduit fonctionne mal. De ce fait, pour tous leurs besoins, les habitants doivent se fier à l’eau véhiculée par les camions citernes de la CWA. 

Presque tous les adultes dans ces familles travaillent comme pêcheurs, maçons, employées de maison, jardiniers, sauniers et ont une volonté de s’en sortir. Mais ils éprouvaient des difficultés à économiser pour constituer un dépôt et se porter acquéreur d’une maison. Jusqu’à ce que Le Pont du Tamarinier s’en mêle.

Cela fait neuf ans que cette organisation non gouvernementale, qui a d’abord encadré les habitants du village du Tamarinier (voir hors texte), s’est intéressé à leur cas, les encourageant à ouvrir un compte Plan Epargne Logement et à y mettre une contribution régulière, installant un conteneur sur place dans lequel leur sont offerts des cours d'alphabétisation  pour adultes, des cours de rattrapage scolaire pour les enfants et adolescents, un accompagnement dans leurs démarches administratives par deux travailleurs sociaux, la possibilité de suivre une thérapie avec une psychologue, des sorties récréatives et la possibilité de faire du vélo et de s’entraîner auprès du Club Cycliste de Tamarin et même de participer aux compétitions cyclistes. Les personnes âgées n’ont pas été oubliées car un club de troisième âge a été constitué à leur intention. 

A un moment, ces familles avaient reçu un ordre d’éviction mais le Pont du Tamarinier est intervenu en leur faveur auprès de la société Mont Calme, propriétaire de cette bande de terre sur laquelle ils squattent. Et cette société a accepté d’acheter un autre terrain pour les reloger. La société Mont Calme a non seulement acheté un terrain mais aussi construit et relogé six familles sur ledit terrain, qui pourrait accueillir encore une dizaine d’autres familles. L’endroit a été nommé le village Bougainvilliers.

La société Mont Calme s’est également engagée auprès du Pont du Tamarinier à se porter acquéreur d’un autre terrain plus grand pour accueillir le reste des familles du Carré d’As. Ledit terrain a été trouvé mais le ministère du Logement n’a pas donné son feu vert pour la construction. Approchée par le Pont du Tamarinier, la sucrerie de Bel Ombre a proposé un autre terrain de deux arpents 75 perches mais là encore, le ministère n’a pas autorisé la construction. «Les plans pour la construction de ces logements pour les 46 familles restantes sont prêts et celles-ci attendent de mener une vie normale dans un logement décent. Mais elles ne peuvent progresser car elles n’ont pas de titre de propriété», explique Annelise Pigeot, directrice du Pont du Tamarinier. 

Anièle Ducray, une des trois fondatrices de cette organisation, déclare que «le problème majeur reste l'approbation des autorités pour les terrains proposés. A ce jour, cinq terrains ont été proposés et pas approuvés dans la région de Rivière Noire. Les terrains  qui épouseront les critères pour la construction seront difficiles à trouver, étant donné que les terres du littoral sont inondables ou vaseux mais nous sommes ouverts à trouver des solutions et à prendre des mesures afin que  lesdits terrains potentiels soient rendus aptes à la construction et répondent aux normes requises par les autorités. Nous proposons des terres dans la région de Rivière Noire afin que ces familles ne soient pas déracinées de leur lieu d'habitation et de travail. Certains y sont depuis plus de 60 ans.»

Cela dit, elle est confiante que ce dossier avancera avec Steve Obeegadoo, ministre du Logement, qui a reconnu que le gouvernement seul ne pourra pas construire des logements sociaux pour les 20 000 familles, qui sont en attente et que par conséquent, il approchera le secteur privé. «Cela signifie qu’il envisage des partenariats public-privé et j’espère qu’il consultera aussi les organisations non gouvernementales.»

En tous cas, la visite surprise de Jamel Debbouze aux habitants du Carré d’As a revigoré ces derniers. «Ils ont été touchés par la gentillesse, la sincérité et l’authenticité de l’humoriste, qui n’a pas oublié qu’avant d’être célèbre, il a grandi dans les bidonvilles du Maroc et dans les banlieues de Paris. Les habitants du Carré d’As se sont sentis honorés. Un jeune de 27 ans a même dit que cette visite l’a rendu heureux et lui a donné une force extraordinaire », précise la psychothérapeute Valérie de Fombelle, qui ajoute que Jamel Debbouze a promis de revenir au Carré d’As lorsqu’il reviendrait à Maurice. 

Après le départ de l’humoriste du pays, Valérie de Fombelle a revu le jeune Wayensley et ensemble, ils ont fait une petite vidéo dans laquelle l’adolescent redit son admiration à Jamel Debbouze et lui demande deux billets pour son prochain spectacle dans l’île. Dans les cinq minutes qui ont suivi l’envoi de cette vidéo, Jamel Debbouze, qui est pourtant un homme fort occupé et qui a des milliers de Followers sur les réseaux sociaux, a répondu à Wayensley par une autre vidéo dans laquelle, il dit ne pas avoir oublié l’adolescent et lui promet non pas deux billets mais des billets pour lui et sa famille. Ce 4 janvier restera vraiment un jour inoubliable pour les habitants du Carré d’As. 

Les «miracles» du Pont du Tamarinier

Cela fait 20 ans que cette organisation non gouvernementale a pris forme sous l’impulsion de trois femmes à la fibre sociale très développée que sont Marlène Ladine (NdlR : qui depuis est devenue directrice de La Chrysalide), Anièle Ducray et Sophie de Chalain. Elles avaient été choquées par la pauvreté des familles squattant un terrain appartenant à Didier Maingard dans le village du Tamarinier.

«Ces personnes vivaient dans des cahutes en tôle, sans eau, sans électricité, sans toilettes», raconte Anièle Ducray. Elles ont alors approché le propriétaire du terrain pour le sonder. Didier Maingard voulait donner le terrain à ces familles mais ne savait pas comment s’y prendre. Avec son accord, les trois femmes ont pris les choses en main et comme elles voulaient que le relogement soit effectué par la National Housing Development Company (NHDC), il a fallu faire transférer ledit terrain au nom du gouvernement. Une fois fait, la NHDC a proposé aux familles des maisons avec trois formules de remboursement, soit Rs 500, Rs 650 et Rs 750 par mois. De son côté, Le Pont du Tamarinier s’est engagé à verser Rs 400 par maison, soit Rs 16 800 par mois pour les 42 maisons. «Nous avons frappé aux portes des compagnies et des habitants de Rivière Noire et ils se sont tous montrés très solidaires», ajoute Anièle Ducray. Chaque famille a été sondée par rapport à son futur logement et le projet de 42 maisons a commencé en l’an 2000. Il a pris fin en 2005. Les maisons ont été livrées un an plus tard. Si Marlène Ladine, Anièle Ducray et Sophie de Chalain ont opté pour le nom Le Pont du Tamarinier, c’est parce qu’elles ont fait le pont entre le propriétaire du terrain, le gouvernement et les bénéficiaires. Sans compter les réunions préliminaires qui avaient lieu sous un imposant tamarinier qui tient encore debout.

Le Pont du Tamarinier s’est progressivement étoffé avec l’arrivée d’Annelise Pigeot, de formation académique sociale, qui a été nommée directrice, d’une assistante administrative, de quatre travailleurs sociaux à plein temps, d’un Field worker à mi-temps qui rend visite aux familles après les horaires de travail, d’une psychologue à mi-temps, d’un enseignant pour les cours de rattrapage scolaire, d’une assistante éducatrice, sans compter la dame qui fait le ménage, les volontaires et stagiaires. 

Le seul hic est que les espaces communs abritant le centre de formation, le centre d’entreprenariat, le jardin d’enfants et le coin potager où les villageois sont encouragés à planter selon un système de rotation, sont restés sur le nom du gouvernement. De ce fait, le Pont du Tamarinier ne peut rien bâtir de permanent et doit faire toutes ses activités dans des conteneurs aménagés. «Depuis 2008, nous faisons des sollicitations auprès du gouvernement pour que les espaces communs soient transférés au nom de l’association afin que l’on puisse les développer au profit des habitants du village. Mais il y a toujours un obstacle. Le dernier en date est que le fonctionnaire qui s’occupe de ce dossier est parti pour l’étranger. On ne peut construire en dur et que ce soit pour l’électricité et l’eau, nous sommes obligés d’en prendre chez les voisins et de régler les factures ensuite», raconte Annelise Pigeot. 

Anièle Ducray ajoute que sur un de ces espaces communs, l’organisation voulait créer un centre culturel pour encourager les jeunes talents de Rivière Noire. «Mais nous sommes bloquées», souligne-t-elle. «Il n’empêche que nous allons persévérer», ajoute-t-elle. 

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