Shobana Vignesh: le chant et la musique carnatiques coulent dans ses veines

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Shobana Vignesh, chanteuse et musicienne.

Shobana Vignesh, chanteuse et musicienne.  

Avant que ses pieds ne touchent la terre mauricienne, Shobana Vignesh, que nous avons contactée par mél, a eu la gentillesse et surtout l’humilité d’accepter de nous répondre. Il faut dire que dans son pays natal, celle qui est plus connue comme Mahanadhi Shobana est considérée comme une des plus grandes chanteuses et musiciennes carnatiques.

La musique carnatique, qui vient du sud de l’Inde, bien que complémentaire à la musique hindoue, qui émane, elle, du nord de la Grande péninsule, met l’accent sur la structure et l’improvisation. Alors que la musique hindoue, qui a subi l’influence perse, souligne l’expression et le sentiment.

Shobana Vignesh vient du sud de l’Inde, plus précisément de Kumbakonam, réputé pour sa culture très riche, sa musique carnatique et ses arts divers. À cela s’ajoute le fait que sa mère et son père descendent d’une longue lignée de chanteurs et de musiciens carnatiques, ancrés dans les arts classiques. En fait, sa famille maternelle a pratiqué et préservé durant plusieurs décennies une tradition d’art dramatique dansée connue comme le Bhagavatamela et ce, dans un village de l’État du Tamil Nadu connu comme Teppermalnallur.

Le père de Shobana Vignesh est ingénieur électrique et sa mère, une femme au foyer qui a passé sa vie à cultiver l’art chez ses deux enfants. Shobana Vignesh a en effet une sœur aînée qui est non seulement une spécialiste de la finance mais aussi une danseuse de Kathak. Il n’est guère étonnant que, baignant dans cette atmosphère de musique et de chants classiques, notre interlocutrice se mette à chanter dès l’âge de trois ans.

«La musique m’est venue naturellement dès mon plus jeune âge. Mes parents ont tout de suite décelé mon talent et m’ont encouragée à apprendre la musique carnatique. J’ai eu pour tuteurs des maîtres en la matière comme Sri Swamimalai Janakiraman, le professeur T. R. Subramanian, Padma Bushan, Sri .P.S. Narayana swamy et Sri H.M.V. Raghu», raconte-t-elle par mél.

Si ses parents l’encouragent dans cette voie, ils insistent aussi pour qu’elle étudie sérieusement à l’école. «Mes parents tenaient à ce que je sois excellente en musique et chant mais aussi dans mes études car ils estimaient que l’éducation est importante pour les femmes. Celle-ci renforce leurs capacités et leur autonomisation.»

Ainsi encadrée, Shobana Vignesh enregistre son premier album audio à 12 ans. Et à partir de ce moment, cela n’a jamais arrêté mais toujours sous supervision parentale. «Mes parents programmaient mes enregistrements en week-end afin que la musique et le chant n’interfèrent pas avec mes études. Je dois aussi dire que mon école m’a grandement soutenue et encouragée à chanter.»

Lorsqu’elle termine sa scolarité secondaire, elle suit des cours pour obtenir un diplôme de premier cycle en musique qu’elle obtient sans peine et qu’elle fait suivre d’un Masters et d’un doctorat. Sa thèse a d’ailleurs porté sur la tradition de Bhagavatamela. En parallèle à ses études académiques, pour être complète, elle suit des cours de musique classique occidentale auprès du Trinity College of Music de Londres et complète tous les grades jusqu’au 8. Équilibrer ses études et l’enregistrement d’albums n’a pas été chose facile. «C’était la période la plus difficile de ma vie, mais j’ai réussi à relever ce défi.»

Ses diplômes font d’elle une artiste interprète complète et elle se met à se produire dans plusieurs villes en Inde, perpétuant le chant et la musique carnatiques et séduisant les audiences là où elle passe. Elle ne chante pas qu’en sanscrit, telugu ou tamoul. Elle enregistre aussi des chants en hindi, kannada, malayalam, marathi, bengali, braj, pour ne citer que ces langues-là. Et lorsqu’elle le fait, elle est encadrée par un expert de chaque langue afin que sa prononciation des mots soit parfaite.

À ce jour, Shobana Vignesh a enregistré plus de 150 albums, soit plus de 1 500 chants. En sus de la musique carnatique, Shobana Vignesh expérimente d’autres genres musicaux comme la musique sacrée, celle semi-classique, la folk et même des musiques de films. Son talent a été reconnu en Inde où plusieurs titres honorifiques lui ont été conférés et elle a reçu de nombreux prix, le dernier en date étant le Kalaimamani Award qui lui a été décerné par le gouvernement du Tamil Nadu en août dernier. Son talent a dépassé les frontières de l’Inde puisqu’elle a reçu l’Individual Artist Award de 2010 du Maryland State Arts Council aux États-Unis pour excellence artistique en musique classique.

«Mes parents tenaient à ce que je sois excellente en musique et chant mais aussi dans mes études...»

Les grandes causes comme le cancer, le VIH/SIDA, l’éducation pour tous, les victimes du tsunami l’interpellant, Shobana Vignesh n’hésite pas à participer à des concerts de charité et de levée de fonds pour soutenir ces causes. Bien qu’elle soit une artiste accomplie qui continue à se produire sur scène, elle est consciente qu’il faut transmettre tout son savoir artistique à la prochaine génération. Ce qui explique qu’elle ait accepté d’être la directrice du Centre for Performing and Fine Arts au SRM Institute of Science and Technology de Chennai. Elle donne des cours de chant et de musique carnatiques et fait même des démonstrations captivantes.

Elle est agréablement surprise de voir que des étudiants d’autres filières comme la médecine, l’ingénierie, les arts et les sciences prennent aussi des cours de musique classique avec elle. «L’université m’a donné une belle opportunité de faire des recherches dans le domaine de la musique.» Ces derniers temps, elle fait des recherches et compose des chants en tamoul.

Sans le soutien de sa famille et de son époux, Shobana Vignesh avoue qu’elle n’aurait pas été en mesure de mener de front toutes ses passions, tout en élevant deux enfants en bas âge. «C’est toujours vers ma famille que je me tourne lorsque j’ai besoin de soutien et de force», souligne-t-elle.

Elle est persuadée que la musique classique indienne, qu’elle soit carnatique ou hindoue, constitue une bonne fondation pour le jeune qui veut poursuivre une carrière de chanteur de musiques de films ou en chants sacrés. «La jeune génération qui est brillante l’a réalisé. Je vois bon nombre de jeunes étudiant la musique. D’ailleurs, la fréquentation des jeunes au festival de musique de Chennai en décembre et dans d’autres festivals à travers l’Inde atteste de l’intérêt qu’ils portent à la musique classique.»

Shobana Vignesh ne regrette pas d’avoir sacrifié «le temps de jeu et l’amusement avec les amis» durant son enfance et son adolescence. «Je n’aurais pas obtenu ces résultats sans sacrifices», affirme-t-elle en se disant très touchée et reconnaissante envers tous ceux qui l’ont aidée durant son parcours.

Appelée, pour conclure, à dire quel sera son répertoire à Maurice ce weekend, Shobana Vignesh déclare que puisque sa venue a été dans le cadre de la fête de Thaipoosam Cavadee, plusieurs de ses chansons seront dédiés au Dieu Muruga alors que d’autres honoreront les autres divinités. Voilà qui promet.

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